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5 mars 2026A quoi mesure-t-on l’aura mythique d’une personnalité ? Peut-être à l’empressement dont témoignent ses admirateurs pour mettre des mots sur sa vie, pour écrire sa légende, après sa disparition. Le leader révolutionnaire argentin, Ernesto Che Guevara, a incontestablement fait partie au siècle dernier du petit nombre de figures ayant accédé presque instantanément au rang d’icone.
Une influence idéologique structurante
Contrairement à Fidel Castro, Che Guevara possède dès le départ une formation marxiste-léniniste solide. Jean-Jacques Nattiez rappelle que « Che Guevara a une formation idéologique très rigoureuse et précise. Il l’a acquise au sein de son milieu familial, qui était progressiste, et parce qu’il avait parcouru en long et en large l’Amérique latine, et avait acquis une connaissance politique globale de la situation continentale de l’Amérique latine. Che Guevara avait aussi lu les essais de Marx et Lénine, en particulier au cours de son séjour au Mexique« . Il défend très tôt une ligne radicale : réforme agraire sans indemnisation, socialisation rapide de l’économie et rupture avec la bourgeoisie nationale. Il s’oppose aussi au modèle soviétique des « stimulants matériels » (récompenses financières) et prône des « stimulants moraux », fondés sur l’éducation idéologique et la conscience révolutionnaire. Cette vision, jugée utopique par Castro, reflète son idéal d’un communisme éthique et anti-bureaucratique.
Nommé ministre de l’Industrie (1961-1965), Guevara tente d’industrialiser massivement Cuba afin d’assurer son indépendance économique, y compris vis-à-vis de l’URSS. Cette politique, menée au détriment de l’agriculture, provoque des difficultés économiques et finit par échouer. Dès 1964-1965, il doit accepter un recentrage économique et fait son autocritique.
Des voyages à la Tricontinentale
Guevara agit comme ambassadeur de la révolution cubaine, multipliant les voyages en Afrique, en Asie et dans le bloc socialiste. Il participe à l’élaboration d’une ligne révolutionnaire internationaliste indépendante de Moscou et Pékin. Jean-Jacques Nattiez explique « début 1965, Guevara part faire un long voyage de deux mois en Afrique. Il visite ainsi une dizaine de pays récemment devenus indépendants en Afrique et prend des contacts. Ce voyage est à la fois une opération diplomatique préparatoire à la conférence Tricontinentale de 1966 et aussi une tentative de constitution d’une sorte de triangle entre trois capitales révolutionnaires La Havane, Alger et Brazzaville au Congo. C’est à ce moment-là que la recherche d’un deuxième Vietnam s’élabore« . Il défend la stratégie de créer « plusieurs Vietnam » pour affaiblir les États-Unis, notamment par l’extension des foyers révolutionnaires en Afrique (Congo) et en Amérique latine (Bolivie).
Son engagement au Congo (1965), puis en Bolivie (1966-1967), s’inscrit dans la continuité de la politique cubaine, et non dans une initiative isolée. Ces tentatives échouent et mènent à son exécution en 1967 en Bolivie.
La naissance du mythe
Après sa mort, Che Guevara devient une figure symbolique mondiale. Ses écrits, notamment Le socialisme et l’homme à Cuba et son discours à la Conférence tricontinentale, influencent fortement les mouvements étudiants européens de 1968. Son image d’intellectuel révolutionnaire cohérent entre pensée et action, prêt au sacrifice, nourrit un mythe durable dépassant largement le cadre cubain.
- Par Roger Pillaudin
- Avec Jean-Jacques Nattiez (biographe)
- Arcanes 70 – Arcanes de la vie de Che Guevara (1ère diffusion : 09/04/1970)
- Editions Web : Laurence Jennepin

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