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7 mars 2026Candidats l’un contre l’autre aux municipales, le député des Alpes-Maritimes et le maire de Nice ont longtemps été très proches avant que leur rapport ne tourne à l’affrontement. Auteur du livre « Les Frères ennemis de la Côte », le journaliste Jean-Baptiste Forray retrace auprès de BFM l’histoire de la relation entre les deux hommes.
« Ce que tu as fait pour moi est, je crois, inédit en politique. Sache que je le mesure à sa juste valeur et que je ne l’oublierai jamais », « tu fais partie des très rares personnes qui comptent pour moi et que j’aime. » Ainsi s’exprime Éric Ciotti fin 2008 avant les fêtes de Noël dans une lettre adressée à son mentor d’alors, Christian Estrosi. Entre le collaborateur de toujours du maire de Nice et ce dernier, le rapport est alors idyllique.
Depuis, celui-ci a tourné à l’orage, à la rivalité et à la détestation mutuelle. Si bien que personne n’est surpris sur la Côte d’Azur de voir enfin Christian Estrosi et Éric Ciotti s’affronter aux élections municipales. L’un veut garder les commandes de l’Hôtel de ville, l’autre rêve de s’y installer.
Un débat avec Cristian Estrosi, Éric Ciotti, Juliette Chesnel-Le Roux et Mireille Damiano est organisé ce samedi 7 mars à 19h30 sur BFMTV et BFM Nice Côte d’Azur. Un événement présenté par Marie Chantrait et organisé en partenariat avc Le Figaro et Nice-Matin.
Comment l’édile Horizons et le député Union des droites pour la République (UDR) en sont-ils arrivés là?
Éléments de réponse avec Jean-Baptiste Forray, rédacteur en chef délégué de la Gazette des communes et auteur du livre Les Frères ennemis de la Côte (Plon), paru en janvier.
Quand Éric Ciotti et Christian Estrosi se sont-ils rencontrés?
Christian Estrosi est surnommé « le motodidacte ». Il n’a pas fait d’études. Ses universités, il les accomplit sur les circuits de moto, c’est un champion de ce sport.
Quand il débarque à l’Assemblée nationale en 1988, il ne maîtrise pas du tout la procédure parlementaire, les prises de parole dans l’hémicycle. Donc, il a besoin d’une tête bien faite pour l’accompagner dans ses premiers pas. Cette tête bien faite, c’est Éric Ciotti.
Christian Estrosi le rencontre dans une localité de l’arrière-pays niçois, à Saint-Martin-Vésubie. Avec Éric Ciotti, ils sont parfaitement complémentaires. Les mauvaises langues disent que c’est « la tête et les jambes ». Ce qui n’est pas gentil pour Christian Estrosi, qui a une intelligence aujourd’hui assez reconnue.
Mais il y a une partie de vrai dans le sens où Éric Ciotti, tout frais diplômé de Sciences Po, fait le job, prépare les amendements, écrit les discours, tous les petits mots envoyés aux présidents d’association et aux notables du coin.
Vous racontez que les deux hommes sont présents l’un pour l’autre dans des moments très personnels. Christian Estrosi est chez Éric Ciotti le soir de la mort de son père… Leur relation allait au-delà de la politique?
En fait, c’est très difficile de faire la distinction entre le personnel et le politique. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’Éric Ciotti et Christian Estrosi sont d’énormes bosseurs tous les deux. Dans les années 1990, ils sont tout le temps ensemble parce qu’ils ne font que de la politique.
Donc, évidemment, cela crée des liens. Et cela crée d’autant plus de liens que la « PME » Estrosi est une « PME » familiale. Christian Estrosi a pour principale collaboratrice sa propre femme, Dominique Estrosi-Sassone, qui est aujourd’hui sénatrice et divorcée de ce dernier.
Et il y a aussi à ce moment-là le couple d’Éric Ciotti avec Dominique Ciotti, qui est également une collaboratrice de Christian Estrosi.
Quels bénéfices politiques Christian Estrosi et Éric Ciotti tirent-ils de leur collaboration?
C’est la poule et l’œuf: qui apporte le plus à l’autre? Si on se place du point de vue de Christian Estrosi, il est évident que c’est lui qui fait monter Éric Ciotti en politique.
Il lui offre une circonscription en or massif lors des élections législatives de 2007 ; et en 2008, la présidence des Alpes-Maritimes, l’un des plus gros départements de France, riche à millions grâce aux ventes énormes d’un certain nombre de grandes propriétés sur la Riviera.
De l’autre côté, Éric Ciotti donne une colonne vertébrale à Christian Estrosi. C’est lui qui est l’artisan de sa montée en puissance sur les questions de sécurité, il bosse jour et nuit sur ce sujet à l’Assemblée nationale lorsqu’il est son collaborateur.
Sans Éric Ciotti, Christian Estrosi n’aurait sans doute pas eu une carrière aussi rapide dans la période 2005-2008, qui correspond au moment où il devient ministre, puis maire.
Pourtant, peu après ces années-là, leur rapport va se compliquer. Pourquoi?
En 2010, Christian Estrosi est congédié du gouvernement sans ménagement par Nicolas Sarkozy. Or, à ce moment-là, Éric Ciotti se pousse du col dans la capitale. On parle de lui pour un maroquin. Évidemment, Christian Estrosi n’accepte pas que les courbes puissent s’inverser.
Et c’est sûr qu’Éric Ciotti joue aussi sa carte personnelle. Il fait appel à la grande prêtresse de la com Anne Méaux pour favoriser ses relations parisiennes, se met dans les petits papiers de Patrick Buisson, l’éminence grise droitière de Nicolas Sarkozy…
Dans votre livre, vous détaillez aussi quelques coups bas réciproques à Nice. Comment expliquer qu’Éric Ciotti ne se soit pas lancé avant dans la bataille municipale?
C’est un peu Santa Barbara entre eux parce qu’il y a aussi un certain nombre de rabibochages.
Les régionales de 2015 sont un moment-clé de leur relation, même si cela n’apparaît pas forcément au grand jour. Candidat, Christian Estrosi est dans de sales draps au soir du premier tour. Il accuse un retard énorme sur Marion Maréchal-Le Pen. La seule façon pour lui de se raccrocher aux branches, c’est de faire des appels du pied à gauche.
À ce moment-là, Éric Ciotti voit l’espace politique qui se libère à droite. Ce sont deux stratégies qui se cristallisent en 2017: Christian Estrosi, qui a beaucoup de flair, est le premier homme de droite à opter pour Emmanuel Macron ; de l’autre côté, Éric Ciotti soutient François Fillon jusqu’au bout et incarne ce que l’on appelle « la droite Trocadéro ».
Mais contre toute attente, il déclare forfait en 2020. C’est vraiment un réaliste pur, il sait qu’il ne va pas gagner. Ce n’est pas le genre à mener une campagne perdue d’avance.
Depuis, chacun a quitté LR. L’un pour Horizons, le parti d’Édouard Philippe, l’autre pour créer son propre mouvement dans une alliance avec Marine Le Pen. Était-ce l’étape décisive pour un affrontement?
Oui, oui. D’une certaine manière, Nice est un laboratoire de cette droite qui est écartelée entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Christian Estrosi et Éric Ciotti ont cherché à se distinguer pour s’enraciner sur un espace politique.

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