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6 mars 2026Les cours de l’or et de l’argent ont explosé depuis le retour de Donald Trump, un analyste boursier décrypte
KRISTIANTO PURNOMO / AFP
Des lingots d’or exposés dans une bijouterie d’État, à Jakarta en Indonésie, le 28 janvier 2026.
L’or, une valeur refuge ? L’expression n’a jamais aussi bien porté son nom. En pleines incertitudes mondiales liées aux menaces brandies par Donald Trump sur le Groenland et l’Iran, le cours de l’or a atteint un nouveau record cette semaine. Jeudi 29 janvier, l’once d’or (31,1 g) s’est ainsi envolée à 5 596 dollars. Il y a un an jour pour jour, son prix n’était que de 2 785 dollars, comme le rappelle franceinfo dans une infographie.
Rien que depuis le début de la semaine, l’once a pris autour de 500 dollars. Mercredi 28 janvier, elle a même gagné jusqu’à 300 à dollars en une séance. Durant celle-ci, sa capitalisation a augmenté de près de 1700 milliards de dollars, une somme qui approche de la capitalisation totale du bitcoin. L’argent a également enregistré un nouveau record jeudi, à 120 dollars l’once. Elle en valait quatre fois moins le 29 janvier 2025.
Pour décrypter ces hausses conséquentes et récentes des cours de l’or et de l’argent, Le HuffPost a interviewé Nicolas Chéron, analyste boursier indépendant.
Le HuffPost. Avait-on déjà connu une hausse si rapide et puissante de l’or depuis l’étude de son cours ?
Nicolas Chéron. On a déjà eu des mouvements sur l’or et l’argent très volatils dans les années 70. Mais on a jamais eu un mouvement haussier aussi puissant et long. C’est l’ensemble de facteurs haussiers qui se sont déclenchés ou qui ont été accentués ensemble, qui font ce mouvement haussier historique.
Quel a été le déclencheur de ce mouvement de fond ?
Une vague de particuliers et de professionnels ont acheté de l’or quand le seuil des 2000 dollars, qui datait de 2011, a été franchi il y a deux ans. On était alors dans un « price discovery » et il n’y avait plus de barrières, plus de résistances. Aujourd’hui chez les particuliers, il y a Monsieur et Madame tout le monde qui sont en plein effet « FOMO » (« Fear of missing out », la peur de rater quelque chose). Je vois des gens qui n’ont pas d’argent et d’or dans leur portefeuille, qui se réveillent et qui en veulent.
Quels sont les différents facteurs qui ont entraîné la hausse ?
Déjà, il faut rappeler que les métaux or et argent sont les deux premiers actifs de la planète. Culturellement, les Chinois et les Indiens sont par exemple des férus de métaux, d’or et d’argent, autant du point de vue de la spéculation que de la détention physique. En Inde, tous les ans à la période des mariages, on a des mouvements sur l’or qui sont assez importants car les familles en achètent beaucoup physiquement.
Historiquement, la joaillerie utilise aussi de l’or et de l’argent et en reste un des acheteurs intangibles tous les ans. Sur les dernières semaines, on note également un manque d’or et d’argent physiques dans les boutiques. Il y a beaucoup plus de demande que d’offre. Cela crée un phénomène de raréfaction, de spéculation accrue, qui fait boule de neige.
Quel rôle les banques centrales jouent-elles dans cette hausse ?
Depuis plusieurs années, leurs achats d’or se sont intensifiés, aussi bien pour la Chine, les États-Unis ou les pays européens, mais aussi chez les pays émergents (Pologne, Turquie…). Cela dans une optique de diversification, mais aussi car la monnaie de ces pays émergents est parfois déstabilisée par des crises économiques, géopolitiques ou sociétales. Face à ces fluctuations, l’or leur permet de stabiliser les finances du pays.
Que peut-on dire de l’impact de la géopolitique mondiale sur le cours de l’or ?
La guerre en Ukraine a boosté la détention de métaux, tout comme les frasques de Donald Trump au Venezuela, au Groenland, les tensions avec l’Iran… Tout ça fait que les opérateurs ont envie de détenir de l’or dans une optique de réserve de valeur, de refuge, de protection. Historiquement, les conflits et les tensions jouent en faveur des métaux.
À quel niveau l’administration Trump et ses actions influent sur le cours ?
Depuis la prise de fonction de Donald Trump, il y a un facteur majeur : la dénomination du cours de l’or en dollar, alors que la monnaie américaine ne cesse de baisser. La volonté de Trump, c’est de faire baisser le dollar, de booster les exportations et de faire baisser les taux d’intérêt pour dynamiser son économie. Mais qui dit baisse des taux, dit baisse de la monnaie ; et qui dit baisse de la monnaie, dit hausse de l’or en dollar. En résumé, une partie de la hausse de l’or est due à la baisse du dollar : dans les 40 % de hausse récente, vous avez 20 % parce que tout le monde en veut, mais aussi 20 % parce que le dollar a baissé.
La baisse actuelle du cours du bitcoin et la hausse de celui de l’or, c’est lié ?
Tous ceux qui sont positionnés sur les cryptomonnaies et le bitcoin, depuis trois-quatre mois, souffrent particulièrement, eux qui cherchent de la volatilité. Résultat, une grosse partie de la communauté crypto s’est rabattue sur l’or et l’argent, via notamment des produits spéculatifs à effet de levier.
Au final, si l’on doit résumer grossièrement la hausse continue de l’or depuis quelque temps, c’est un mix entre achats de long terme et de court terme par les particuliers, les spéculateurs et les banques centrales, une volonté de diversification, la notion de record historique qui attire les regards, la géopolitique, la baisse du dollar et l’effet « FOMO ».

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