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QUENTIN DE GROEVE / Hans Lucas via AFP
Cyrielle Chatelain, ici à l’Assemblée le 31 octobre 2025.
• Les amendements déposés en nombre ont bloqué plusieurs propositions, sauf celle sur les lanceurs d’alerte du narcotrafic.
• Les écologistes ont ajusté leur stratégie en conséquence en réorganisant l’ordre d’examen de leurs propositions pour maximiser les chances d’adoption.
Avec huit textes adoptés en commission sur neuf, la journée réservée aux Écologistes à l’Assemblée nationale ce jeudi 12 février s’annonçait fructueuse. Mais c’était compter sans l’obstruction assumée de la droite et de l’extrême droite de l’hémicycle, vent debout contre une proposition de loi sur l’élargissement du droit de vote. Au point de pousser le groupe présidé par Cyrielle Chatelain à revoir l’intégralité de sa stratégie.
La niche parlementaire des Écologistes se voulait construite autour « d’un fil rouge » : « reprendre le pouvoir sur nos vies, face aux urgences sociales, sanitaires, démocratiques et écologiques. » Les neuf propositions de loi portent donc sur l’eau potable, le logement, l’éducation, le sucre dans les aliments ultratransformés, les contaminations au Cadmium mais aussi le monopole dans les médias, la protection des lanceurs d’alerte dans le narcotrafic… et l’élargissement du droit de vote pour les élections municipales aux étrangers non ressortissants de l’Union européenne et résidants en France. Un sujet urticant pour Les Républicains et le Rassemblement national.
Sur ce seul texte, porté par la députée de Paris Léa Balage El Mariky, ce sont près de 500 amendements qui ont été déposés. « À titre de comparaison, nous, pendant la niche RN nous avions déposé 51 amendements. Eux sont à près de 300 sur une journée », fustige Cyrielle Chatelain jointe par Le HuffPost. Elle inclut dans sa critique les LR, auteurs de quelque 400 amendements, là où les écolos s’étaient contentés de 90 au moment de leur niche.
Chez LR et RN, la « fierté de participer au blocage »
Les groupes mis en cause ne cachent pas s’être mobilisés pour faire barrage à la proposition de loi pour élargir le droit de vote. Dans un communiqué, le groupe Droite Républicaine de Laurent Wauquiez « assume de faire obstacle à ces dérives d’une partie de la gauche » et salue « le travail déterminé et rigoureux de Nicolas Tryzna », député du Val-de-Marne, qui « a permis de structurer une opposition claire, solide et responsable. » L’intéressé se réjouit lui publiquement sur X d’avoir « noyé sous les amendements » la proposition de loi. Le Rassemblement national et ses alliés clament aussi leur « fierté de participer au blocage » d’une « dinguerie de la gauche ». Les écologistes pointent aussi « des idiots utiles du macronisme », issus des bancs d’Ensemble pour la République et d’Horizons.
Mais comment expliquer leur mobilisation sur les autres propositions de loi, beaucoup moins idéologiques et clivantes ? « Ce sont des textes qui les mettent mal à l’aise », estime Cyrielle Chatelain. La présidente du groupe prend l’exemple de la proposition de loi visant à protéger les captages d’eau potable, bousculée par 109 amendements. « C’est un sujet sur lequel nous avons réussi à faire des mobilisations très transpartisanes, avec des élus locaux de tous bords, dans les territoires. Ils ne peuvent pas assumer auprès des maires et de la population un vote contre. Donc ils asphyxient », avance-t-elle.
Un seul texte semble avoir échappé aux manœuvres d’obstruction : celui sur la protection renforcée des lanceurs d’alertes du narcotrafic. Le sujet est cher à la droite et à l’extrême droite, en particulier dans un contexte de scrutin municipal marqué par de nouveaux drames autour d’Amine Kessaci, figure marseillaise de l’engagement citoyen contre le trafic de stupéfiants.
Ordre du jour revu et adapté
Face à cette levée de boucliers, le groupe écologiste a donc revu l’ordre d’examen de ses propositions de loi pour maximiser les chances d’adoption des plus consensuelles avant la fin de la journée. Le texte sur les lanceurs d’alerte, initialement prévu en avant-dernière position, sera débattu en premier. Celui sur l’eau potable qui figurait tout en haut de la liste arrive finalement en deuxième. Quant à la proposition de loi pour élargir le droit de vote, prévue en 5e position, elle est désormais placée en dernier, ce qui ne lui laisse aucune chance d’être examinée avant la fin du temps imparti à minuit.
Le groupe Droite Républicaine a salué « une première victoire ». Mais Léa Balage El Mariky n’entend pas renoncer pour autant. « Nous allons continuer le travail, transpartisan, patiemment et nous n’aurons pas peur », a-t-elle lancé le 10 février. Dans les tuyaux : une proposition de loi transpartisane pour laquelle elle a réussi à ressusciter le Nouveau Front Populaire. « La gauche est prête à mener la bataille pour élargir le droit de vote aux élections municipales aux personnes étrangères. Nous reviendrons » promet l’élue parisienne.
Reste que même en cas d’adoption par l’Assemblée, tout ne sera pas gagné. Dans l’hypothèse où les députés voteraient un texte identique à celui adopté par le Sénat en 2011, celui-ci devrait encore et obligatoirement être soumis au référendum par le président de la République pour être promulgué. Emmanuel Macron a plusieurs fois dit son souhait de « faire trancher les Français », sans jamais le concrétiser. Mais la division de son camp sur ce sujet pourrait le dissuader de se saisir de la proposition de loi écologiste. Les espoirs semblent donc limités, sur l’élargissement du droit de vote comme sur le succès global de la journée écolo à l’Assemblée.

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