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Le 3 mars 2026, les trois candidats à la mairie de Millau ont croisé le fer devant 500 personnes réunies à la Maison du Peuple de Millau, à l’occasion du grand débat organisé par Midi Libre et le Journal de Millau. Sécurité, fiscalité, urbanisme, écologie, dossier Cyclamen… Les échanges, parfois tendus, ont mis en lumière des visions profondément divergentes pour l’avenir de la ville. Retour sur une soirée où projets, piques et passes d’armes ont rythmé plus de deux heures de débat.
Le débat dans une élection municipale est toujours attendu. Millau n’a pas dérogé à la règle hier soir. Le théâtre de la Maison du Peuple a accueilli près de 480 personnes pour voir les trois candidats à la mairie, dérouler leurs arguments face à eux.
Dans la salle, des soutiens des trois listes ont appuyé, raillé et donné de la vie à certaines prises de parole. Une question pour cette nouvelle élection : Millau va-t-elle une nouvelle fois changer de maire ? Là aussi, c’est une tradition locale.
Depuis Jacques Godfrain (maire de 1995 à 2008), la mairie a changé de couleur politique à chaque élection municipale. L’enjeu est donc de taille pour Emmanuelle Gazel, candidate à sa réélection face à l’ancien maire, Christophe Saint-Pierre et Dalila Belaid-Artis, pour l’Alternative de gauche.
Trois visions bien tranchées sur les questions de sécurité, d’aménagement, de santé et de gestion financière de la cité. Sans surprise, les candidats ont trouvé des points de désaccord sur tous ces sujets.
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La mixité sociale au cœur du débat
Dalila Belaid Artis dit d’abord ses « regrets », celui d’une « bétonisation de la Capelle qui aurait pu proposer un espace vert », celui de « la perte des commerces de proximité, de la désertification du centre-ville ». Elle dit ensuite sa proposition : celle d’une régie publique du commerce, qui permettrait de « rendre plus attractif le centre-ville ».
Selon elle, l’hyper-centre pourrait aussi devenir un espace où « on prend son temps, un centre piéton, ça pose des soucis donc on le ferait avec de la concertation et de la discussion ». Elle ambitionne un centre fait « de mixités sociale et générationnelle, pour qu’il y ait un mélange serein de la population […], on se pose beaucoup de questions sur la gentrification du centre-ville, il faudrait pouvoir accéder à des logements neufs pour des personnes aux revenus modestes ».
Emmanuelle Gazel insiste sur la rénovation de 350 logements et la mise en place d’un « permis de louer pour lutter contre l’habitat indigne, qu’on veut étendre pour que chacune et chacun puisse vivre dignement ».
Tout en précisant que le chantier de la place des Sablons avait « connu des retards », elle s’est réjouie d’une « restructuration complète du quartier avec un îlot de fraîcheur en cœur de ville ».
Elle a évoqué la « mixité sociale qui nous est chère ». Et envoyé une pique à Christophe Saint-Pierre lors de son mandat de maire : « Ce que vous avez fait pour l’Ayrolle, c’est une résidence seniors avec des loyers de 1 200 € par mois, ce n’est pas du tout le même projet ».
Elle a rajouté, concernant la friche Mercier : « On va enfin pouvoir lui donner une seconde vie ». Concernant la vacance commerciale, elle a affirmé que les chiffres « ont baissé sur Millau, même si tout ne va pas bien ».
Pour Christophe Saint-Pierre, les aménagements doivent être « très nettement végétalisés pour lutter contre les effets du réchauffement climatique ».
« Ils doivent répondre à l’usage mais doivent aussi être des espaces embellis pour créer de l’attractivité, en en faisant des lieux agréables. Il faut travailler sur le logement ancien, l’habitat insalubre, l’accessibilité, la rénovation énergétique ». Mais à ses yeux, les efforts sur le centre-ville ne doivent pas faire oublier les quartiers périphériques avec des logements construits pour certains dans les années 70.
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Caméras et armement au menu
Emmanuelle Gazel a confirmé l’installation « dans les prochains jours » de quatre nouvelles caméras vidéo. Elle souhaite qu’il puisse y avoir « un déport vers la police nationale » pour qu’il puisse y avoir « une surveillance 24 heures sur 24 ». « Nous avons des agents derrière les caméras quand il y a une manifestation ou un événement mais pas toute la journée, et à 20 h ou 22 h la police municipale n’est plus à même de pouvoirs regarder alors que c’est à ces heures-là qu’il peut y avoir des choses à voir ».
Selon elle, les chiffres de délinquance restent stables « parce qu’il y a toutes ces actions de prévention, parce qu’on a un tissu associatif, parce que le CLSPD (conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, Ndlr) fait un travail remarquable ». Christophe Saint-Pierre insiste aussi sur le rôle de la médiation. »Nous l’avons fait dans le mandat précédent, pour éviter que la situation se dégrade. » Mais il souhaite « étendre » la vidéoprotection et faire en sorte qu’ »un agent de police municipale soit dédié à ces caméras ».
« Moyens de défense »
Il veut « renforcer le nombre de policiers municipaux, pour qu’ils soient sur le terrain avec des équipes renforcées, une flexibilité des horaires notamment l’été ». Il envisage un armement des policiers municipaux : « Quand ils font des contrôles, par exemple en bas de la côte de La Cavalerie, avec des trafiquants de drogue qui peuvent emprunter cette route pour éviter le viaduc, ils sont en vulnérabilité. Je suis pour leur sécurité avant tout. Je veux renforcer leurs moyens de défense de façon très claire ».
Dalila Belaid Artis est, a contrario, « opposée au contrôle permanent de la population avec les caméras, il n’y a pas de reconnaissance faciale pour l’instant mais qui sait… « . Elle conteste la réalité d’une insécurité à Millau et relativise : « On n’a pas des bandes armées jusqu’aux dents ».
« On voit surtout la violence ailleurs et autrement, elle est beaucoup intrafamiliale, des enfants et des femmes qui peuvent être violentés, et tout cet argent est mis pour une surveillance permanente avec des caméras. L’hôpital psychiatrique est en danger, et ça nous pose beaucoup plus question s’il n’y a pas de suivi de proximité. »
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Une passe d’armes sur le dossier Cyclamen
Dalila Belaid Artis met les pieds dans le plat, contestant l’installation de l’entreprise Cyclamen. « Il faudrait que dans ce type de cas, la population soit consultée. » Elle estime qu’il n’est « pas possible que ce soit une entreprise vertueuse, il n’y a aucune sûreté sur la terre, sur l’air, énormément de poussière, des enfants qui saignent du nez dans l’autre usine en Moselle. Dans les eaux à la sortie de l’usine, il y a des taux de métaux qui sont hallucinants. Le fer et l’arsenic, c’est fois quatre, l’aluminium fois trois, le plomb fois deux et demi. Pourquoi tant d’opacité par rapport à cyclamen, des allégements d’enregistrement ? […]. Il y a en Moselle 27 plaintes, deux mises en demeure, on voit la poussière sur les voitures, sur les arbres. C’est comme Tchernobyl, ça ne pas s’arrêter à la limite de l’entreprise. »
Emmanuelle Gazel s’est inscrite en faux : « J’ai une autre entreprise en face de moi que celle qui vient d’être décrite. La Région Occitanie a mis le chef d’entreprise en contact avec nous. Cyclamen correspond à l’identité du territoire, elle recycle nos déchets, pour éviter qu’ils soient enfouis. C’est vertueux. Jamais au grand jamais je ne mettrai dans la balance des emplois contre de la pollution.
Vu les inquiétudes, j’ai demandé à la préfète de renforcer les contrôles. L’entreprise respecte les préconisations de la Dreal. J’ai proposé à la communauté de communes qu’on puisse mettre en place une borne Atmo : le chef d’entreprise s’est engagé à prendre en charge le coût de 12 000 €. »Elle explique avoir, « avec ce ramdam », pris contact avec le maire qui accueille l’entreprise sur son territoire en Moselle : « Il m’a dit qu’il habite à proximité de l’usine, qu’un seul riverain se plaint […]. J’ai l’habitude de faire un travail en confiance. Cet élu m’assure qu’il n’y a pas de problème, je le crois. »
« Les salariés dans l’usine ne sont pas forcés de porter le masque, la médecine du travail ne le demande pas… Tous ces éléments sont de nature à nous rassurer. Nous sommes certains que l’entreprise respecte ses engagements et on le vérifiera. » Christophe Saint-Pierre, plutôt discret sur le sujet ces dernières semaines, a fermement appuyé son point de vue : « Je ne veux pas faire de procès d’intention, il faut pouvoir accueillir des entreprises exogènes porteuses d’emplois.
Mais le cas de Cyclamen pose plusieurs ambiguïtés : tri et traitement, tri ou traitement ? Quels seront vraiment les tonnages ? Le lieu est situé au milieu d’une zone agricole dont la majorité est en bio, à proximité de la future cuisine centrale. Que fait-on si on a un problème sur l’usine, vis-à-vis des produits journaliers qui doivent être fournis par la cuisine ? »
« Arrêtez les fausses peurs », a lancé Emmanuelle Gazel à son opposant. « C’est vous et vos équipes qui avaient identifié cette zone dans le Sud-Aveyron pour un développement industriel ! La zone agricole ne devra pas être impactée et ne le sera pas. Quant à l’activité, c’est du tri. Si le projet évolue, il sera soumis à une nouvelle autorisation. »
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Investir ou serrer la ceinture ?
À l’heure où les dotations de l’État fondent et où l’inflation grignote le pouvoir d’achat, les candidats posent la question : faut-il taxer davantage pour financer des services publics ambitieux, ou privilégier la rigueur budgétaire pour éviter l’endettement ? Pour Dalila Belaid Artis, la fiscalité doit être repensée pour financer des services essentiels en proposant de taxer les revenus issus des plateformes comme Airbnb et de réinvestir ces recettes dans des projets sociaux, comme la santé accessible à tous.
Une idée phare : la remunicipalisation de l’eau, pour réduire son coût et garantir un accès gratuit aux premiers mètres cubes, considérant l’eau comme un bien commun. La candidate de l’Alternative de gauche, assume la dette comme un levier nécessaire, dans un système capitaliste où l’investissement public est crucial pour le pouvoir d’achat.
Comme pilier de son mandat. Emmanuelle Gazel, met en avant la rigueur et la transparence. Avec 96 % des engagements tenus, elle souligne l’absence d’augmentation d’impôts malgré l’inflation. Pour elle, la clé réside dans la maîtrise des dépenses et la rationalisation des recettes : mutualisation des services, économies d’énergie, et optimisation des ressources existantes. « La régie des parkings, par exemple, doit financer le budget général, et non l’inverse. »
La maire sortante insiste sur des projets finançables, priorisant l’entretien du patrimoine et les quartiers, tout en critiquant les promesses irréalistes de ses adversaires.
Rappelant son précédent mandat, Christophe Saint-Pierre alerte sur les contraintes nationales et la baisse des dotations de l’État, qui ont privé la commune de 6,6 millions d’euros alors qu’il était aux affaires. Pour lui, la solution passe par la maîtrise des charges et la recherche de subventions, comme le Fonds vert.
Et s’il défend une fiscalité dissuasive (taxe sur les logements vacants) il rejette la taxe de séjour, craignant un impact sur le tourisme. Lui plaide pour un séquençage des investissements, évitant une dette excessive, et critique les projets non chiffrés de ses concurrents. Des échanges qui ont révélé des divergences profondes : taxation vs rigueur, dette assumée vs équilibre budgétaire, et subventions vs autonomie financière.
Quand Emmanuelle Gazel et Christophe Saint-Pierre s’accordent sur la nécessité de maîtriser les dépenses, Dalila Belaid Artis mise sur une fiscalité redistributive. Tous trois reconnaissent cependant l’urgence de préserver les services publics, dans un contexte de ressources limitées.
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Pour un centre-ville « apaisé »
Apaisement de la circulation et développement des mobilités douces, chacun des candidats a présenté sa vision d’une ville plus accessible et plus durable. Pour Emmanuelle Gazel, la gratuité des bus est une mesure phare du mandat, ayant permis d’augmenter de 50 % la fréquentation du réseau.
Une « réussite » qui s’inscrit dans une volonté plus large de rendre la ville accessible à tous. « C’est une des mesures dont nous sommes le plus attachés, avec la cuisine centrale », souligne-t-elle. Son approche repose sur une « ville apaisée » via des trottoirs plus confortables pour les piétons ou le développement des itinéraires dédiés aux mobilités douces (vélo, marche), avec un double objectif : sécurité et santé publique. La maire sortante défend aussi une doctrine du partage de l’espace : « Si une route est apaisée à 30 km/h, les vélos y trouvent naturellement leur place. »
Une vision qui mise sur la cohabitation harmonieuse entre tous les usagers que valide le candidat Saint-Pierre qui insiste néanmoins sur la nécessité de ne pas opposer les mobilités entre elles, une erreur selon lui commise en début de mandat avec la tentative avortée de piétonnisation du centre-ville.
Pour lui, Millau a une organisation urbaine unique, façonnée par son histoire, qui interdit d’appliquer des solutions toutes faites. « La circulation à Millau ne peut pas être calquée sur d’autres villes », plaide Christophe Saint-Pierre. Il rappelle que la mobilité doit être globale et inclusive, sans créer de fractures entre automobilistes, cyclistes et piétons.
Pour sa part, Dalila Belaid Artis imagine un hypercentre piétonnisé et apaisé, une fois passé le Mandarous et la Capelle. « Ce n’est pas énorme, mais suffisant pour un centre-ville très calme », explique-t-elle. Une idée qui, selon elle, pourrait être acceptée par la population si elle est bien expliquée.
Ses axes prioritaires : plus de place pour les mobilités douces (marche, vélo) et la création de parkings en périphérie couplés à des navettes ou minibus pour un accès serein au centre-ville. Le tout accompagné par une sécurité renforcée pour les cyclistes, notamment via une généralisation du 30 km/h sur les boulevards extérieurs sans pour autant « piéger » les automobilistes.
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Faire face aux risques d’inondation et d’incendie
Entre végétalisation, gestion de l’eau, prévention des risques et autosuffisance alimentaire, leurs approches reflètent des priorités distinctes, mais partagent un même objectif : préparer Millau à l’avenir.
Pour Emmanuelle Gazel, l’adaptation au changement climatique passe par une écologie inclusive, portée collectivement. Ses propositions phares : la végétalisation massive et la création d’îlots de fraîcheur. Le tout associé à une alimentation durable : 63 % de bio et local dans les cantines, avec un juste prix (premier tarif à 1 euro) et des revenus pérennes pour les agriculteurs.
Christophe Saint-Pierre adopte une approche pragmatique, centrée sur la prévention des risques et l’adaptation aux réalités locales. Pour lui deux menaces majeures : les inondations et les feux de forêt. Soulignant le durcissement du PPRI (Plan de Prévention des Risques Inondation), qui rend certains secteurs de la ville de plus en plus coercitifs, il plaide pour l’acquisition des biens en zone inondable pour les détruire et les rendre à la nature.
« Dans les pays nordiques, on apprend à vivre avec les inondations. Il faut s’en inspirer », déclare-t-il, en prônant une culture du risque plutôt qu’une lutte coûteuse et inefficace. Des points et préconisations du goût de Dalila Belaid Artis. « Comment ne pas être en accord avec tout cela », valide-t-elle préconisant que ces terres agricoles soient gérées par une société civile millavoise afin de contribuer à l’autosuffisance alimentaire de la ville, via une agriculture bio et non lucrative.

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