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4 mars 2026Municipales 2026 : « Tu achètes la cocaïne comme la farine pour les crêpes »… À Ganges, le narcotrafic pèsera sur le scrutin
Midi Libre sur la route dans l’Hérault (1/2) – Cette semaine, les reporters de Midi Libre vont à votre rencontre afin d’échanger sur les thématiques fortes de la campagne des élections municipales. Après la santé en Lozère, nous sommes, ce mercredi 4 mars 2026, au pied des Cévennes. Là, la petite commune de Ganges, 4 000 habitants, n’est pas épargnée par le trafic de drogue. Ce qui touche directement les habitants et pèse pour certains dans leur vote.
Derrière son zinc du bar des halles, où ses clients grattent des tickets de jeux et d’autres sirotent un « jaune », Pascal Atger évoque le narcotrafic à la cantonade. « Là c’est simple, c’est calme parce qu’ils sont tous en prison ! Mais le trafic de drogue, vous savez, c’est une pieuvre, on coupe une jambe, elle peut quand même se déplacer. »
Ganges, dans l’arrière-pays héraultais, sur la route des Cévennes gardoises, à 50 km de Montpellier, est une de ces innombrables communes rurales gangrenées par le trafic de stupéfiants et ses conséquences multiples en termes de délinquance et d’influence sur le vote des électeurs. Pourtant, non loin des berges de l’Hérault, qui font le bonheur des canoës et des randonneurs, la carte postale est idyllique et tout le monde dit qu’il fait bon vivre à Ganges.
« J’étais accusé d’être un point de deal ! »
Mais les faits sont têtus : aux dealers qui avaient carrément installé la chaise pliante et écrit les prix du cannabis et de la cocaïne sur les murs en attendant le client, dans le centre du village, s’est ajoutée de l’ultraviolence. Avec un pic, avec coups de couteau et coups de feu, en avril 2025. Sans doute pour la reprise du point de deal. Une vaste opération de gendarmerie a conduit plusieurs individus en prison en septembre.
Nos reportages « Midi Libre sur la route » des municipales 2026
« Le problème va être déplacé, regardez la semaine dernière, en allant chez ma mère, près du cimetière, il y avait des bonbonnes de protoxyde d’azote par terre », dit encore Pascal Atger. Mais il rend hommage à la municipalité en place, qui fait « ce qu’elle peut », estime ce fan de Jean Lassale et des listes pêche, nature et traditions, dont le bar était trop visité par les dealers. « J’étais accusé d’être un point de deal ! Ici, ce n’est pas pour rien que je ne vends pas de CBD, quand je dis à quelqu’un que ça pue le shit, j’ai pas envie qu’il me réponde que c’est le CBD. »
L’insécurité générée par le trafic
Si le maire sortant ne se représente pas, son équipe oui (lire ci-dessous). Francis, 91 ans, Gangeois depuis plus de soixante ans, leur fait confiance pour continuer à lutter contre le narcotrafic, même si ce domaine reste avant tout régalien. « Je suis fixé sur mon vote depuis longtemps ! L’équipe s’est attaquée à ce problème qui touche toutes les campagnes – ce n’est pas spécifique à Ganges – avec les moyens qu’elle a et j’espère qu’elle va réussir, réagit cet ancien enseignant et ancien élu. Mais les moyens des petites villes sont ridicules par rapport à ceux de la connexion internationale du trafic de drogue, il faut une prise de conscience générale. »
Lucide, il s’inquiète de l’insécurité générée par le trafic et ces électeurs tentés par « ceux qui prônent une radicalité. Des gens que l’on croit raisonnables réagissent avec leurs impressions plutôt qu’avec leur tête », glisse-t-il en s’éloignant.
Des noms des gendarmes écrits par trafiquants
À quelques mètres, dans le centre, dans la rue qui abritait le point de deal, aujourd’hui démantelé, il reste sur un mur des traces des noms des gendarmes écrits par trafiquants. Mais Laurince, 29 ans, survêtement du club local de foot, nouvel habitant depuis cinq ans, apprécie ce cadre de vie et relativise. « Ici, si tu veux travailler, y’a du boulot, la santé ça va et à part les petits dealers que l’on voyait partout avant, là je pense qu’ils se cachent, tout va bien, assure ce Congolais d’origine, père d’une petite fille. Je viens de Noisy-le-Sec, du 93, ici c’est calme, ça change ! » Pour autant, les élections ne l’intéressent pas, il ne votera pas, mais sa compagne oui.
Moi, je ne fume pas, je travaille et je rentre chez moi, ça ne m’inquiète pas. Chacun vit sa vie et fait ce qu’il veut, je ne suis pas un flic, je ne suis pas l’État, j’embête personne, et je veux que personne m’embête.
Idem pour le gérant de l’unique épicerie de nuit du village, maillot de foot de l’Algérie, qui ne donne pas son prénom et ne se rendra pas aux urnes le 15 mars. Le trafic ? « Moi, je ne fume pas, je travaille et je rentre chez moi, ça ne m’inquiète pas. Chacun vit sa vie et fait ce qu’il veut, je ne suis pas un flic, je ne suis pas l’État, j’embête personne, et je veux que personne m’embête », élude-t-il devant son commerce.
Au volant de sa camionnette, Angélica, 42 ans, elle, le revendique : elle votera RN en 2027 alors qu’il n’y a pas de liste d’extrême droite à Ganges. « Les gens ont peur, moi la première, ma fille travaille sur le secteur, je lui dis de faire très attention, il n’y a pas assez de répression sur Ganges, j’ai l’impression qu’on laisse faire, il faut laisser plus de liberté aux forces de l’ordre », attaque la commerçante. « Je ne vais pas dire qu’ils vont nous agresser, mais tu achètes de la cocaïne comme tu achètes de la farine pour faire des crêpes… C’est désolant. »
Nos rendez-vous « Sur la route »
Cette semaine, les reporters de Midi Libre vont à votre rencontre afin d’échanger avec vous sur les thématiques fortes de la campagne des élections municipales. Après la santé en Lozère et l’attractivité du centre-ville à Bagnols-sur-Cèze, nous serons, jeudi, dans l’Aveyron, à Millau, pour parler du difficile accès aux transports.
Frédéric, trentenaire, lui, attend de voir si une liste plus à gauche se lance à Ganges (lire ci-dessous) et considère que ce sont plus « les problèmes de pauvreté et de travail » qu’il faut régler. « Il y a beaucoup de cas sociaux ici. » Et puis Rémy, 56 ans, autre fidèle de l’équipe municipale en place, le rappelle aussi : « on croit que Ganges c’est une plaque tournante de la drogue, mais il faut voir les villages à côté » soupire-t-il, rappelant que la gangrène se répand.

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