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5 mars 2026Le Cap, souvent surnommée la Mother City – la cité mère – par ses habitants, et qui n’a jamais été dirigé par l’ANC, s’affiche aujourd’hui comme la vitrine assumée de l’Alliance démocratique (DA). À mesure que le parti de Mandela s’est enlisé dans les scandales de corruption et l’effondrement des services publics – jusqu’à perdre sa majorité absolue aux législatives de 2024 et devoir composer un gouvernement d’union nationale fragile – la métropole de près de cinq millions d’habitants s’est imposée comme un contre‑modèle revendiqué : une ville perçue comme plus sûre, mieux gérée et plus attractive que le reste du pays.
Sous une façade de carte postale, des inégalités croissantes
Contrairement à Johannesburg, où les classes aisées ont déserté le centre, celles du Cap ont choisi de le réinvestir. Mais derrière les cartes postales de Camps Bay ou de Sea Point, la réalité sociale demeure brutale : près d’un tiers des habitants vit sous le seuil de pauvreté, et l’urbanisme hérité de l’apartheid continue de structurer l’espace. Les populations noires et métisses restent massivement cantonnées dans des townships éloignés du centre et du marché du travail, où les inégalités d’accès aux transports, à l’emploi et aux services publics perpétuent une ségrégation de fait. Le Cap conserve ainsi une image de réussite, mais une réussite profondément inégalitaire.
L’aura de ville idéale doit beaucoup à un environnement naturel exceptionnel : climat méditerranéen, plages, vignobles, parcs… La municipalité capitalise sur ces atouts en misant sur le tourisme haut de gamme et sur l’arrivée de travailleurs nomades, qui bénéficient désormais d’un visa dédié. Cette stratégie a renforcé l’attractivité et stimulé les investissements, mais elle a aussi alimenté une forte spéculation immobilière. La prolifération des Airbnb a rendu le centre‑ville inabordable pour la majorité de la population. Face à ce Cap à deux vitesses, le maire Geordin Hill‑Lewis a relevé la taxe foncière, encadré les locations de courte durée et promis d’investir davantage dans les quartiers défavorisés. Il tente également de reprendre localement la main sur le réseau ferré et sur la politique énergétique, afin de démontrer que la gouvernance municipale peut être plus efficace que celle de l’État central.
Depuis quand et comment l’opposition a‑t‑elle fait du Cap le laboratoire de son projet politique ? Sur quoi repose vraiment ce modèle ? Permet‑il à la ville de se poser durablement en rivale de Johannesburg ? La participation de l’Alliance démocratique au pouvoir national renforcera‑t‑elle ce laboratoire capétonien, ou révélera‑t‑elle au contraire les limites d’un modèle construit en opposition à l’État ?
Julie Gacon s’entretient avec Julien Migozzi et Chloé Buire.
Focus – La candidature d’Helen Zille à la mairie de Johannesburg
Avec Marianne Séverin, experte de l’Afrique du Sud au Centre d’études africaines de Sciences Po Bordeaux, Les Afriques dans le Monde (LAM).
Dans la bataille pour la mairie de Johannesburg, à l’approche des prochaines élections municipales, l’Alliance démocratique a choisi de s’appuyer sur une figure majeure de la politique sud-africaine : Helen Zille. À 74 ans, l’ancienne maire du Cap et ex-gouverneure du Cap-Occidental, connue pour ses prises de position souvent controversées, met en avant son expérience dans une ville souvent citée comme modèle de bonne gestion municipale pour proposer une réponse à la crise de l’eau qui frappe Johannesburg.
Pour aller plus loin
- Chloé Buire, Citadins-Citoyens au Cap. Justice et espace après l’apartheid, Presses universitaires de Paris Nanterre, 2021. Le livre est consultable en ligne ici.

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