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4 mars 2026comment explique-t-on que les couples qui font au moins un jour de télétravail ont (beaucoup) plus d’enfants que les autres?
Le télétravail est-il la solution pour booster les naissances? Les travaux des chercheurs de l’université de Stanford montrent une hausse de 0,32 enfant par femme (+14%) lorsque les deux partenaires télétravaillent au moins un jour par semaine (dans les 38 pays étudiés).
Et si la solution était sous nos yeux depuis le Covid? Emmanuel Macron appelle à plein poumon au « réarmement démographique » et le gouvernement multiplie les propositions pour tenter de faire remonter la natalité en France.
Avec 1,56 enfant par femme en 2025, l’indice de fécondité en France est tombé à son plus bas niveau depuis plus d’un siècle. Un rapport parlementaire publié ce mercredi 11 février suggère même une « révolution » de la politique familiale avec le versement d’un chèque de 250 euros par naissance, un prêt à taux zéro pour se loger, et surtout un congé universel de naissance de 12 mois, mieux rémunéré.
Une étude inédite trace cependant une nouvelle piste, qui ne fait pas partie du scope habituel des politiques: le télétravail. Les travaux des chercheurs de l’université de Stanford montrent une hausse de 0,32 enfant par femme (+14%) lorsque les deux partenaires télétravaillent au moins un jour par semaine (dans les 38 pays étudiés).
L’effet mesuré est très fort, sachant que les politiques natalistes ont généralement un impact modeste sur le taux de fécondité in fine. Aux États-Unis, la hausse est même de 0,45 enfant par femme (+18% de plus). Selon les auteurs, le télétravail serait ainsi responsable de 8% des naissances américaines, soit 291.000 par an.
Ce qui pousse l’un des auteurs de l’étude Nicholas Bloom à qualifier le télétravail de « mesure la plus efficace pour stimuler la fertilité ».
+ 17.000 bébés en France
Mais alors comment être sûr que c’est bien le télétravail qui est responsable de ces naissances? On pourrait tout à fait argumenter que les personnes qui peuvent travailler depuis chez elles appartiennent plus souvent aux catégories sociales plus favorisées, qu’elles ont donc un revenu supérieur à la moyenne, ce qui leur permet d’avoir les moyens de faire des enfants.
Afin d’éviter au maximum les biais, les auteurs ont donc tenté d’isoler la variable télétravail. Ils ont ainsi comparé des personnes de la même catégorie socio-professionnelle, exercant le même métier avec le même revenu. À chaque fois, la seule difference était que l’un avait accès au télétravail et l’autre pas. Néanmoins, l’étude ne peut pas exclure totalement la possibilité que les familles avec enfants choisissent des emplois avec télétravail, ce qui invaliderait la thèse.
Pour aller plus loin, et fort des resultats qu’ils ont obtenu, les auteurs de l’étude ont cherché à mesurer de combien certains pays pourrait augmenter leur taux de fécondité en accélèrant sur le télétravail. Ils supposent que les gains potentiels en termes de naissances seraient plus élevés dans les pays où le télétravail est peu répandu.
Selon leurs extrapolations, si le télétravail se développait davantage au Japon, le gain serait modeste mais tout de même de 0,057 enfant par femme, soit 31.800 naissances supplémentaires par an. Les gains de fécondité serait aussi de 0,042 en France et en Italie (17.000 bébés français et 12.800 bébés italiens supplémentaires chaque année).
Mieux concilier vie professionelle et vie de famille
Alors comment expliquer un tel effet? Plus que d’inciter les couples à avoir des relations sexuelles pendant leur jour de télétravail, qui n’est d’ailleurs pas forcément le même pour les deux, les chercheurs pointent surtout le temps gagné sur les trajets.
Ils suggèrent en effet que le télétravail permet de « réduire le temps et les coûts de coordination nécessaires pour concilier vie professionnelle et vie familiale ».
En supprimant les heures de trajet, le télétravail permet de libérer du temps en famille. Selon l’analyse de l’économiste Adam Ozimek et du démographe Lyman Stone, les parents télétravailleurs consacrent 18% de leur temps de trajet économisé à la garde d’enfants et 15% aux tâches ménagères. Cela « correspond aux données pré-pandémiques montrant que les mères et les pères en télétravail passent beaucoup plus de temps avec leurs enfants les jours où ils travaillent à domicile », écrivent-ils.
Le télétravail permet aussi d’être à la maison pour gérer certaines tâches ménagères comme lancer une lessive. Grâce au télétravail, l’un des parents peut tout simplement être présent pour garder les enfants (à condition qu’ils soient autonomes), gérer une livraison de colis ou l’intervention d’un plombier…
Enfin, on peut imaginer que la possibilité de télétravail rend plus acceptable le coût d’habiter plus loin mais dans un logement plus grand, pouvant accueillir une ou plusieurs chambres d’enfant.
Lorsque les hommes télétravaillent, ils ne veulent plus d’enfant
Les résultats de cette recherche sont corroborés par d’autres études, documentant une hausse de la natalité. En Norvège, le confinement de 2020 a entraîné « une augmentation significative et persistante des naissances neuf mois plus tard », selon une étude.
Mais attention, le télétravail n’est pas toujours corrélé au désir d’enfants, surtout chez les hommes. C’est le constat plus subtil que fait la chercheuse Thea Jansen dans une étude publiée en avril 2025.
Ainsi dans les ménages où seul l’homme télétravaille, les intentions d’avoir un enfant augmentent chez les femmes mais diminuent chez les hommes. On peut supposer que les femmes anticipent un meilleur partage des responsabilités familiales. À l’inverse, les hommes anticipent une augmentation de leur charge domestique. Ainsi, les coûts perçus pour les futures pères augmentent lorsqu’ils deviennent les principaux responsables disponibles à domicile. Autrement dit, certains hommes préfèrent renoncer au fait d’avoir des enfants à partir du moment où ils doivent s’en occuper. Preuve que le télétravail ne remet pas en cause l’inégale répartition du travail domestique et de la charge familiale.
L’étude a été réalisée par Cevat Giray Aksoy, Jose Maria Barrero, Nicholas Bloom, Katelyn Cranney, Steven J. Davis, Mathias Dolls et Pablo Zarate.
Elle s’appuie sur les données de l’enquête mondiale sur les conditions de travail (G-SWA), qui couvre 38 pays, avec 11.300 répondants âgés de 20 à 45 ans, ainsi que sur l’Enquête américaine sur les modalités de travail et les attitudes (SWAA) avec près de 90.000 répondants âgés de 20 à 45 ans.

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