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La libération de Nelson Mandela marque un tournant. Jusqu’alors, l’Afrique du Sud est un pays fondé sur un régime ségrégationniste profondément raciste, n’accordant pas les mêmes droits aux individus en fonction de leur couleur de peau. Mais un an après sa libération, Mandela parvient à renverser ce système et révoque l’apartheid. Dans les années suivantes, il obtiendra le prix Nobel de la paix, accèdera à la Présidence du pays et mettra en place un système de justice restauratrice pour aider les victimes de ce système inhumain.
À l’époque, ce jour historique est couvert par Martine Laroche-Joubert, journaliste et grand reporter pour Antenne 2. Pour Zoom Zoom Zen, elle revient sur cette journée et sur les conditions de l’interview qu’elle a obtenue de Nelson Mandela.
Un pays sous le joug : l’apartheid vu de l’intérieur
Avant de raconter la libération, Martine Laroche-Joubert replonge dans l’Afrique du Sud qu’elle a connue dès le début des années 1980, au cœur même de l’apartheid. Elle y était alors entrée clandestinement, munie d’un simple visa touriste — les visas journalistes n’étaient tout simplement pas accordés. Ce qu’elle y a découvert l’a durablement marquée : des passeports sur lesquels la couleur de peau était officiellement inscrite, des fermes où les rapports entre Blancs et Noirs lui ont évoqué l’Amérique d’avant la guerre de Sécession, des enfants jetés en prison pour avoir chanté un chant de libération. Les transports, les toilettes, les quartiers entiers : tout était séparé. Les townships où s’entassaient les Noirs contrastaient avec les villas de la périphérie réservées aux Blancs. « L’argent ouvrait les portes », dit-elle, évoquant les rares espaces de luxe accessibles aux Noirs fortunés. Mais pour l’immense majorité, l’absence de tout droit, et notamment du droit de vote, était la règle absolue. Les manifestations dans les townships, réprimées à balles réelles, témoignaient d’une violence d’État systématique.
Mandela : un mythe plus grand que les barreaux
Comment un homme incarcéré depuis 1964, condamné à la perpétuité pour complot contre l’État et sabotage, ayant lui-même déclaré lors de son procès « je suis prêt à mourir », est-il parvenu à demeurer un symbole vivant ? La reporter apporte une réponse qui touche à l’essence même du personnage. À Robben Island, où il a passé dix-huit ans à casser des cailloux, il n’a jamais laissé l’amertume le consumer. Elle rapporte ses propres mots, prononcés lors de l’une de leurs rencontres : « Dans la vie, il ne faut jamais lutter contre les hommes, il faut lutter contre les systèmes. » Une philosophie qui l’a conduit à entretenir des rapports apaisés avec ses propres geôliers, qui en furent, dit-elle, profondément touchés. Le droit à une visite de trente minutes par an ne l’a pas effacé des consciences. Au contraire. Ses photos, les images de son procès, sa stature physique et morale ont suffi à entretenir le mythe. Martine Laroche-Joubert ne cache pas l’émotion qui l’a saisie lorsqu’elle l’a vu apparaître, ce 11 février, sur le balcon de la mairie du Cap, face à une foule en larmes. « Je me présente devant vous, non pas comme un prophète, mais comme votre serviteur » : « C’est le seul homme d’État qui m’ait vraiment impressionnée dans toute ma vie de reporter. » explique-t-elle.
Un président lucide face au sens de l’histoire
La libération de Mandela n’est pas tombée du ciel. Elle résulte d’une décision politique majeure prise par Frederik de Klerk, le président blanc d’Afrique du Sud, que Martine Laroche-Joubert a également rencontré et interviewé. À rebours d’une lecture purement cynique — celle d’un régime acculé par l’isolement international —, elle décrit un homme « qui avait compris le sens de l’histoire », et dont la lucidité lui vaudra, aux côtés de Mandela, le prix Nobel de la paix. Autour de cette libération annoncée, les signes s’étaient accumulés : des négociations secrètes, une première grande manifestation au Cap que les forces de sécurité avaient laissée se dérouler sans intervenir, une atmosphère d’attente tendue mais chargée d’espoir. Tout portait à croire que quelque chose d’irréversible était en train de se produire. Et ce quelque chose, Martine Laroche-Joubert l’a vécu de l’intérieur, avec cette acuité propre aux grands reporters.
Pour en savoir plus, écoutez l’émission…
À écouter
La Commission Vérité et réconciliation en Afrique du Sud
Affaires sensibles
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