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6 mars 2026« Tu vas prendre vingt ans, parce qu’on va t’accuser d’espionnage » : Laurent Vinatier raconte sa détention en Russie
Il pensait dialoguer avec la Russie, qu’il connaît si bien. Pas l’affronter, pas la provoquer. Le 6 juin 2024, à Moscou, le Français Laurent Vinatier est dans un café quand il est arrêté par le FSB, le service de renseignement chargé de la sécurité intérieure. En 48 heures, sa vie bascule. Il est accusé de ne pas s’être enregistré en tant qu' »agent de l’étranger », ce qui est passible de trois ans de prison. Au bout de dix mois de détention, il est à nouveau condamné, cette fois à vingt ans, pour espionnage. Au total, il passe 589 jours en détention. Et puis le 8 janvier 2026, une grâce signée Vladimir Poutine lui permet de rentrer en France. Laurent Vinatier est l’invité du huitième épisode de « Pour info », avec Paul Larrouturou.
Chercheur spécialisé dans les conflits, familier de la Russie, Laurent Vinatier travaillait pour des organisations comme le Centre pour le dialogue humanitaire, avec qui il mènait des actions de « diplomatie parallèle, neutre, impartiale ». « Ça consiste à rapprocher les positions entre deux partis antagonistes », résume-t-il. Il n’a pas vu venir son arrestation. « Je n’avais pas peur. Je me disais que je me sentais en sécurité, que ça ne pouvait pas m’arriver à moi, je ne me sentais donc pas du tout vulnérable. » Pendant sa détention provisoire, il ne prend pas tout de suite conscience qu’il est « un pion, un objet politique entre la France et la Russie ». « Je suis persuadé que ça va s’arranger, qu’il y a un malentendu. »
« Là je comprends que je suis un cas sérieux »
Au terme de dix mois de détention, Laurent Vinatier est jugé. « Le FSB me récupère en me disant que je ne vais pas aller en colonie pénitentiaire : tu ne vas pas prendre trois ans, me disent-ils, tu vas prendre vingt ans parce qu’on va t’accuser d’espionnage. (…) D’un seul coup, je réalise qu’alors que j’ai réussi à survivre à ces dix mois, on me dit qu’en fait, ça ne compte pas. Quand je croyais que c’était fini, tout ne faisait que commencer. » Il passe quinze jours dans une cellule de transit insalubre, « dix personnes pour 50 mètres carrés », puis à Lefortovo, à Moscou. La prison historique du KGB, depuis Staline. « La prison pour les cas sérieux… Là je comprends que je suis un cas sérieux. » Il y est placé à l’isolement. « On me rase la tête tout de suite, on me met une blouse grise, comme tous les prisonniers. C’est comme dans les films, quoi. Je perds tout à ce moment-là. »
Laurent Vinatier se réfugie dans l’introspection. Lui qui se définit comme croyant se rapproche de Dieu. « Je me suis débarrassé de toutes les scories que j’avais accumulées pendant quarante ans. » Et il affronte « la peur ». « La peur d’être re-déplacé, d’être re-transféré, d’être oublié. Parce que la Russie, finalement, qu’est ce qu’ils allaient faire de moi ? Et si les Français ne voulaient pas m’échanger ou ne pouvaient pas ? Bon, on va l’oublier en Sibérie, on s’en fout… On est en dehors de la réalité et c’est comme si on n’existait plus. »
Et puis son cas est évoqué lors d’une conférence de presse. Vladimir Poutine répond, les choses s’accélèrent. Laurent Vinatier formule une demande de grâce le 30 décembre 2025. Elle est accordée, et le 8 janvier 2026, il est finalement libéré. A la sortie de Lefortovo, un fourgon le conduit directement sur le tarmac de l’aéroport, où l’attend un avion français. « Au fond de moi, je me dis alors que ce nouvel individu qui a émergé va enfin pouvoir reprendre un petit peu le contrôle de sa vie. »

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