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7 mars 2026En une semaine, le discours (très) changeant des États-Unis pour justifier l’offensive en Iran
The White House
Donald Trump à son bureau alors que se déroule l’opération « Fureur épique » contre l’Iran
Frappes préventives, légitime défense, chute du régime… Une opération militaire, oui, mais pour quoi faire ? Les États-Unis semblent avoir toutes les peines du monde à accorder leurs violons pour justifier leur offensive conjointe à Israël, sur l’Iran. Après, une semaine de frappes en Iran et autant de justifications aléatoires de la part de l’administration Trump, le HuffPost fait le point.
Au lancement de l’opération « Fureur Épique » , les premières frappes des États-Unis ciblent les infrastructures militaires iraniennes, notamment les sites qui abritent les programmes nucléaires et balistiques du pays. C’était le point principal de crispation entre les deux pays durant leurs pourparlers, dont la troisième session avait échoué juste avant le début de l’offensive.
Dans la première explication que Donald Trump livre, il avance : « Notre objectif est de défendre le peuple américain en éliminant les menaces imminentes provenant du régime iranien (…) Ses activités menaçantes mettent directement en danger les États-Unis, nos troupes, nos bases à l’étranger et nos alliés à travers le monde. » Le président évoque notamment des missiles à longue portée qui « pourraient bientôt atteindre le territoire américain ».
Il insiste sur la volonté de « détruire leurs missiles et raser leur industrie de missiles (…) anéantir leur marine » et de « veiller à ce que les mandataires terroristes de la région ne puissent plus déstabiliser la région ou le monde et attaquer nos forces ».
Dès le deuxième jour, les communiqués de la Maison-Blanche précisent que « le président Trump lance l’opération Epic Fury pour écraser le régime iranien et mettre fin à la menace nucléaire ». La volonté de faire chuter le régime ne figurait pas dans les arguments énoncés la veille, bien que des frappes aient spécifiquement visé l’ayatollah Ali Khamenei, et qu’il en soit mort.
Il y aurait peut-être même une notion de vengeance personnelle derrière l’attaque. Selon un correspondant à Washington d’ABC News, le président aurait également rapporté, le dimanche, que les tentatives de l’Iran pour l’assassiner, durant la campagne présidentielle de 2024, pourraient avoir été un élément déclencheur de l’opération. « Je l’ai eu avant qu’il ne m’ait eu », aurait déclaré Donald Trump dans son échange avec ABC News.
Au troisième jour, Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense des États-Unis assure : « Il ne s’agit pas d’une guerre de changement de régime, mais le régime a bel et bien changé », lors d’une conférence de presse. Voilà qui contraste clairement avec les déclarations de la veille. Il affirme également que ce ne sera pas une guerre « sans fin ».
Le même jour, Marco Rubio, le chef de la diplomatie américaine, explique devant les journalistes que les frappes ont débuté face à « une menace imminente » d’une attaque de l’Iran sur Israël. Il avance ainsi l’idée que Tel-Aviv aurait poussé Washington à agir : « Nous n’avons pas commencé cette guerre, mais avec le président Trump, nous la terminons ».
Une déclaration qui est loin de convaincre, même au sein du mouvement MAGA. « Il nous dit clairement que nous sommes en guerre contre l’Iran parce qu’Israël nous y a forcés », tweete Matt Walsh, commentateur d’extrême droite.
Finalement, était-ce une menace imminente sur Israël ? Ou sur les États-Unis ? Le Pentagone, lui, en tout cas, a tranché. En milieu de semaine, il a affirmé qu’il n’existait pas de menace imminente sur Israël, l’Iran n’ayant pas prévu de frapper en premier mais uniquement de riposter en cas d’attaque de l’État hébreu.
L’administration fait à nouveau marche arrière sur sa volonté de faire chuter le régime : « Les soldats américains portent des coups dévastateurs pour éliminer définitivement la menace du régime iranien », peut-on lire sur le communiqué de la Maison-Blanche. L’offensive avait-elle également pour but de changer le pouvoir iranien ? Visiblement, même les Américains n’ont pas la réponse.
Dans une déclaration, Donald Trump vient saper tout le travail de son chef de la diplomatie, Marco Rubio. Probablement avec une volonté de calmer son camp en toupie depuis les déclarations de la veille, il affirme qu’il a lui-même « peut-être forcé la main d’Israël », et non l’inverse. Et ajoute : « Si nous n’avions pas frappé, ils auraient attaqué en premier. J’en étais convaincu. Cela devait être fait. » Qui a donc finalement initié la guerre selon le discours officiel ?
Le locataire de la Maison-Blanche a même ajouté que ces frappes étaient prévues de longue date. Quid de la légitime défense liée à la « menace imminente » avancée lors des premiers jours de l’opération militaire ?
Le mercredi, les États-Unis revendiquent l’attaque d’un navire iranien par une torpille tirée par un sous-marin, dans les eaux internationales, à près de 3 000 km de l’Iran. On est loin de la logique de l’élimination d’une menace imminente et de la légitime défense.
L’ambition semble bien élargie. « Grâce à une domination absolue et une force de frappe dévastatrice, nos combattants démantèlent méthodiquement la capacité du régime iranien à menacer à nouveau l’Amérique, ses alliés et la sécurité mondiale », affirme la Maison-Blanche.
Autre point clé, le président Donald Trump « réfléchit activement » au rôle des États-Unis en Iran après la guerre, indique la porte-parole Karoline Leavitt. L’objectif est donc bien plus poussé, là encore, que la simple élimination d’une menace.
Ce jeudi, Donald Trump semble réaffirmer sa volonté d’aller plus loin en estimant qu’il « doit être impliqué » dans le choix du successeur de Khamenei. En près d’une semaine, le discours est donc passé de la réponse à une menace à la volonté d’une main mise sur l’avenir politique du pays. « Le fils de Khamenei n’est pas acceptable pour moi », a-t-il ajouté, précisant qu’il souhaite un rôle comme au Venezuela après la capture de Nicolas Maduro.
Militairement parlant, les États-Unis affichent une avancée très importante, les frappes visent de nouvelles infrastructures et s’étendent plus largement sur le territoire.
Elise Ewers, experte du Council on Foreign Relations, s’interroge justement : « Voulons-nous éliminer la capacité de l’Iran à projeter sa puissance au-delà de ses frontières ? Un changement de régime ? Une réduction de ses capacités navales ? Tout cela est possible, mais pas nécessairement dans les délais impartis, compte tenu du coût économique réel de ces opérations, notamment dans le Golfe. »
« MAKE IRAN GREAT AGAIN (MIGA !) » (Rendez sa grandeur à l’Iran !), avance maintenant le président américain, détournant son slogan « Make America Great Again ». Au 7e jour de la guerre au Moyen-Orient, Donald Trump affiche un peu plus sa volonté de prendre part au futur de l’Iran.
« Il n’y aura pas d’accord avec l’Iran, seulement une CAPITULATION SANS CONDITION ! Après cela, et le choix d’un ou plusieurs dirigeants FORMIDABLES ET ACCEPTABLES, avec de nombreux merveilleux et très courageux partenaires et alliés, nous travaillerons sans relâche pour relever l’Iran, le rendre économiquement plus grand, meilleur et plus fort que jamais », a-t-il écrit sur son réseau Truth Social. Une semaine après le début des frappes en Iran, et une expansion rapide du conflit dans la région, la simple volonté d’éliminer une « menace imminente » paraît plus lointaine que jamais.

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