
un vol Air France forcé de faire demi-tour
7 mars 2026
L’AMF décerne son prix Marie-Josèphe-Vanel de thèse de droit à Vincent Ramonéda
7 mars 2026“Le fils d’un colonel ne peut pas devenir général, car le général a déjà ses propres enfants” : ce bon mot datant de l’époque soviétique soulignait le népotisme qui caractérisait alors le système politique. La plaisanterie n’est pas passée inaperçue lorsqu’elle a été prononcée en février par Sergueï Kirienko : le premier adjoint du chef de l’administration présidentielle, qui participait à un événement consacré à la formation des cadres de l’État, entendait insister sur le fait que les usages avaient changé. Qu’il existe désormais des formations ouvertes permettant à tous d’accéder à des responsabilités, comme le programme Leaders de Russie.
“Il est cependant quelque peu étrange d’entendre de tels propos venant d’un homme dont le fils dirige le puissant groupe de médias VK”, ironise Mikhaïl Chevtchouk, chroniqueur du site russe indépendant Republic. Le fils en question, Vladimir Kirienko, a pris la tête de cette société propriétaire de VKontakte, équivalent russe de Facebook, à la fin de l’année 2021. “Un poste aussi important pourrait-il être occupé par une personne autre qu’un ‘fils de général’ ?” s’interroge l’auteur. La formule, précise-t-il, n’a pas un sens littéral, mais désigne plus généralement ceux qui appartiennent à un clan qui compte.
“Le fait que les enfants de hauts fonctionnaires et de responsables de la sécurité, ou simplement de proches du président, obtiennent des postes importants, voire très importants, est depuis longtemps une caractéristique courante et prosaïque de la réalité politique russe, et personne n’en est gêné”, remarque Chevtchouk dans ce média en exil.
Dmitri Patrouchev, fils du conseiller du président Nikolaï Patrouchev, est vice-Premier ministre ; Denis Bortnikov, fils du chef du FSB, Alexandre Bortnikov, est président du conseil de surveillance de la banque VTB ; et il en va de même pour la fille aînée de Vladimir Poutine, le fils de Dmitri Medvedev… “On trouve en ligne sans difficulté des listes complètes de ces ‘enfants de généraux’”.
Des nobles et des roturiers
Cette tendance au népotisme apparaît si prononcée que la mouvance “nationale patriote” lui a élaboré un fondement théorique, relève l’auteur, qui cite Tsargrad TV, média nationaliste et monarchiste – propriété de Konstantin Malofeïev, oligarque proche du président : “La nouvelle noblesse considère le pays comme son patrimoine, un patrimoine à préserver et valoriser. Elle gère l’économie avec rigueur, veille au maintien de l’ordre et adopte une vision à long terme.”
Si la révolution de 1917 s’était appuyée sur des profils jeunes, la “révolution conservatrice” menée par Poutine repose, elle, sur des anciens qui ont consacré leur temps à écraser leurs rivaux. Aujourd’hui, “ils s’empressent de créer une ‘aristocratie’ héréditaire, sans même le dissimuler”, analyse Chevtchouk. Cette élite, consciente de constituer un cercle trop restreint, s’emploie dans le même temps à “attirer de nouveaux roturiers par le biais des écoles du parti, à la condition qu’ils se montrent loyaux”.
Par “écoles du parti”, référence ironique aux structures soviétiques, l’auteur désigne les programmes supervisés par Sergueï Kirienko. Et en souligne les similitudes : “Le processus [de recrutement] est placé sous le contrôle du pouvoir lui-même – même si les portes sont formellement ouvertes, l’émergence ‘spontanée’ de personnes qui n’auraient pas été approuvées par les autorités et qui n’auraient pas suivi de formation spéciale est exclue.”

9999999
