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VALERIE DUBOIS / Hans Lucas via AFP
L’entreprise chinoise Cabio Biotech concentre les soupçons après les rappels de laits infantiles.
• Les laits contaminés contiendraient une toxine liée à l’huile d’acide arachidonique (ARA) produite par Cabio Biotech.
• L’entreprise chinoise n’a pas communiqué sur le sujet malgré les multiples demandes des médias.
Et si la crise mondiale était partie d’une même entreprise chinoise ? Le laboratoire Cabio Biotech, situé à Wuhan, est pointé du doigt par plusieurs médias français et étrangers après les rappels de laits infantiles dans plus d’une soixantaine de pays – dont la France. Certains produits de grands groupes agroalimentaires comme Nestlé, Danone ou Lactalis sont suspectés d’être contaminés.
Le scandale prend de l’ampleur dans l’Hexagone, où l’association Foodwatch et huit familles ont déposé plainte contre X ce jeudi 29 janvier, accusant les industriels et le gouvernement de ne pas avoir agi à temps. Les parents assurent que leurs enfants ont souffert de diarrhées, de vomissements ou de fièvre après avoir consommé des laits rappelés par Nestlé.
Le ministère français de la Santé a assuré la semaine dernière qu’« à ce stade », aucun « lien de causalité » entre les symptômes et les produits épinglés n’a été « mis en évidence ». Mais plusieurs médias ainsi que l’association de défense des consommateurs Foodwatch ont leurs regards braqués sur un composant précis des laits infantiles et sur l’usine Cabio Biotech de Wuhan qui fournit de nombreux industriels.
Cabio Biotech présente Danone et Nestlé comme ses clients
La présence de toxine céréulide dans les laits contaminés serait en effet liée à une huile riche en acide arachidonique, dit ARA. Ce produit est source d’oméga-6 et donc propice au développement du cerveau du bébé. Cabio Biotech en est l’un des rares fournisseurs au monde et alimente des groupes concernés par les rappels, d’après Foodwatch et des sources proches du dossier citées par les agences AFP et Bloomberg.
Les industriels empêtrés dans le scandale des laits infantiles se sont gardés de donner la source du problème – à l’exception de Nutribio qui a ouvertement cité Cabio Biotech pour justifier un rappel de produits. Comme l’a relevé l’AFP, l’entreprise chinoise cite elle-même Danone et Nestlé parmi ses clients dans des documents boursiers. Par ailleurs, le ministère français de l’Agriculture a indiqué que les rappels concernant Nestlé, Lactalis ou Vitagermine menaient à un même producteur chinois.
Cabio Biotech n’a pas publié de communication à l’attention du grand public sur une éventuelle contamination de l’huile incriminée. L’entreprise n’a pas répondu aux « multiples sollicitations » de l’AFP, ni à celle de Bloomberg. Cité par l’agence de presse française, le régulateur local chinois a de son côté affirmé le 15 janvier dans un communiqué son engagement « à mener les actions nécessaires pour garantir la qualité et la sécurité des préparations pour nourrissons ».
Les autorités chinoises n’ont pas évoqué Cabio Biotech dans leurs déclarations. Il faut dire que le sujet est sensible pour la Chine, dont l’industrie a mis du temps à remonter la pente après un scandale retentissant en 2008. Six bébés étaient morts après avoir consommé du lait en poudre frelaté, marquant durablement les consommateurs et discréditant la filière locale.
« 90 % de la production mondiale d’ARA est concentrée en Chine »
Par ailleurs, certaines informations autour de Cabio Biotech sont encore floues. Dans sa dépêche, l’AFP présente l’entreprise comme « fondée en 2004, reprenant la suite d’une compagnie présentée comme ayant été la première à mener à bien l’industrialisation de l’ARA en Chine avant de commencer à explorer le marché international ».
De son côté, Bloomberg assure qu’elle a commencé à produire de l’huile riche en ARA il y a « environ cinq ans ». Une chose est sûre : l’entreprise s’est imposée comme l’un des leaders mondiaux du secteur. Un rapport récent publié par l’agence américaine estime que dès 2024, elle fournissait un cinquième des besoins totaux de Nestlé. À l’aube des années 2010, l’entreprise néerlandaise DSM avait le monopole sur cette huile.
Dans un document cité par Bloomberg, Cabio Biotech explique que c’est le développement d’une technologie non brevetée par des chercheurs chinois qui lui a permis de produire de l’ARA par fermentation et de « bris[er] le monopole international ». « L’industrie chinoise de l’ARA » serait alors « passée de zéro à une échelle commerciale », selon Cabio Biotech, toujours dans le document qu’a obtenu Bloomberg.
« 90 % de la production mondiale d’ARA est concentrée en Chine, et Cabio Biotech détient une part dominante » correspondant « à 60-70 % du marché », a estimé l’économiste suisse Frédéric Gross, interrogé par La Croix. Pour ce spécialiste des questions de souveraineté industrielle, « c’est un cas d’école de dépendance critique » : comme « on n’arrive pas à produire cet ingrédient à bas prix sur notre sol, on le laisse se concentrer à l’étranger ».
Foodwatch étrille la « négligence affolante » des groupes épinglés
La concentration des grands groupes agroalimentaires autour d’un même producteur rend crédible le fait qu’un problème identifié dans un laboratoire chinois à plus de 1 000 kilomètres de Pékin ait fini par affecter des produits commercialisés partout dans le monde. Mais si le problème vient bel et bien de Cabio Biotech, cela « ne dédouane en aucun cas les géants comme Nestlé, Lactalis ou Danone », fulmine Foodwatch dans son communiqué.
Ces entreprises doivent s’assurer quoi qu’il en soit « de la sécurité sanitaire de leurs produits, du respect des réglementations européennes en matière de traçabilité et d’information aux autorités et aux consommateurs », pointe l’ONG. Cette dernière accuse Nestlé d’avoir été informé de la contamination « dès décembre 2025 », estimant que « les autres fabricants ont probablement reçu l’information également ».
Citée dans le communiqué, la directrice de l’information et des enquêtes de Foodwatch, Ingrid Kragl, fustige la « négligence affolante » des entreprises visées, leur reprochant des « rappels tardifs ». De leur côté, les groupes qui ont annoncé que certains de leurs produits ont été concernés assurent avoir mis en place les procédures réglementaires après avoir cerné le risque de contamination. Dans la page de son site dédiée au sujet, Nestlé assure ne plus s’approvisionner en huile d’ARA « auprès du fournisseur à l’origine du problème ».

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