
GTT : L'analyse chartiste invite à l'achat
4 mars 2026Avec l’embrasement au Moyen-Orient, l’économie mondiale est chahutée – Info éco
4 mars 2026« Cela a obligé les candidats à avoir une position claire » : comment les violences dans le périscolaire sont devenues un enjeu des élections municipales à Paris
Comme souvent, les thèmes du logement, des transports et de la sécurité figurent sur les tracts des candidats aux élections municipales de Paris, qui se déroulent les dimanches 15 et 22 mars. Mais un autre sujet, particulièrement sensible dans la capitale, s’est imposé : le périscolaire, et plus précisément la protection des enfants durant les temps de cantine et de garderie. Si de nombreuses villes en France sont touchées par des violences commises par des animateurs, comme en témoigne la litanie de témoignages partagés par le collectif SOS Périscolaire sur ses réseaux sociaux, Paris concentre un nombre considérable de cas graves et médiatisés.
Fin 2025, le parquet de Paris était saisi d’une quarantaine de plaintes de parents dénonçant ou suspectant des agressions sexuelles sur leur enfant à l’école. Vingt adultes étaient mis en cause, dont la grande majorité sont des animateurs du périscolaire. De leur côté, des familles se sont muées en lanceuses d’alerte dans la presse. Fin janvier, une enquête de « Cash Investigation » sur France 2 est venue accentuer l’embarras de l’actuelle municipalité parisienne. Elle montre que des signalements de parents ne sont pas considérés, mais aussi l’absence de cadre de recrutement, ou encore des comportements inappropriés d’animateurs, dont une qui embrasse un enfant sur la bouche. Dans la foulée de cette émission, neuf animateurs d’une même école, située dans le 7e arrondissement parisien, ont été écartés de leurs fonctions en raison de suspicions de violences physiques et sexuelles.
Des situations accablantes pour le périscolaire de la capitale, même si ces chiffres sont à mettre en perspective avec les 14 000 agents que comptent les 620 écoles parisiennes. Face aux parents en colère et angoissés, les prétendants à la mairie de Paris sont particulièrement attendus pour repenser le système. A commencer par Emmanuel Grégoire, candidat de la majorité sortante, et premier adjoint d’Anne Hidalgo de 2018 et 2024.
« La responsabilité pénale d’Emmanuel Grégoire est engagée pour avoir mis en place le système actuel du périscolaire », dénonçaient mi-février, dans un communiqué, la candidate Les Républicains et MoDem, Rachida Dati, ainsi que dix autres élus de la capitale. « Si j’étais maire de Paris, j’aurais démissionné et viré les membres de l’exécutif et d’administration qui ont failli. Ils ont failli et à un moment donné, il y a une éthique de responsabilité », a également dénoncé sur franceinfo Pierre-Yves Bournazel, candidat d’Horizons et de Renaissance, en réaction aux révélations de « Cash Investigation ».
Confronté à ces accusations et alors que certains dossiers prennent une tournure judiciaire, Emmanuel Grégoire rejette nie tout immobilisme. « Ces affaires ne sont jamais remontées sur mon bureau », a-t-il affirmé, mi-février. « Je me sens responsable à titre personnel, car quand on est maire, on est responsable de tout, y compris de ce que l’on ne sait pas », a néanmoins concédé le socialiste. Quelques mois plus tôt, le candidat avait confié sur France Inter, avoir été lui-même victime de violences sexuelles dans le cadre périscolaire : « Aujourd’hui l’actualité très pesante que l’on observe m’invite à parler très librement, très sincèrement, en espérant d’ailleurs contribuer à libérer la parole d’un certain nombre d’enfants. Pour faire en sorte que ça n’arrive plus. »
Sous pression, la majorité d’Anne Hidalgo a multiplié les annonces ces dernières semaines, entre la suspension immédiate d’un agent mis en cause et la création de la fonction de Défenseur des enfants. Dominique Versini a rapporté fin janvier sur franceinfo avoir reçu « 150 saisines » qui concernent « particulièrement le périscolaire » depuis sa nomination à ce poste mi-décembre. Emmanuel Grégoire promet dans son programme de « refonder » l’enseignement périscolaire avec, notamment, des dispositifs « permanents de recueil de la parole », des animateurs formés à la « bientraitance » et des inspections « régulières et inopinées ». Il souhaite par ailleurs ouvrir une « convention citoyenne » dès le mois d’avril portant notamment sur « le bien-être des enfants » et « la sécurité ».
Face à lui, les autres candidats ont aussi dégainé leurs idées. Dans une tribune publiée par Le Figaro, Rachida Dati, maire du 7e arrondissement, assure qu’en cas de victoire « plus aucun enfant ne se retrouvera seul avec un adulte ». « Des binômes seront imposés en permanence, sans exception », promet l’ancienne ministre de la Culture, qui souhaite par ailleurs lancer « un contrôle de l’ensemble du personnel en charge du périscolaire sur la base de tous les fichiers de police et avec enquête de personne ». De plus, elle plaide pour un retour à la semaine de quatre jours d’école (contre quatre jours et demi actuellement). « La fin du morcellement du temps périscolaire permettra de recruter des animateurs formés et diplômés », estime-t-elle.
Pierre-Yves Bournazel veut, lui aussi, systématiser les contrôles des casiers judiciaires des membres du personnel déjà en poste. « Je créerai une inspection municipale du périscolaire, chargée de contrôler chaque année 100% des structures », ajoute-t-il dans son programme. Il entend également investir 8 millions d’euros dans la formation et promet jusqu’à 500 euros de primes pour miser sur des titulaires plutôt que sur des vacataire.
Améliorer les conditions salariales est aussi une priorité affichée par Sophia Chikirou. Sur franceinfo, la candidate insoumise a déclaré qu’elle octroierait les indemnités Rep et Rep+ aux animateurs « qui interviennent dans ces zones” d’éducation prioritaire. Parmi ses autres promesses : « faire respecter la loi sur le taux d’encadrement à Paris » (soit un animateur pour 16 enfants), recruter 2 000 nouveaux animateurs, titulariser 4 000 vacataires et créer des spécialisations, par exemple « dans le change des enfants », estime Sophia Chikirou.
A l’extrême droite, Sarah Knafo propose de « faire appel aux parents et aux grands-parents pour l’animation des activités périscolaires ». « Nous allons favoriser le recrutement de retraités et des parents d’élèves disponibles, payés à la vacation, sans le statut de fonctionnaires », explique la candidate de Reconquête dans son manifeste.
Durant la campagne parisienne, Elisabeth Guthmann, cofondatrice de SOS Périscolaire, rapporte que son collectif a été « approché à peu près tous les candidats ». Et qu’ils jugeront les mesures sur pièces : « On ne va pas se cacher qu’un programme reste un programme. Pour l’instant, on ne se fait aucune illusion de ce qui est écrit sur un papier ». Selon Elisabeth Guthmann, les familles ont été « très peinées » par une forme de « récupération politique sur le traumatisme des enfants », en référence aux attaques des candidats entre eux.
Certaines mesures vont quand même dans la bonne direction, souligne-t-elle, évoquant notamment la semaine de quatre jours et les formations à l’hygiène. Selon elle, ces initiatives locales peuvent atténuer certaines difficultés, sans pour autant les faire disparaître totalement. Le collectif appelle surtout à une prise en charge nationale du sujet. « On ne peut plus se dire que le périscolaire dépend du bon vouloir d’un maire, parce qu’en fonction des villes, le sujet est considéré différemment. »
Côté syndical, Eric Leclerc, du Syndicat unitaire des personnels des administrations parisiennes (Supap-FSU), explique qu’« il y a une forte attente ». Il réclame un recrutement massif, la titularisation des vacataires, ainsi qu’une meilleure formation des agents. Le Bafa (brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur) est considéré par l’ensemble des syndicats comme insuffisant pour répondre aux exigences de la fiche de poste d’un animateur. « C’est inconcevable que n’importe qui puisse changer les enfants », illustre Adam Semail, de la CFDT. Il salue la place du sujet du périscolaire dans cette campagne parisienne. « Parce que la crise du secteur a été fortement médiatisée, cela a obligé les candidats, a minima, à avoir une position claire et à la traduire noir sur blanc dans leur programme », analyse-t-il.

9999999/2026/03/02/080-hl-rmilani-3036670-69a587d01fcff540248967.jpg?w=1200&resize=1200,480&ssl=1)
