
Introducing the Americas Counter Cartel Coalition, designed to crush dangerous c
7 mars 2026
le bilan provisoire passe à 279 morts
7 mars 2026
Mercredi [28 janvier], Bosco, 29 ans, a attrapé sa lampe torche et sa pioche, enfilé ses bottes, et il est parti travailler dans les galeries de la mine de Luwowo, l’un des 14 sites d’extraction disséminés autour de la ville de Rubaya, dans le Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC). Il n’en est jamais revenu.
Comme plusieurs dizaines de milliers d’autres Congolais, Bosco s’était improvisé mineur, dans une région connue pour ses nombreux gisements de cassitérite et, surtout, de coltan. Pour ces creuseurs artisanaux, les journées sont longues, éreintantes et dangereuses.
Des journées passées à quelques dizaines de mètres sous terre, dans des galeries sombres et exiguës. Et cette main-d’œuvre est devenue indispensable au fonctionnement de l’économie mondiale moderne.
Smartphones, panneaux solaires, implants chirurgicaux…
Car Rubaya fournit à elle seule de 10 % à 15 % de la production mondiale de coltan, dont est extrait le tantale, un métal ultrarésistant utilisé dans les condensateurs des appareils électroniques pour stabiliser la tension. C’est l’un des composants essentiels des smartphones, des consoles de jeux, des panneaux solaires et des implants chirurgicaux, et il trouve également de nombreux usages dans l’industrie de l’armement. En ce moment même, vous tenez probablement 40 milligrammes de tantale entre vos mains – la quantité contenue dans un téléphone standard.
[Il y a quelques semaines], de fortes précipitations se sont abattues sur la région de Rubaya, et toute cette eau s’est infiltrée dans les coteaux de Luwowo, déjà fragilisés par le labyrinthe de galeries creusées à la main par les mineurs. Le drame a fini par arriver l’après-midi du 28 janvier : deux glissements de terrain successifs ont enseveli au moins 300 mineurs – le bilan est encore provisoire. La famille de Bosco a dû extraire elle-même son corps des gravats, et la paroisse s’est cotisée pour ses funérailles.
Les éboulements ne sont pas rares dans la région. Les mineurs ont d’ailleurs leur propre mot pour désigner le phénomène : kufandama – qui signifie “être englouti par la terre”. En juin 2025, un accident similaire a emporté au moins 45 d’entre eux, peut-être beaucoup plus – le nombre exact de morts est parfois difficile à déterminer.
Sol instable et extraction artisanale
Depuis 2018, l’extraction intensive ravage les forêts environnantes, et les innombrables galeries érodent les collines. Le sol de la région – composé en grande partie de sable, d’argile et de limon – a toujours été instable par nature, mais l’exploitation minière ne fait qu’aggraver la situation.
La “Pax Silica” de Donald Trump inclura la mine de Rubaya
Constituer avec une cinquantaine de pays une sorte de contre-organisation à l’hégémonie chinoise sur les minerais critiques. Tel a été le but du sommet minier qui s’est tenu à Washington le 4 février. Une “Pax Silica” qui, selon le département d’État, doit assurer des chaînes d’approvisionnement “fiables et indispensables” à la sécurité économique des pays concernés.
L’hebdomadaire marocain Tel Quel, qui parle de son côté de “Pax Silicona”, rappelle que Pékin dispose de “70 % de la production” et de “90 % du raffinage” des terres rares, et peut se targuer d’une présence multidécennale en Afrique, où dorment 40 % des réserves mondiales de minerais. Autrement dit, la Chine a une large avance sur les États-Unis.
Pour rattraper ce retard, ce dispositif sous égide américaine accorde évidemment une place stratégique à la République démocratique du Congo (RDC). Kinshasa vient ainsi d’intégrer la mine de coltan de Rubaya à la liste des actifs stratégiques proposés aux investisseurs américains, indique La Nouvelle Tribune. Cette mine, située dans le Nord-Kivu, représente à elle seule environ 15 % de la production mondiale de coltan, avec des concentrations de tantale atteignant 20 % à 40 %.
Voilà donc une consolidation certaine de cette “Pax Silica” appelée de ses vœux par l’administration Trump, et une première prise en RDC, où Pékin contrôle déjà entre 75 % et 80 % de l’exploitation minière. Pour le seul tantale, poursuit le titre béninois, la Chine assure 43 % des importations américaines de métal et de poudre. Une dépendance que l’administration Trump cherche activement à réduire.
Bien que le gouvernement congolais ait officiellement proclamé l’importance stratégique du coltan pour le pays, à Rubaya, son extraction reste en grande partie artisanale. Quelques entreprises privées, comme la Société minière de Bisunzu (SMB), ont tenté d’industrialiser en partie le processus pour éviter d’avoir à recourir aux galeries exiguës, mais sans succès.
Depuis une vingtaine d’années, le gouvernement s’efforce de professionnaliser et de réguler cette exploitation minière artisanale. Le secteur emploie entre 1,5 et 2 millions d’ouvriers à travers le pays, dont quelque 500 000 dans l’Est. En 2018, la RDC a révisé son Code minier pour interdire les galeries de plus de 30 mètres [de profondeur]. Mais dans les faits, les tunnels dépassent souvent cette limite, et s’étendent parfois même jusqu’à 150 mètres.
Le texte précise aussi que seules les coopératives minières sont autorisées à exploiter les sites artisanaux. Pourtant, sur place, la plupart des creuseurs n’ont aucune part dans les coopératives et n’ont pas leur mot à dire concernant l’organisation des structures chargées de l’exploitation.
Des mines aux mains du M23
Rubaya est particulièrement réfractaire aux réformes. Pendant des années, le site s’est retrouvé enlisé dans les conflits entre la SMB et la coopérative Cooperamma, qui se disputaient les droits d’exploitation, sur fond de tensions sociales et ethniques.
À la faveur de la maigre surveillance de l’État, une partie des minerais extraits à Rubaya ont été envoyés pendant des années au Rwanda, de manière plus ou moins légale. Et c’est ainsi que Kigali s’est imposé comme le premier exportateur mondial de coltan, malgré des ressources nationales très limitées en la matière.
Au printemps 2024, les rebelles du M23 se sont emparés de Rubaya après en avoir délogé l’armée congolaise et les Pareco-FF, milice loyaliste qui avait pris le contrôle de la région en 2022. La mine n’intéresse pas les rebelles en soi, mais représente une source de revenus indispensable pour financer leur mouvement.
Avec l’arrivée du M23, les représentants de l’État congolais ont pris la fuite, et les rebelles ont installé leur propre administration. Mais les éboulements ont continué, preuve que le M23 est incapable d’assurer complètement la sécurité des civils locaux – ou qu’il ne s’en préoccupe guère.
Kinshasa a riposté en classant les gisements de Rubaya en “zone rouge”, interdisant ainsi l’exploitation et la commercialisation des minerais. Mais cela ne pose aucun problème au M23 : le groupe impose ses taxes directement aux mineurs, et l’intégralité de la production file au Rwanda, sans aucun contrôle de la part des autorités congolaises ou internationales.
S’il est difficile de déterminer avec certitude combien ces taxes rapportent au M23 aujourd’hui, les spécialistes des Nations unies estimaient la manne financière à 800 000 dollars [plus de 670 000 euros] par mois à la fin de 2024. Cent vingt tonnes de coltan brut quittaient alors le Rwanda chaque mois. On serait depuis passé à 200 tonnes.
Du coltan au prix du sang
Pour suivre le mouvement des minerais et des individus qui entrent et sortent de Rubaya, les rebelles ont mis en place un service de renseignement, grâce à des chefs locaux qui supervisent et surveillent l’activité.
Mais le phénomène n’est pas nouveau : en 2021 et 2022, les milices [citoyennes d’autodéfense] wazalendo, alliées au gouvernement congolais, avaient été accusées de vendre clandestinement du coltan au Rwanda. La différence, c’est qu’aujourd’hui Kigali peut s’approvisionner sans encombre. Les acheteurs rwandais viendraient désormais se fournir directement à la source, d’après plusieurs témoins présents sur place, et de nouveaux mineurs rwandais viendraient travailler dans les mines, attirés par ce business florissant.
Depuis qu’ils ont supplanté l’État – au prix de nombreuses vies civiles –, les rebelles du M23 se heurtent néanmoins à un dilemme pratique : comment gérer un site minier aux revenus indispensables, mais physiquement instable ? Après l’éboulement de la fin de janvier, le M23 semble désireux d’adoucir un peu son image. Alors que le mouvement n’était pas venu en aide aux familles de victimes lors des précédents éboulements, le gouverneur rebelle du Nord-Kivu a cette fois rendu visite aux mineurs blessés, témoignent des habitants. Il leur a promis son soutien, notamment financier, pour payer les frais d’hospitalisation.
Ces gestes symboliques ne changent rien aux causes structurelles du kufandama, et l’extraction minière risque fort de continuer à repousser toujours plus loin les limites géologiques du site. Et dans cette course mondiale au coltan, ce sont les familles comme celles de Bosco qui paient le prix fort.

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