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[Cet article a été publié pour la première fois le 23 décembre 2025, et republié le 6 mars 2026]
4 000 hectares de forêt, soit l’équivalent de 6 000 terrains de football : c’est la surface autour du lac Baïkal, en Sibérie, que le gouvernement russe s’apprête à raser. Début décembre 2025, les autorités ont approuvé en deux jours une loi autorisant les coupes “sanitaires” dans cette zone naturelle classée au patrimoine mondial.
Ce texte, présenté comme une mesure de prévention des incendies et d’aménagement pour les populations locales, marque un net recul de la politique de préservation du site, en vigueur depuis 1999, écrit Forbes Russie.
Citée par Kedr, un média indépendant spécialisé dans l’environnement, Vera Shlenova, responsable de la branche régionale d’Irkoutsk de la Société russe de protection de la nature, reste néanmoins catégorique :
“Ce projet ne contient pas un mot sur la santé du lac ou sa conservation. C’est une loi sur le business.”
Officiellement, seuls les arbres “morts” seraient concernés. Mais le texte autorise également la requalification de terres forestières en terrains constructibles d’intérêt “social” ou “touristique”. Un dispositif qui, selon les militants interrogés par Sibir. realii, servira de cheval de Troie aux projets touristiques. Ils s’alarment d’un article de la loi qui permet de déboiser pour aménager routes, hôtels, infrastructures des zones économiques spéciales ou même des cimetières dans des villages parfois quasi déserts. À Choumikha, où il n’y a plus un seul habitant, 1 000 tombes sont prévues ; à Shida, un village de 28 habitants, c’est un cimetière de 6 000 places qui est envisagé.
La loi exige que les futures coupes reçoivent l’aval de l’Académie des sciences de Russie. Mais cette garantie est floue, selon un expert forestier interrogé par Kedr, puisque rien ne précise juridiquement ce qu’est “une position favorable” de l’Académie. Elle pourrait être établie par un simple courrier interne. Ensuite, une commission formée de députés, de fonctionnaires, de membres du FSB (services de sécurité) et de gouverneurs tranchera, sur l’avis de l’Académie et d’une expertise environnementale d’État.
Laisser la nature faire son œuvre
Pourtant, les experts de l’Académie des sciences de Russie affirment que les zones visées par la réforme se régénèrent naturellement après les incendies de 2015. “L’analyse des images satellites est claire : la forêt repousse”, assure la spécialiste forestière Natalia Loukina, dont les propos sont rapportés dans Meduza. Les coupes rases “avec des machines lourdes”, en revanche, entraînent “l’érosion, détruisent les sols, et alimentent les feux de forêts”, s’inquiète le député russe Oleg Mikhaïlov. Lors d’un débat au Parlement russe, son collègue Anatoli Greshnevikov a accusé le texte d’ouvrir la voie à une légalisation d’infrastructures déjà construites illégalement, rapporte le journal économique RBK.
“Vous entendez le Baïkal pleurer ? Il ne veut pas que les bûcherons s’en approchent avec leurs haches.”
La presse proche du pouvoir salue, pour sa part, un texte qui “interdit les coupes rases sauf cas exceptionnels”, à l’Instar d’Izvestia. “Le Parlement russe a adopté une loi interdisant complètement les coupes à blanc dans la zone écologique centrale du Baïkal”, titre le quotidien, tout en précisant plus loin : “sauf pour les peuplements morts”. Une formulation ambiguë, qui laisse croire à une interdiction générale. Les journaux s’attachent surtout à reprendre les arguments des députés sur les bénéfices attendus, lesquels ne convainquent toutefois ni les chercheurs ni les militants.
Exploitation commerciale
Comme l’explique la rédaction russophone de la Deutsche Welle, le nettoyage des arbres morts était déjà autorisé, à condition de ne pas les vendre. Le nouveau texte légalise désormais leur exportation, ce qui, selon 87 scientifiques signataires d’un appel au président Vladimir Poutine, pourrait “stimuler la destruction délibérée de forêts saines, par exemple via des incendies, pour les déclarer ensuite ‘mortes’ et exploitables commercialement”, fait savoir le quotidien économique Kommersant. Ce que confirme la base de données du parquet russe, épluchée par la Deutsche Welle, qui recense les cas de déforestation illégale dissimulés sous le couvert d’abattage “sanitaire” de bois malade.
Les intérêts économiques liés à cette réforme ne sont pas qu’une hypothèse. Sibir. realii révèle que plusieurs figures politiques proches du pouvoir sont directement impliquées dans l’immobilier ou le tourisme autour du lac. Alexandre Iakoubovski, député de la majorité et coauteur de la loi, est marié à la cheffe d’une entreprise de construction active sur les bords du Baïkal. Et lorsque en 2023, Greenpeace s’est opposé à ces coupes, c’est lui qui a milité pour que l’organisation soit classée “indésirable”, écrit le média.
Entre-temps, à Irkoutsk, les voix locales tentent de se faire entendre. Le site d’information local IrCity annonce qu’une manifestation pour contester la loi, portée par l’écologiste Piotr Mekhonochine, se tiendra le 27 décembre. Mais sur les rives du Baïkal, certains redoutent déjà qu’il ne soit trop tard.
Alina, une habitante interrogée par Sibir. realii, témoigne d’une réalité qui se concrétise déjà : “Dans certaines zones, les habitants ne peuvent plus accéder aux rives du lac. Et que va-t-il se passer ensuite ? Les terres restantes autour du Baïkal seront tout simplement partagées entre les hôtels et les stations balnéaires. Et nous, les riverains, ne pourrons pas accéder à l’eau gratuitement.”

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