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6 mars 20261.758 Belges, 1.343 Portugais, 656 Néerlandais… Pourquoi les ressortissants européens font-ils si peu acte de candidature aux élections municipales?
Depuis 2001, les ressortissants de l’Union européenne peuvent être candidats et voter aux élections municipales en France mais la participation à ce scrutin de ces 1,3 million de citoyens européens installés dans l’hexagone reste très limitée. Ils ne seront que 6.300 à figurer sur des listes parmi les 900.000 candidats.
Une participation presque anecdotique. Quelque 6.300 citoyens européens figurent sur les listes présentées pour les élections municipales en France qui auront lieu les 15 et 22 mars prochains.
Ce nombre peut paraître élevé mais il est pourtant assez faible. Près de 1,3 million d’Européens en âge de voter sont installés en France. S’ils étaient tous correctement inscrits sur les listes électorales, ils pourraient représenter 2,5% du corps électoral. Pourtant, ils ne sont que 0,7% à se trouver parmi les 900.000 candidats présents sur des listes.
David Gouard, maître de conférences en sciences politiques à l’université Toulouse-Jean Jaurès, s’intéresse depuis plusieurs années à l’exercice de la citoyenneté européenne. Il a publié en 2025 une étude sur le vote en France des citoyens européens et ses usages très inégaux. Il éclaire ces enjeux auprès de BFM.
Combien de citoyens européens sont inscrits sur les listes électorales?
« Nous nous étions basés sur les chiffres de 2020 où cela oscillait entre 25 et 27%. C’est très faible. Il y a une stagnation liée aux effets du Brexit qui a eu un grand impact parce que les Britanniques représentaient le plus grand contingent national européen. Ils constituaient 25% des candidats et 30% des élus. C’était particulièrement visible lors des dernières élections municipales. Pour 2026, ça a très légèrement augmenté ».
[Le top des nationalités les plus représentées dans les candidatures en 2026]
- Belge (1.758)
- Portugaise (1.343)
- Néerlandaise (656)
- Allemande (656)
- Italienne (599)
- Espagnole (438)
- Roumaine (237)
- Irlandaise (126)
- Polonaise (119)
- Finlandaise (56)
- Luxembourgeoise (52)
- Autrichienne (34)
- Suédoise (33)
- Bulgare (32)
- Danoise (29)
Comment expliquer la faiblesse de ces inscriptions?
« C’est d’abord lié à une large méconnaissance de ce droit de vote et du droit d’éligibilité. Ces droits qui ont été créés par le traité de Maastricht en 1993 n’ont été transposés et appliqués en France qu’à partir de 2001. Il n’y a jamais eu de véritable politique nationale de communication sur ces droits. Cela arrive parfois de manière sporadique dans certaines communes. Une large majorité d’entre eux ne sont tout simplement pas au courant ».
Quelle est la typologie de ces électeurs?
« Ce que l’on a observé en ce qui concerne l’usage du droit de vote, c’est que finalement ceux qui sont au courant sont les plus politisés, qui s’intéressent à la vie politique, ceux que les grandes réformes peuvent toucher. Il s’agit également des personnes les plus intégrées à la société française, qui côtoient les collectivités locales voire les élus. Donc c’est assez inégalitaire. En 2020, un citoyen européen avait quatre fois moins de chances d’être candidat aux élections municipales qu’un Français.
Nous avions diffusé un questionnaire auquel une cinquantaine d’entre eux avaient répondu et nous avions constaté que nombre de ces personnes parlaient parfaitement le français, avaient des conjoints ou des enfants français, entretenaient des relations amicales avec des Français. Il n’y a que la nationalité qui les rend étrangers finalement ».
Ces quelques milliers de citoyens européens forment-ils un tout homogène?
« Non. Il y a de fortes disparités nationales. On peut distinguer trois types d’Européens en fonction de leur région d’origine. D’une manière générale, les ressortissants des pays du nord de l’Europe sont plutôt bien inscrits. En tout cas, beaucoup plus que la moyenne et sont plus souvent candidats également. Vous avez souvent des personnes avec des ressources financières et socio-culturelles élevées qui viennent passer leur retraite dans des villages où il y a moins d’habitants donc chaque voix compte un peu plus.
Les ressortissants des pays méditerranéens (Portugais, Espagnols, Italiens) qui sont de très loin les plus nombreux formant les deux tiers des immigrés européens en France se situent à un niveau deux à trois fois inférieur aux Français en termes d’inscription et d’éligibilité. Enfin, tout en bas, les ressortissants des pays d’Europe centrale et orientale se caractérisent par un très fort désengagement de ces deux droits ».
Quel retour d’expérience font ces élus?
« Le premier constat, c’est qu’ils sont heureux. C’est quelque chose qui leur a apporté beaucoup de satisfaction et qui a participé à leur plus forte intégration en France, et surtout dans leur commune de résidence.
Mais ils sont nombreux à avoir évoqué dans leurs entretiens cette frustration de ne pas pouvoir exercer de fonction exécutive parce que la loi française le leur interdit. Peu d’États européens restreignent l’éligibilité mais la France en fait partie. Il y a une forte proportion qui finit par demander la nationalité française précisément pour pouvoir occuper un mandat d’adjoint ou de maire.
Le deuxième problème soulevé, mais de façon plus rare que l’inéligibilité aux fonctions exécutives est la confrontation à un moment ou à un autre à des formes de xénophobie, soit par les administrés, soit par les candidats voire au sein même de son équipe municipale.
C’est souvent de la xénophobie un peu feutrée, pas très explicite, rarement violente d’ailleurs parmi les témoignages qu’on a reçus et qui renvoie pour beaucoup à des formes de rejet liées au fait que les personnes ne sont pas originaire du village. Ces sentiments d’hostilité à leur égard tendent a s’atténuer avec le temps, au gré du mandat ».

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