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5 mars 2026REPORTAGE. « Châtellerault, c’est pourtant pas Chicago » : avant les municipales, l’insécurité gagne les esprits jusque dans le Poitou
Rendez-vous a été donné dans un quartier endormi de Châtellerault. Sept militants du Rassemblement national de la Vienne partent en mission « boîtage », vendredi 6 février, à la veille d’une réunion publique de leur tête de liste pour les municipales. Clac, clac, les tracts glissent dans les boîtes aux lettres. Les riverains y découvrent le visage d’Hager Jacquemin et sa première promesse : « La sécurité partout et pour tous ».
Battue au second tour des législatives de 2024 dans la circonscription située à 40 km de Poitiers, la candidate du RN rêve de créer la surprise dans cette ville dirigée par le centre droit depuis près de vingt ans, dont le maire sortant, Jean-Pierre Abelin, ne se représente pas. Dans les rues cossues proches de la gare, la thématique de l’insécurité fait mouche. « C’est notre problème numéro 1 », lâche un couple de retraités. « On ne sort plus au théâtre ou au cinéma le soir », affirment-ils, par crainte d’une mauvaise rencontre avec « des drogués », des « gens à chiens » ou des jeunes un peu trop « insolents ».
Plus loin, une vieille dame enfourche sa bicyclette rouge. A la vue du tract du RN, son grand sourire laisse place à un refus poli. « L’insécurité ? Cela ne m’inquiète pas. J’ai travaillé en zone d’éducation prioritaire et je suis à l’aise avec tout le monde ici », assure Alice Barreau, 85 ans. L’ancienne enseignante se sent bien dans sa commune. Mais elle voit, autour d’elle, la « peur » gagner les esprits.
D’où vient ce frisson qui s’empare de Châtellerault ? Depuis des mois, à longueur de sondages à l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars, les Français citent l’insécurité parmi leurs principales préoccupations. En 2025, les 31 000 habitants de la deuxième ville de la Vienne ont été invités à répondre à une étude de la municipalité sur la sécurité et la tranquillité publique à Châtellerault. « Objectif : mieux comprendre vos attentes (…) et orienter les futures actions de prévention de la délinquance », expliquait la mairie.
Plus de 500 Châtelleraudais, surtout des retraités, se sont prêtés à l’exercice du questionnaire. Pas de quoi aboutir à un échantillon représentatif, mais assez pour inspirer quelques conclusions aux autorités. « Malgré une délinquance globalement maîtrisée, un sentiment d’insécurité existe et il est causé en grande partie par des incivilités du quotidien », rapporte Brahim Benzerga, directeur des sécurités de l’agglomération du Grand Châtellerault.
De la crotte de chien non ramassée jusqu’au tapage sous les fenêtres, les infractions « de basse intensité » contribuent à un climat urbain « anxiogène », où l’on se sent vulnérable, relève le fonctionnaire. « Tout cela s’ajoute à un contexte national et international déjà inquiétant, marqué par les conflits dans le monde, les attentats ou encore les faits divers amplifiés par les chaînes d’info et les réseaux sociaux. »
En plus du questionnaire écrit, la mairie de Châtellerault a organisé une « tournée sécurité des quartiers » pour inviter les habitants à prendre la parole, secteur par secteur. Petite affluence : une dizaine de présents par réunion. « Là où il y a eu le plus de monde, c’est dans mon quartier, où il ne se passe jamais rien », s’amuse Jacky Vallée, 65 ans, qui a assisté à « huit des neuf rencontres » – la neuvième s’étant résumée à un jus de pomme avec les organisateurs, faute d’autres participants.
Selon cet habitant du quartier huppé d’Antoigné, les débats ont été accaparés par sa génération, celle « de retraités qui ont toujours à redire et qui ont toujours peur de quelque chose ». Lui, bien dans sa ville, a tenu à apporter un contrepoint plus positif.
Lors d’une des réunions, Jacky Vallée a retrouvé un ancien voisin, Jean-Claude Delouzillière, qui a plaidé pour des patrouilles renforcées ou des caméras supplémentaires dans son nouveau quartier. Depuis qu’il y a été cambriolé à deux reprises en 2023 et 2024, cet ex-conseiller bancaire de 75 ans a fait installer un système de télésurveillance dans sa petite maison. Dans les rues voisines, les alarmes fleurissent aussi.
Alors que les vols ont eu tendance à reculer à Châtellerault ces dernières années, les cambriolages s’y sont multipliés, selon les données locales du ministère de l’Intérieur. A la clé, un traumatisme parfois plus important que le butin. « Des gens se font juste voler le contenu du frigo ou du congélateur », rapporte un installateur d’alarmes, Théodore Eneau, appelé après des cambriolages.
Cet électricien constate « une croissance des demandes » de protection, pas toujours concrétisées par une installation professionnelle. Des habitants préfèrent s’équiper à moindre coût en grande surface ou sur internet, voire coller de fausses étiquettes d’alarmes sur leurs portes. Les plus aisés vont jusqu’à faire appel à des sociétés de sécurité privée. « Nous proposons des rondes de dissuasion. Cela représente une très faible part de notre activité, mais nous en faisons de plus en plus », confirme Elodie Rivet, gérante de la société de gardiennage Angel’s P2S.
Jean-Claude Delouzillière n’en est pas moins soucieux. « Et s’ils recommencent, ces cons, et que je suis là ? L’autre jour, j’ai vu une grosse batte de baseball dans une brocante. J’achète ou j’achète pas ? » Ce membre de l’Amicale des retraités heureux n’a pas franchi le pas. Mais autour de lui, certains dorment avec un bâton sous le lit, voire une carabine. L’insécurité va « s’aggraver » à Châtellerault, prophétise son voisin Pierre Donnez, 83 ans. « Ça se propage partout », affirme-t-il. La preuve : l’animateur de CNews Pascal Praud « en parle tout le temps ».
L’insécurité, une angoisse de retraités ? « C’est une préoccupation croissante chez les parents et les commerçants », élargit David Simon, candidat centriste aux municipales.
Non loin des bords de la Vienne et du majestueux pont Henri-IV, Sophie Communeau fait partie des inquiets. Pas tant pour elle que pour ses affaires. Cette opticienne assure être parfois contrainte de fermer sa boutique à clé, quand elle voit passer un homme connu pour être « schizophrène et violent ». « On a aussi une femme alcoolique qui agresse les gens verbalement. Et puis il y a des regroupements de jeunes à capuches, tout en noir, sur la place », témoigne la secrétaire de l’association de commerçants Châtellerault ça bouge.
Dès lors, comment rassurer la population ? « Les habitants nous demandent plus de présence policière et plus de vidéoprotection », affirme le directeur des sécurités, Brahim Benzerga, sur la base des résultats de la consultation. Soit une incitation à poursuivre le travail entamé par la majorité sortante, dont il est proche. La police municipale, créée à Châtellerault dès 2013, s’étoffe d’année en année. Ses seize agents travaillent avec un centre de supervision urbain (CSU), unique dans la Vienne, qui scrute en temps réel les images des 60 caméras de la ville, en quête du moindre comportement suspect.
« CSU pour PM1. Tu peux me confirmer qui a jeté le mégot ?
– L’individu à la capuche claire. »
Une à deux fois par mois, la police municipale organise une « opération anti-incivilités » dans les rues du centre-ville. Tous les équipages disponibles (PM1, PM2…) partent en guerre contre « les incivilités qui pourrissent le quotidien », selon leur chef, Sébastien Dupas. En cet après-midi pluvieux de février, deux hommes alcoolisés, traqués par le CSU jusque sous leur abri de tôle, sont verbalisés pour avoir bu une bière et jeté une cigarette dans la rue. Plus loin, un jeune sous tutelle écope de 90 euros d’amende pour port d’écouteurs à trottinette.
« On assume une tolérance zéro », défend Brahim Benzerga, en réponse au « ras-le-bol » des riverains de l’hypercentre. L’année dernière, près de 200 verbalisations ont été dressées par la police municipale, contre une soixantaine deux ans plus tôt. « C’est très bien accueilli, d’autant que la police nationale ne répond plus à ce genre de missions de proximité », assure Sébastien Dupas.
A l’approche des municipales, ce durcissement est critiqué à gauche. « On peut tenir compte des préoccupations de sécurité des habitants sans leur servir toujours le même discours répressif », plaide Dominique Pasquet, tête de liste PS-PCF-Ecologistes, en bonne position face à la majorité sortante. Il plaide pour désamorcer cette méfiance qui grignote les esprits. « En porte-à-porte, les gens ouvrent à peine. A force d’être scotchés devant CNews, ils développent une peur des autres et se replient sur eux », s’inquiète ce retraité de l’enseignement spécialisé.
Ce défi, Hamza Zidani et Gildas Adanhou s’emploient déjà à le relever. « Il n’y a pas de tranquillité publique sans cohésion sociale », théorisent ces deux médiateurs associatifs, veste noire « Médiation » sur le dos. « L’été, certains jeunes traînent dehors, sans mauvaises intentions, mais cela peut susciter un sentiment d’insécurité. Dès qu’on identifie un lieu où ils se regroupent, on déploie des activités pour s’approprier l’espace, occuper les jeunes et recréer du vivre ensemble avec les habitants », illustrent-ils.
Dans le quartier prioritaire d’Ozon, les médiateurs sont entrés dans le décor. « Quand on était jeunes, il y avait davantage de violence dans les quartiers », assure Hamza Zidani, 51 ans. « On n’avait ni médiateurs, ni police municipale, on était moins cadrés », rappelle-t-il. Il voit dans l’insécurité ressentie par certains habitants le fruit d’une accoutumance à la tranquillité dans une ville « apaisée », où « l’insécurité recule » mais où « le moindre fait suscite de la peur ».
Les médiateurs ont été en première ligne lors des émeutes urbaines de 2023, durant lesquelles un centre commercial d’Ozon est parti en fumée. « J’ai eu un peu peur de sortir, mais ils ont rassuré tout le monde », se souvient Nathalie Raveneau, agent d’entretien. Depuis, le tabac-presse du quartier a pu renaître de ses cendres. Des liens s’y tissent de nouveau. Voilà trois mois que Nathalie Raveneau y a sympathisé autour d’un café avec Géraldine Simonneau, auxiliaire de vie en arrêt-maladie. Les amies en ont fait un rituel et s’y retrouvent tous les matins et tous les après-midis. « Il n’y a que le soir que je ne sors pas, lâche l’auxiliaire. Dès qu’il fait noir, j’ai peur. »

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