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CHIP SOMODEVILLA / Getty Images via AFP
Jerome Powell photographié en conférence de repsse le 10 décembre 2025 à Washington
• Le démocrate Chuck Schumer dénonce une attaque contre l’indépendance de la Fed, tandis que Trump nie toute implication directe.
• Le mandat de Jerome Powell se termine bientôt, Donald Trump veut le remplacer par un de ses proches conseillers.
« C’est un prétexte. » Les tensions entre Donald Trump et Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale (Fed), ont passé un nouveau cap. Ce dernier a annoncé ce dimanche 12 janvier que la banque centrale américaine était désormais menacée de poursuites par le ministère de la Justice. La Fed a reçu une convocation qui pourrait conduire à une mise en accusation au pénal.
Dans un communiqué, Jerome Powell explique que cette convocation porte sur son audition en juin dernier à propos d’un projet de rénovation du bâtiment de la Fed. Mais cette convocation s’inscrit selon lui dans un climat de pressions exercées par le président américain Donald Trump sur l’institution, afin de la pousser à abaisser plus fortement ses taux, alors que l’inflation reste toujours au-dessus de sa cible de 2 %.
« Cette menace n’est pas au sujet de mon témoignage. C’est un prétexte, la menace de poursuites est la conséquence de la volonté de la Fed de décider de ses taux dans le meilleur intérêt du public plutôt que pour répondre aux préférences du président », dénonce Jerome Powell dans une vidéo publiée sur le site de la banque centrale.
Le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a qualifié l’enquête d’attaque contre l’indépendance de la Fed. « Quiconque est indépendant et ne se contente pas de suivre Trump à la lettre fait l’objet d’une enquête », a-t-il dénoncé. Les effets de cette procédure judiciaire ont été immédiat la bourse de New York ouvrant en baisse.
Interrogé sur le sujet lors d’une interview accordée à la chaîne NBC, Donald Trump a assuré qu’il « ne sai(t) rien à ce sujet. Je ne penserais même pas à le faire de cette manière. La seule pression qu’il doit sentir est dans le fait que les taux sont trop élevés. C’est la seule ».
Le président de la Fed dans le viseur de Trump
Le président américain a néanmoins accusé la Fed de ne pas avoir respecté le budget prévu pour la rénovation de son siège à Washington, estimant qu’il pouvait y avoir des cas de fraude, et avançant un coût total de 3,1 milliards de dollars, contre 2,7 milliards prévus initialement, un chiffre que Jerome Powell dément.
Pour ce dernier, la vraie question c’est plutôt « de savoir si la Fed sera capable de continuer à déterminer ses taux en se basant sur les conditions économiques ou si la politique monétaire doit être dirigée par les pressions politiques et intimidations ».
Avant même sa réélection, Donald Trump a accusé Jerome Powell, qu’il surnomme « trop tard », de ne pas agir suffisamment vite pour abaisser les taux et d’agir pour des motifs politiques et non économiques. Depuis son retour à la Maison Blanche, le républicain a continué à maintenir la pression, traitant notamment le président de la Fed de « nigaud » et cherchant le moyen de le licencier.
« J’ai servi la Fed sous quatre gouvernements, républicains et démocrates. À chaque fois, j’ai fait mon devoir sans peur ou faveur politique, concentré uniquement sur notre mandat. Je compte poursuivre le travail pour lequel le Sénat m’a confirmé », insiste de son côté Jerome Powell dans sa vidéo.
Main basse sur l’indépendance de la Fed ?
Le mandat du président de la Fed doit arriver à son terme en mai prochain, ce qui permettra à Donald Trump de le remplacer, potentiellement par son principal conseiller économique Kevin Hassett, considéré par les analystes comme le favori.
Mais le siège pourrait rester vacant « le temps que l’enquête suive son cours », a estimé le sénateur républicain Thom Tillis dans un communiqué particulièrement critique quant à cette convocation. « S’il existait encore le moindre doute sur le fait que certains conseillers au sein du gouvernement poussent pour mettre fin à l’indépendance de la Fed, ils sont désormais écartés. C’est à présent la crédibilité du ministère de la Justice qui est en jeu », a-t-il ajouté.
Si le président américain propose les candidats à un poste dans l’administration, y compris pour la banque centrale, ces derniers ne peuvent entrer en fonction tant que le Sénat n’a pas voté en leur faveur. Outre Jerome Powell, Donald Trump a tenté de révoquer une autre responsable de la Fed, Lisa Cook, une décision repoussée momentanément par la Cour suprême.
Plus largement, le gouvernement américain a estimé en septembre dernier que le travail de la Fed devait faire l’objet d’une évaluation complète. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, estime qu’elle « doit changer de cap ».

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