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5 mars 2026Ministre des comptes publics, fidèle de Macron… pourquoi l’arrivée d’Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes est critiquée ?
Après Richard Ferrand au Conseil constitutionnel, Emmanuel Macron a décidé de nommer une autre fidèle de la première heure à un poste clé. Amélie de Montchalin doit ainsi succéder à Pierre Moscovici à la tête de la Cour des comptes. Sa prise de fonction, qui fait d’elle la première femme à occuper le poste prestigieux de Première présidente de cette institution créée par Napoléon, est attendue ce lundi 23 février.
La macroniste de 40 ans dont le mandat sera irrévocable (seulement borné par une limite d’âge théorique fixée à 68 ans) sera raccord au moins sur un point avec son prédécesseur dont elle partage l’obsession pour « l’assainissement budgétaire » et l’objectif de ramener à tout prix le déficit sous les 3 % fixés par Bruxelles. Une ligne que cette diplômée d’HEC et de Harvard, venue de la droite grossir les rangs de la « start-up nation » des débuts de la Macronie, a déjà défendue bec et ongles à différents postes.
« Juge et partie » sur le budget
Adhérente d’En Marche dès 2016, elle est élue députée en 2017 dans l’Essonne, avant d’être nommée au gouvernement en 2019 où elle est d’abord aux affaires européennes, avant d’atterrir à la fonction publique, puis à la transition écologique. Sa défaite face à Jérôme Guedj, aux législatives de 2022, la met sur la touche gouvernementale pour un temps – durant lequel elle sera ambassadrice de la France auprès de l’OCDE, encore un choix de Macron – avant d’être rappelée dans les gouvernements Bayrou puis Lecornu… où elle a été jusqu’à sa nouvelle nomination ministre de l’Action et des Comptes publics.
Et c’est là, surtout, que le bât blesse. Nommer une fidèle – qui à ce titre assistait d’ailleurs, dans l’entre-soi de l’Élysée début février, à une remise de décorations décernées par le chef de l’État à ses plus fidèles lieutenants – est déjà discutable mais mettre à la tête des « Sages » en charge du contrôle du budget celle qui en a été l’une des autrices l’est plus encore. « Je suis choqué par cette nomination, confie Stéphane Peu, député communiste et coprésident du groupe GDR. Elle relève du copinage et d’une politique de cour qui affaiblit la République et la démocratie, et qui renforcera la méfiance de nos concitoyens pour nos institutions. »
« Comment la ministre actuelle pourrait aussi donner un avis crédible sur le prochain budget qu’elle a elle-même préparé ? », interroge également, au moment de l’annonce de cette nomination, le député LFI Éric Coquerel qui « demande solennellement au Chef de l’État Emmanuel Macron de revenir sur la nomination d’Amélie de Montchalin ».
« Incontestablement, elle est passionnée et compétente en matière de finances publiques. Mais là, elle va vite juger des comptes et évaluer des politiques publiques dont elle a été directement responsable comme ministre », pointe également auprès du Parisien le socialiste Jérôme Guedj.
En observant de près la charte de déontologie des juridictions financières, la nomination de la ministre, également ancienne d’Axa et de BNP Paribas, semble contrevenir à plusieurs articles. Dont le 10 et le 15, veillant aux risques de conflits d’intérêts et insistant sur la nécessité d’indépendance des magistrats, qui « ne doivent apparaître soumis à aucun lien de subordination de quelque nature que ce soit ».
Au point de préciser que les magistrats ne doivent pas « prendre part à des investigations ou à un délibéré concernant un organisme dans lequel ils détiennent, ou ont détenu dans les cinq années précédentes, des intérêts de nature à compromettre leur indépendance, leur impartialité ou leur neutralité ».
Et le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, Éric Coquerel, de résumer le problème : « La Cour des comptes et le HCFP (Haut conseil des Finances Publiques) qu’elle présiderait automatiquement ne peuvent souffrir du soupçon légitime d’être juge et partie. Il serait très difficile, au moment où on murmure le nom d’un autre fidèle du Président de la République pour devenir gouverneur de la Banque de France, de balayer l’idée que l’on cherche ainsi à cadenasser des institutions indépendantes. »
« Le président confond confiance et subordination »
Car nommer des proches à des postes clés devient une habitude du chef de l’Etat. Outre Amélie de Montchalin et Richard Ferrand, Emmanuelle Wargon, son ancienne ministre du Logement, est à la tête de la Commission de régulation de l’énergie. Clément Beaune, son ex-conseiller spécial sur les questions européennes, dirige le Haut Commissariat au plan. Sans oublier Stéphane Séjourné, son conseiller dès 2014 au ministère de l’Économie et parmi ses plus proches, aujourd’hui à la Commission européenne. En attendant l’arrivée probable d’Emmanuel Moulin, actuel secrétaire général de l’Élysée, pressenti à la tête de la Banque de France après la démission de François Villeroy de Galhau.
« Le président confond confiance et subordination, estime Arthur Delaporte, porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée. Il n’y a évidemment pas de procès à faire à Amélie de Montchalin en tant que telle, ni à la personne ni à ses compétences, mais le message envoyé par ce mélange des genres est extrêmement préoccupant. »
Ces récompenses, sous forme de nominations ou de médailles, interrogent d’autant plus en ces temps de défiance des Français vis-à-vis du champ politique. Selon le dix-septième baromètre annuel du Cevipof, effectué par OpinionWay et publié ce lundi, 76 % des Français trouvent que la démocratie ne fonctionne « pas très bien » ou « pas bien du tout ». Un taux en hausse de 5 points par rapport à l’étude de l’année dernière. Au total, 78 % d’entre eux n’ont désormais pas confiance en la politique, jugeant d’autre part les élus « corrompus » dans les mêmes proportions.
« En 2017, Emmanuel Macron avait promis une nouvelle ère. Et finalement, à la veille de quitter le pouvoir, la Macronie tente de s’accrocher au pouvoir par tous les moyens. C’est ça son nouveau monde ?, s’interroge Benjamin Lucas, député Génération.s. Nous sommes à un moment où la démocratie vacille partout, où de plus en plus de citoyens envisagent de donner leur confiance à l’extrême droite, prenant le risque de voir s’installer des régimes autoritaires. Et le président ne trouve rien d’autre à faire que de récompenser les siens contre l’intérêt général. Il utilise sa fin de mandat pour être chef de clan alors que l’on attend un chef d’État. »
Auprès de l’Humanité, l’Élysée dit juger ces critiques infondées « au regard du mode de fonctionnement de la Cour, de ses missions et du sens de l’éthique d’Amélie de Montchalin ». Son entourage précise d’autre part que sa nomination était prévue par le président « depuis longtemps », mais qu’il « s’était gardé de l’évoquer pour ne pas la fragiliser lors du débat budgétaire ».
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