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NurPhoto via Getty Images
Peut-on se fier aux sondages commandés par les candidats aux municipales ? (illustration)
On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même… Surtout à quelques encablures d’un scrutin. Alors que les Français seront appelés à choisir leur futur maire dans une dizaine de jours, les sondages d’intentions de vote continuent de rythmer la campagne dans les grandes villes du pays. Une question émerge : peut-on se fier à ces photographies à l’instant T ?
Il est vrai que le halo de doutes autour des études d’intentions de vote est persistant, savamment nourri par les dirigeants politiques quand elles leur sont défavorables. L’enjeu semble toutefois devenir plus sensible à l’approche des municipales, avec des sondages directement commandés par les équipes des candidats et des résultats parfois franchement incohérents.
En ce sens, le cas de Nantes est éloquent. Réalisés en même temps, ou presque, deux sondages rendus publics attestent de donnes complètement différentes. Pour ne citer qu’un seul chiffre, la maire sortante Johanna Roland est créditée de 43 % d’intentions de vote au premier tour dans le sondage que le PS a réclamé à l’Ifop, contre 35 % dans l’étude réalisée par Odoxa à la demande de son concurrent Foulques Chombart de Lauwe. Celui-ci est pour sa part donné à 26… Ou 34 %, selon les instituts. Curieux.
Une histoire d’iceberg
Dès lors, comment juger la fiabilité de ces enquêtes, menées, ici, par deux des instituts les plus sérieux dans l’hexagone ? On peut tout d’abord écarter l’idée d’une manipulation active des chiffres finaux au profit des commanditaires, quand bien même un lien d’intérêt existe entre les deux parties, financier en l’occurrence. Les sondeurs auraient effectivement tout à perdre, leur crédibilité en tête, s’ils favorisaient grossièrement les clients qui sortent le carnet de chèque. « Ils ne truquent pas leurs chiffres », atteste ainsi le sociologue Hugo Touzet, spécialiste de l’opinion, évoquant les contrôles de la commission des sondages et « l’enjeu réputationnel » pour les instituts.
S’il faut donc laisser de côté cette interprétation, plusieurs facteurs peuvent néanmoins expliquer ce phénomène et ces données variables. Pour Mathieu Gallard, directeur de recherche chez Ipsos, les sondages qui sortent opportunément dans la presse ne représentent ainsi que la « pointe émergée de l’iceberg » de toutes les études réalisées sur ces élections municipales.
En clair, « les enquêtes qui fuitent sont celles qui favorisent les candidats qui les ont commandées, nous explique-t-il. Celles qui sont neutres ou mauvaises ne sont pas utilisées dans le débat public. » Certes, la méthode est intéressante pour les prétendants, qui peuvent ainsi se servir de ces chiffres pour ajuster les stratégies électorales, sans donner à voir leurs difficultés aux électeurs. Mais elle accentue inévitablement l’impression de brouillard, voire le sentiment de n’importe quoi face aux sondages. Et ce n’est pas tout.
« Pas de triche ou de bidouille, mais… »
Ces écarts peuvent également s’expliquer avec les biais introduits, plus ou moins subtilement, dans les questionnaires. « Le commanditaire peut jouer sur le cadrage des questions ou les différents scénarios que l’on va tester », décrypte Hugo Touzet au HuffPost, évoquant notamment les configurations, parfois fictives ou très improbables, testées en vue des seconds tours.
Objectif ? Influencer les répondants, par petites touches. Par exemple, « vous posez plein de questions sur les aspects les plus impopulaires du bilan du maire sortant, vous mettez ça en tête, et à la fin vous posez une question d’intention de vote », poursuit-il, « ce n’est pas de la triche ou de la bidouille, mais vous avez mis les gens en condition d’avoir un avis moins favorable. » Malin.
Au-delà de ces subtilités de campagne, impossible de ne pas évoquer aussi les facteurs inhérents au scrutin qui nous occupe et qui rendent la tâche des sondeurs particulièrement ardue. Premier écueil, l’indécision des électeurs au terme d’une course relativement plate, sans aspérités permettant d’enclencher des dynamiques ou des tendances de fond.
Panels et indécision
« La campagne est particulière, elle ne prend pas vraiment. Il y a beaucoup de flottement au niveau national, comme au niveau local, explique Mathieu Gallard, dans ces situations vous pouvez avoir des électeurs qui sont eux-mêmes très indécis et donc facteur d’incertitude. » Ainsi, il n’est donc « pas très étonnant » de constater certaines différences. L’inverse serait même « bizarre » dans un contexte aussi vaporeux. « Les municipales ne sont pas la présidentielle, avec des électeurs qui ont globalement fait leur choix dix jours avant le premier tour », appuie le spécialiste.
Ensuite, reste l’épineuse question des « panels », ces groupes censés être représentatifs de la population sur lesquels les sondeurs s’appuient pour leurs enquêtes. « Ce qui marche très bien au niveau national (pour la présidentielle entre autres), ou à Paris et Lyon, ne fonctionne pas pour les villes de petites tailles », assure Mathieu Gallard, évoquant la difficulté de constituer un vivier local vraiment représentatif et suffisamment consolidé.
Ainsi, « les échantillons sont plus petits pour les municipales, avec 800 voire 600 répondants », confirme Hugo Touzet, quand les intentions de vote pour la présidentielle sont généralement réalisées sur plus de 1 000 personnes. De quoi augmenter mécaniquement la marge d’erreur et les incertitudes. Ajoutez à cela les méthodes différentes, selon les instituts, pour mesurer le corps électoral (les gens certains d’aller voter) et vous obtenez la photographie finale. Un peu flou, diraient certains.

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