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6 mars 2026Groenland : pourquoi l’argument de la « sécurité nationale » brandit par Donald Trump ne tient pas ?
En présentant le Groenland comme un enjeu vital pour la défense des États-Unis, Donald Trump habille d’un vernis sécuritaire une ambition avant tout politique. Un argumentaire fragilisé par la réalité du terrain.
La tension est maximale entre les États-Unis et l’Europe. Après des jours de déclarations tonitruantes, Donald Trump a encore accru la pression, ce samedi 17 janvier, en menaçant de droits de douane pouvant atteindre 25 % les pays européens qui s’opposeraient à son acquisition du Groenland, territoire autonome danois.
Le président américain affirme vouloir maintenir cette pression économique « jusqu’à la vente complète et intégrale du Groenland ». Selon lui, l’île arctique représenterait un atout essentiel pour la sécurité nationale des États-Unis, arguant que le territoire était vital « pour le Dôme d’Or (le projet de bouclier antimissile) que nous construisons ». Les ministres danois et groenlandais des Affaires étrangères sont justement attendus à la Maison-Blanche ce mercredi pour évoquer le sujet.
Pas de « menace russe et chinoise » au Groenland
Donald Trump reproche au Danemark son manque d’engagement militaire face à la montée des puissances rivales, la Russie et la Chine. « L’acquisition du Groenland est essentielle pour dissuader nos adversaires dans l’Arctique », a insisté la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt. Le président américain va jusqu’à affirmer que « le Groenland est couvert de navires russes et chinois partout ».
Une rhétorique qui alarme sans convaincre. Pékin et Moscou nient en effet toute visée impériale. « Les États-Unis ne devraient pas utiliser d’autres pays comme prétexte pour poursuivre leurs propres intérêts », a fustigé le 12 janvier le ministère chinois des Affaires étrangères, affirmant au passage que « les activités de la Chine dans l’Arctique visent à promouvoir la paix, la stabilité et le développement durable dans la région ». La diplomatie russe a, pour sa part, qualifié cette prétendue menace de « mythe ». Des propos relayés par le commandant du dispositif arctique danois, Ebbe Sønderup, qui a confirmé qu’« aucune trace de navires russes ou chinois » n’avait été détectée aux abords du Groenland.
Une capacité militaire déjà largement garantie
Même à supposer la menace réelle, les États-Unis disposent déjà de moyens considérables pour défendre la zone. Dès 1941, alors que le Danemark était occupé par l’Allemagne nazie, Washington avait obtenu le droit d’y implanter des bases militaires pour protéger le continent américain d’éventuelles agressions. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’armée américaine comptait jusqu’à quinze bases sur l’île.
Aujourd’hui, il n’en subsiste qu’une : la base aérienne de Pituffik, située sur la côte nord-ouest. Mais cette seule installation, placée sur la trajectoire la plus courte des missiles intercontinentaux entre la Russie et les États-Unis, suffit à garantir aux Américains une position clé dans l’Arctique. L’accord signé entre les deux pays en 1951, révisé en 2004, confère à Washington une large liberté d’action militaire sur le sol groenlandais.
« Nous ne voulons pas de la Russie ou la Chine comme voisins »
Pour justifier son ambition d’acquérir le Groenland, Donald Trump évoque aussi la crainte d’une future invasion russe ou chinoise. « Nous allons faire quelque chose au sujet du Groenland, qu’ils le veuillent ou non. Car si nous ne le faisons pas, la Russie ou la Chine s’emparera du Groenland, et nous ne voulons pas de la Russie ou la Chine comme voisin », a-t-il lancé le 9 janvier aux journalistes, lors d’une réunion à la Maison-Blanche avec des dirigeants de compagnies pétrolières.
Un argument difficilement soutenable. Car de fait, les États-Unis possèdent déjà une frontière (certes maritime mais bien réelle !) avec la Russie. Les deux puissances sont séparées par le détroit de Béring, qui relie la mer du même nom à l’océan Arctique, entre la péninsule russe de Tchoukotka et l’Alaska, territoire acheté à la Russie en 1867.
À leur point le plus proche, seuls 3,9 kilomètres les séparent : entre la Petite Diomède, île américaine également appelée Inaliq ou Krusenstern, et la Grande Diomède, territoire russe considéré comme le point le plus oriental de la Fédération de Russie, et le seul situé dans l’hémisphère occidental. En hiver, la banquise peut même former un pont de glace temporaire entre les îles. Ce voisinage n’a pourtant jamais conduit à un affrontement direct.

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