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4 mars 2026Première diffusion le 24 février 2026
C’était la nuit, et Oleksandr s’en souvient.
« J’étais commandant d’équipage. On roulait dans l’obscurité totale. Et c’est là que ça arrive. Un énorme flash lumineux. Puis l’obscurité. Des étincelles. L’odeur de l’explosif. Je pensais qu’il était arrivé quelque chose à la voiture. J’entendais les gars crier derrière. J’essaie de sortir. Je tombe. Je ne comprends pas. Puis je regarde. Et là, tout de suite : putain. La jambe n’était plus dans un état naturel. »
C’était il y a quelques semaines. Aujourd’hui, Oleksandr est assis sur une banquette dans le hall de Superhumans, le centre de réhabilitation des grands mutilés de Lviv. Il touche le moignon de sa jambe absente, pulvérisée par la charge d’un drone.
« Jusqu’au dernier moment, j’ai demandé au médecin s’il y avait une chance de sauver la jambe. Il m’a dit : ‘Non, mon frère, désolé. On ampute.’ J’ai répondu : ‘OK, allons-y.' »
Sur le mur, un écran géant diffuse les Jeux olympiques de Cortina. Plus loin, deux hommes jouent au ping-pong, leurs pieds de titane plantés dans leurs baskets. À l’angle de la pièce, deux autres sont penchés sur un jeu d’échecs. L’un n’a plus de jambes. Le second a un œil de verre, le nez réduit de moitié et deux prothèses noires à la place des mains. Sur l’une d’elles, il a enfilé des bagues en argent.
« Oui, des pensées viennent : ‘Putain, je suis handicapé maintenant, à qui je servirai ?’ Puis je me dis : les bras sont intacts, la tête est là. Il y aura une prothèse. Je marcherai. Je ne resterai pas sans rien faire. »
Chaque semaine, de nouveaux blessés arrivent du front. Dans ce centre hypertechnologique, un seul objectif : permettre à cette génération amputée de rester debout. Igor est physiothérapeute.
« Notre première tâche est l’indépendance maximale de la personne : qu’elle puisse se déplacer seule, s’habiller seule, manger seule. C’est notre point de départ et notre objectif final : qu’elle puisse utiliser ces compétences dans sa vie, retourner dans la société. »
Prothèses myoélectriques, genoux à microprocesseur, impression 3D : Superhumans, ouvert en 2023, est l’un des centres les plus avancés du pays. Soins, appareillage, rééducation : tout est gratuit pour les blessés de guerre. En cas d’amputation sous le genou, deux à trois mois suffisent souvent pour sortir avec une prothèse. Six mois à un an sont nécessaires pour une double amputation. On traverse les salles, les ascenseurs ; partout, la même formule : combiner haute technologie et mental de vainqueur. « Tout le monde n’a pas la chance d’arriver dans un centre comme celui-ci. », dit Maksym.
Avant la guerre, Maksym était banquier. Commandant de peloton, à l’aube d’un matin de novembre 2023, près de Zaporijjia, il a marché sur une mine.
« L’explosion m’a arraché pratiquement toute la partie inférieure de la jambe. À ce moment-là, tout était clair. Quand l’os éclate, cela ressemble à une fleur qui s’ouvre. Je n’ai jamais pensé en termes de perte. Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est d’accepter facilement la réalité telle qu’elle est. Je pensais à ce que cela pouvait m’apporter pour l’avenir, pas à ce que j’avais perdu. Quand j’ai vu des personnes avec des doubles, triples amputations ou plus, j’ai compris que perdre “seulement” une jambe sous le genou n’était pas une raison pour se plaindre. »
Maksym touche sa prothèse, en teste l’amorti.
« Cela peut sembler étrange, mais j’ai gagné en confiance. Au centre, on dit que nous tombons pour nous relever. Ce slogan m’aide beaucoup dans la vie. Je n’ai plus peur de tomber. »
Ici, on apprend à réapprendre : marcher, saisir, se tenir droit, se projeter dans l’après. Car la reconstruction de l’Ukraine ne sera pas seulement celle des villes bombardées, mais aussi celle de ces corps amputés.

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