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12 mars 2026Les trois géants américains que sont Amazon, Microsoft et Google contrôlent plus de 70 % du marché du Cloud en Europe. Ils hébergent notamment, les données les plus sensibles : qu’il s’agisse par exemple des données qui concernent l’activité des entreprises, les contrats, les activités de recherche et de développement ou même des conversations des salariés…
Alors aujourd’hui, de grands groupes, Total Energies, Dassault, Airbus ou encore EDF s’inquiètent. Car la domination des États-Unis n’est pas uniquement commerciale, elle est juridique. Depuis 2018, le Cloud Act américain permet à Washington de contraindre les entreprises américaines à livrer des données hébergées n’importe où dans le monde, y compris en Europe, rappelle Ophélie Coelho, chercheuse en géopolitique du numérique à l’Iris, l’Institut des relations internationales et stratégiques et autrice de l’ouvrage Géopolitique du numérique, l’impérialisme à pas de géants : « Ça pose une vraie question à la fois d’intelligence économique mais aussi d’espionnage, puisque l’on sait très bien que les entreprises du numérique américaines participent à des programmes de surveillance de l’État américain. Ça pose d’autant plus de questions à l’heure de Trump. Quand on a à faire à un empire technologique qui a posé ses pions et ses différents comptoirs techniques, derrière, on peut avoir un tyran qui en hérite. C’est le cas de Trump aujourd’hui. »
Les grandes entreprises européennes ont donc commencé à migrer leurs données numériques les plus sensibles, mais elles se heurtent désormais au retard des entreprises européennes.
Un cloud numérique souverain en plein développement
Pour autant des solutions françaises, comme européennes d’ailleurs, existent, et elles pourraient bien rattraper petit à petit leur retard face aux géants américains. La demande pour les hébergeurs européens ne cesse de grandir : le marché du cloud souverain devrait tripler d’ici à 2027.
En France, OVH Cloud ou Scaleway sont les deux champions nationaux. Le premier a même bénéficié du label SecNumCloud délivré par l’ANSSI — l’agence française de cybersécurité — qui garantit que les données hébergées restent hors d’atteinte des lois étrangères, notamment du Cloud Act américain.
D’autres entreprises, comme S3NS, alliance entre Thales et Google, et Bleu, fruit d’une collaboration entre Orange, Capgemini et Microsoft, sont elles considérées comme des Cloud de Confiance : elles proposent l’accès à des services américains…. mais avec un verrou juridique français. Car c’est tout le problème : le technologies américaines sont déjà tellement implémentées, à tous les échelons des grandes entreprises, qu’il est difficile de se passer de leurs écosystèmes, assure Ophélie Coelho : « On cherche un acteur qui peut répondre absolument à toutes les problématiques, on cherche à refaire le même modèle que celle de la Big Tech américaine. Or, le problème de ce modèles, c’est qu’ils donnent [à ces compagnies] trop de pouvoir, même face à un État ! En fait, même les États-Unis ont du mal à réguler ces acteurs, parce qu’ils ont pris trop d’importance. Donc, au contraire, il vaut mieux confier certains éléments, certains domaines à des acteurs techniques, comme par exemple OVH Cloud sur les briques techniques critiques, sur la partie qui remplacerait par exemple Amazon Web Services. Et puis ensuite, pour la bureautique, pour la communication en entreprise, ce ne sera pas OVH Cloud, ce sera d’autres acteurs ».
Le problème aujourd’hui en Europe, c’est finalement l’absence d’un écosystème complet, vers lequel les grands groupes aimeraient basculer : « Tant qu’on n’a pas réglé ce problème de confort, de facilité d’accès, on se retrouvera toujours avec cette problématique de monopole de la part de ces entreprises ».
Si en France, la volonté politique pour le développement d’un groupe souverain existe, le développement d’un projet à l’échelle européenne, lui, s’est déjà heurté à la législation et aux difficultés, pour les 27, de s’accorder. Une nouvelle initiative législative, le CADA, pour Cloud and AI Development Act, doit bientôt être présentée au Parlement européen : elle devrait proposer de faciliter le déploiement de data centers et de protéger les données les plus sensibles grâce à des solutions 100 % européennes…
En attendant, 12 grandes entreprises européennes, au rang desquels Airbus, Dassault Systèmes, OVH et Orange, ont d’ores et déjà annoncé la création future de l’ESTIA, l’Alliance européenne pour l’industrie technologique souveraine. Leur objectif ? Coordonner les efforts industriels pour renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe dans le cloud. L’Europe part de très loin, mais la dynamique s’accélère.

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