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7 mars 2026Municipales 2026 en Occitanie : à peine une liste sur cinq est conduite par une femme, « le compte n’y est pas »
Plus de vingt-cinq ans après le vote de la première loi sur la parité, les candidates au fauteuil de maire ne se bousculent pas pour ces municipales 2026.
« Le compte n’y est pas » : plus de vingt-cinq ans après la loi du 8 juillet 1999 qui « favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives », Geneviève Tapié fait un bilan en demi-teinte de la place des femmes dans la vie municipale. « L’examen des 6317 listes candidates au premier tour des prochaines élections municipales dans les 4446 communes d’Occitanie révèle un déficit criant de femmes parmi les têtes de liste : 80 % d’hommes et 20 % de femmes », constate la présidente de l’Observatoire régional de la parité d’Occitanie.
Si les municipales 2026 sont celles de la parité sur toutes les listes, elles offrent aussi un piteux état des lieux de leur place au premier plan, notamment dans les grandes villes de la région : certes, à Montpellier, 6 femmes conduisent une liste, quasiment une sur deux. Mais aucune à Nîmes, Béziers ou encore Alès.
« Un homme de plus de 60 ans »
« L’image d’un maire, c’est celle d’un homme de plus de 60 ans », assène Emmanuelle Gazel, candidate (PS) à sa réélection à Millau. Encore aujourd’hui ? « Oui, très majoritairement ». Et « comme toutes les minorités, on doit travailler et prouver davantage qu’on est légitime. Il faut faire ses preuves ». Et de citer Vigdís Finnbogadóttir. En 1980, l’Islandaise était la première présidente élue au suffrage universel, un événement historique au retentissement mondial. « Elle disait qu’au départ, on t’ignore, puis qu’on se moque de toi, puis qu’on t’attaque. Rien n’a changé. Une femme qui a de l’autorité est autoritaire, un homme a du charisme… » La comparaison joue toujours en défaveur du féminin, « et c’est d’autant plus vrai qu’on a moins de 50 ans », insiste l’Aveyronnaise âgée de 48 ans, également présidente de la communauté de communes Millau Grands Causses.
« Être une femme face à quatre hommes, c’est la réalité et c’est compliqué. Et c’est compliqué de trouver des femmes pour constituer sa liste », ajoute Najate Haie, candidate socialiste à Castelnau-le-Lez, qui se lance pour la première fois, après deux mandats d’adjointe, en Bourgogne Franche-Comté.
Je crois qu’on est surtout différentes sur la méthode, on est dans l’opérationnel, très pragmatiques, on fait de la politique autrement.
« Ah vous êtes plus jolie en photo, vous faites plus jeune… quand je vais au contact, ce n’est pas toujours simple de parler programme », regrette Najate Haie. « Comme je suis socialiste, comme on est aux portes de Montpellier, j’entends aussi que c’est Michaël Delafosse qui m’a placée là », ajoute-t-elle. « Je suis la potiche, ou l’Arabe de service. Ça, on le dit aussi aux hommes, mais un peu plus aux femmes ». Et aussi : « Va t’occuper de tes gosses ! » « Comment allez-vous faire avec cinq enfants ? » (Elle en a trois).
« Je pense qu’être maire sur le plateau du Larzac, c’est plus difficile pour une femme que pour un homme », ajoute Françoise Olivier, qui a enchaîné deux mandats à Saint-Félix-de-l’Héras, 33 habitants, au nord de l’Hérault. Pour elle, « on écoute moins les femmes ». « Le nombre de fois où on m’a dit « Madame Rouverand, vous ne comprenez rien »…, témoigne la Nîmoise Valérie Rouverand, élue d’opposition à l’équipe de Jean-Paul Fournier, numéro deux de la liste divers droite « L’avenir nîmois ». Elle dit « avoir vécu et vit au quotidien la discrimination parce que je suis une femme ». Emmanuelle Gazel raconte à l’identique, alors qu’elle a fait face à « des remarques sexistes et condescendantes, du fait de mon âge et de mon genre » : « On va lui expliquer, à la petite… »
Assumer une troisième journée
« Parce que les femmes gèrent beaucoup de choses dans la sphère professionnelle et personnelle, parce qu’elles ont du mal à faire des choses pour elles, parce que c’est comme si, en décidant de s’engager, elles trahissaient les règles du patriarcat », dit Najate Haie. Et ces règles font que « très peu de femmes sont tête de liste » : « On nous refile l’éducation, le social… j’ai rarement connu des adjointes aux finances ou à la sécurité », ajoute la candidate, qui se définit comme une « féministe ».
La réalité est têtue : « On a une femme présidente de région, quatre femmes présidentes de département en Occitanie. On pourrait penser qu’il y a aussi plus de femmes maires qu’ailleurs en France, ce n’est pas le cas, il n’y a pas d’effet d’entraînement. Parce que le poste de maire est un réel poste de pouvoir, c’est le socle de la démocratie, c’est là où se bâtissent les carrières », analyse Geneviève Tapié, qui rappelle encore que « 72 % des maires femmes sont à la tête de communes de moins de 100 habitants en Occitanie », « là où on prend des coups parce qu’on a peu de moyens, peu de budget, d’indemnités, de services techniques, un secrétariat restreint… là où les maires s’occupent de tout ». Mais un autre fait perdure : « Les femmes sont moins disponibles que les hommes, parce que 80 % des tâches domestiques leur incombent encore, et elles se posent la question de la légitimité. »
Aurélia Troupel, maîtresse de conférence en science politique à l’Université de Montpellier, renchérit : « Les femmes continuent à assumer 75 % des tâches domestiques. Avoir une vie élective, c’est assumer une troisième journée, en sachant qu’on aura du mal à tout bien faire ». Et il faut le gérer dans la durée : « On devient rarement maire du premier coup, une carrière politique se construit ».
Toute l’actu sur la campagne des municipales 2026 par ici
Enfin, « les femmes ne se retrouvent pas forcément dans ce mode d’investissement qui peut être très gratifiant mais qui donne aussi le sentiment d’avoir fait son maximum, pour un résultat peu satisfaisant. Il y a aussi des manières de faire qui ne leur conviennent pas, le monopole de la parole, ne pas s’écouter parler… la politique reste un monde d’affrontements et de conflictualité, la phase de crispations que l’on traverse le rappelle. Alors les femmes font un mandat et elles passent à autre chose, dans l’associatif par exemple. Le résultat est plus évident, et on prend moins de coups ».
Un rapport au pouvoir différent ?
« Je ne pense pas que ça aurait été la même chose avec un homme », glisse Françoise Olivier, encore présente sur une des deux listes en course cette année. Pas pour garder le pouvoir, parce qu’il « ne faut pas faire le mandat de trop ». Elle s’est « passionnée » pour sa fonction, et tire de l’expérience un bilan positif et sans complexes. Emmanuelle Gazel « n’aime pas les catégories ni les stéréotypes » de genre. Mais néanmoins… « Je crois qu’on est surtout différentes sur la méthode, on est dans l’opérationnel, très pragmatiques, on fait de la politique autrement. J’ai été extrêmement attachée au respect de la parole donnée, ce qui ne veut pas dire que des hommes ne sont pas comme ça, et au quotidien des Millavois. Le porte à porte, on l’a fait tout le mandat, pas uniquement pour la campagne ».
« Non, je ne me suis pas effacée et je ne me serais pas effacée face à un homme, j’incarne, avec mon binôme, une autre façon de faire de la politique. Parce que c’est un « jeune » homme de 40 ans, parce que je suis une femme… », réagit la Nîmoise Valérie Rouverand, « la première à se lancer à Nîmes en janvier 2025″, après « des années à se préparer à porter un projet pour la ville ». Si elle est passée numéro 2 derrière Julien Plantier, elle n’y voit pas un relent de « pratiques politiques anciennes » qu’elle dit combattre : c’est « un partage de responsabilités ». « Si notre liste passe, je postulerai à la présidence de l’Agglo », rappelle-t-elle, consciente de son statut de « challenger ».
Un avenir meilleur ?
« Une nouvelle génération arrive », espère Valérie Rouverand. « J’ai été la première femme maire de Millau, le droit des femmes avance ! », estime Emmanuelle Gazel, qui en tire une grande « fierté ». Celle aussi « d’avoir ouvert des portes à des jeunes femmes de conviction talentueuses ». Selon elle, les choses ont déjà beaucoup changé : « On a eu des générations de femmes politiques qui se comportaient comme des hommes… moi, j’ai eu à coeur de rester une femme ». Mais « il reste beaucoup de travail » : « Dans ma recherche de colistiers, les hommes m’ont souvent dit oui, quand beaucoup de femmes ne s’en sentaient pas capables ».
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Geneviève Tapié met en garde : « Les acquis sont fragiles. Chaque fois qu’il y a eu des avancées, il y a eu des tentatives de freiner la parité. Une place pour une femme, c’est une de moins pour un homme. Lors du vote de la loi sur la parité des listes dans les communes de moins de 1000 habitants, j’ai entendu les mêmes réflexions que lors du vote de la loi Neuwirth sur la contraception en 1967. C’est le même raisonnement, pour contrôler et canaliser l’accès des femmes au pouvoir ». Aurélia Troupel est aussi « toujours surprise d’entendre les mêmes réflexions, 25 ans après le vote de la première loi sur la parité ». L’éternelle interrogation sur « la légitimité ».

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