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7 mars 2026REPORTAGE. Elections municipales à Marseille : le Rassemblement national rêve d’une victoire historique face aux divisions de la gauche
Franck Allisio avance tout sourire. Le candidat du Rassemblement national aux élections municipales à Marseille teste sa popularité, jeudi 5 mars, le long des stands du marché Michelet, dans le 8e arrondissement de la ville. Dans ce secteur, bastion historique de la droite à l’époque de Jean-Claude Gaudin, « l’accueil était beaucoup plus frais il y a quelques années », mais « aujourd’hui ça a complètement basculé », se félicite le député de 45 ans. Suzanne applaudit en passant. « Il correspond à mes idées sur la sécurité, la propreté. Les autres ne m’intéressent pas », lance cette ancienne pharmacienne de 80 ans. « J’espère qu’il sera capable de changer les choses. Je ne crois en plus personne d’autre », ajoute André, 76 ans, qui soutient le RN depuis une dizaine d’années.
L’extrême droite croit désormais en ses chances dans la cité phocéenne, un œil rivé sur les bons sondages publiés semaine après semaine, qui lui promettent autour de 30% au soir du premier tour des élections municipales, à hauteur de Benoît Payan, le maire sortant divers gauche. Après Marine Le Pen en janvier, Jordan Bardella s’est déplacé à son tour vendredi pour apporter son soutien au candidat.
« Une victoire dans la deuxième ville de France serait un premier pas [en vue de la présidentielle], ce serait un signal important. »
Franck Allisio, candidat RN à Marseilleà franceinfo
Mais pour faire basculer Marseille dans l’escarcelle du RN, il faudra compter sur toutes les voix de la droite. Martine Vassal, candidate Les Républicains soutenue par Renaissance et le MoDem, a pour l’instant refusé la main tendue du RN en vue d’une alliance de second tour. Franck Allisio en appelle donc directement aux électeurs. « Nous sommes le vote utile pour battre la gauche et l’extrême gauche », martèle-t-il.
Le député axe sa campagne sur les sujets de sécurité en évitant certains thèmes plus clivants comme l’immigration, dans une « ville-monde » marquée par la diversité. Souhaitant apparaître comme rassembleur, il a pris peu de risques lors des confrontations avec les autres candidats. « Je vous ai trouvé un peu timide au débat [sur BFM]« , lui glisse une sympathisante, avec son panier de courses dans les mains. « Je n’ai pas voulu rentrer dans les batailles de chiffonniers », se justifie-t-il.
L’ancien conseiller ministériel sarkozyste, qui a rallié le parti d’extrême droite en 2015, mise sur la porosité entre les électorats RN et LR. « On l’a choisi parce qu’il ne fait pas peur, pour mettre toutes les chances de notre côté », admet un cadre du RN. « Ma campagne rassure les Marseillais, mon projet les rassure. On fera un changement profond, mais sereinement », affirme le candidat.
A Saint-Barnabé, quartier aisé du 12e arrondissement, Pierrette a le pas hésitant. « Je ne sais pas encore pour qui voter, peut-être Vassal, peut-être le RN… Ce n’est pas évident », confie-t-elle. Robert pense de son côté voter pour la droite au premier tour, « mais si elle est derrière, je me tournerai vers le Rassemblement national au second tour », explique le retraité.
Le maire du secteur, le LR Sylvain Souvestre, compte justement sur les indécis pour faire mentir les sondages. Face au « ras-le-bol » de certains électeurs, il mise sur son travail de terrain et raille des candidats RN qui « se contentent de faire une ou deux vidéos », avant de repartir. « Les gens ne sont pas naïfs, espère-t-il. Oui, le RN a un vernis sécuritaire, mais quand on gratte un peu, il se contente de reprendre les propositions de Martine Vassal. »
La candidate LR, en difficulté dans les sondages, cherche à mettre en avant ce qui la différencie de son adversaire, notamment sur son programme économique. « Je n’ai pas voté, comme monsieur Allisio, 34 milliards d’augmentations d’impôts à l’Assemblée », pique-t-elle. « Et sur la sécurité, il promet beaucoup de choses qu’il ne pourra pas réaliser », ajoute-t-elle. Elle mentionne notamment le « pass antiracailles » annoncé par le RN, pour réserver l’accès à certaines plages aux familles et aux seniors. « C’est vraiment complètement illusoire, irréalisable. »
« Ce garçon [Franck Allisio] est un touriste électoral, un apparatchik. Il a été élu député sur une vague RN, et il n’a jamais rien apporté à Marseille. »
Martine Vassal, candidate Les Républicains à la mairie de Marseilleà franceinfo
La présidente de la Métropole d’Aix-Marseille-Provence, qui peine à faire oublier un débat raté, mi-février, qui l’a vu reprendre le slogan pétainiste « Travail, famille patrie », dénonce « une campagne de caniveau ». Elle estime que le RN surfe sur « la colère » et « la peur » des électeurs, en raison notamment du contexte international avec la guerre au Moyen-Orient, mais qu’elle reste la seule à pouvoir battre le maire sortant. « Si vous votez Franck Allisio, vous perdez votre vote et il va à Benoît Payan », répète-t-elle.
« On a un terrain nationalement et localement favorable au RN. Tout est réuni pour qu’il fasse un maximum de voix », observe de son côté le maire de la ville. Benoît Payan défend son bilan, mettant notamment en avant les investissements réalisés en faveur des écoles, dans le cadre du plan « Marseille en grand ». Mais l’ancien socialiste a perdu des alliés lors de la constitution de sa liste de gauche plurielle. La « saison 2 » du Printemps marseillais a fait de nombreux déçus. Plusieurs reprochent à l’édile un manque de concertation et un pouvoir exercé de manière trop verticale. Le Parti radical de gauche (PRG) a, lui, quitté le navire en dénonçant des proximités de la liste avec La France insoumise de Sébastien Delogu.
Christine Juste, sixième adjointe au maire, évincée de la sélection du Printemps marseillais, a de son côté déposé une liste concurrente et pointe les méthodes de « vieille politique ». « Il n’y a plus d’engouement aujourd’hui pour le Printemps marseillais », estime aussi l’écologiste.
« Ce n’est plus le printemps, c’est la Sibérie. »
Christine Juste, candidate pour la liste Marseille écologieà franceinfo
Face à la plage de la Pointe-Rouge, Christine Juste voit dans la dynamique du RN un « risque » inquiétant, mais celui-ci « ne doit pas nous mettre le couteau sous la gorge avec un vote utile ». « On n’est pas des castors, on ne va pas faire barrage toute notre vie », lâche-t-elle.
Dans le tramway près du Vieux-Port, deux amies débattent du « risque » RN. « Ils ne passeront pas ici, les gens vont se mobiliser », estime Clotilde. « Je ne sais pas, on vit dans le centre de Marseille, c’est jeune, c’est mixte, donc on ne se l’imagine pas… Mais je ne vois aucun enthousiasme autour de moi pour aller voter », répond Véronique.
De nombreux Marseilles rencontrés font part de leur rejet de la politique, pointant les casseroles des différentes personnalités. « Tous les candidats qui se présentent ont des histoires judiciaires en cours, donc je vais voter blanc », lance Sébastien. « Ils ne tiennent pas leurs promesses. Je ne vote plus, j’ai déchiré ma carte d’électeur », confie Ida, qui prend un bain de soleil sur la place Castellane.
Les insoumis tentent bien de mobiliser les déçus et les abstentionnistes, mais se confrontent aussi à la question de la division de la gauche, dans un contexte politique défavorable. « Je préfère vraiment assurer les arrières face au RN », explique Nina, face au tract distribué par Imrane Trocmé, qui figure en septième position sur la liste LFI. « Faites attention. L’union avec nous, elle sera faite. Avec Benoît Payan, ce n’est pas assuré », répond le militant, qui espère que son mouvement obtiendra les 10% des suffrages nécessaires à son maintien au second tour. Si tel est le cas, LFI plaide désormais pour une fusion des listes de gauche à Marseille, mais la négociation s’annonce difficile. Le bureau national du PS vient d’acter l’absence d’union avec La France insoumise aux municipales. En cause : les récentes sorties de Jean-Luc Mélenchon sur les noms « Epstein » et Glucksman ». « Un prétexte » pour refuser l’unité, selon Imrane Trocmé.
« Sébastien Delogu me considère comme un ennemi politique, explique de son côté Benoît Payan. Il a passé la campagne à me taper dessus, à dire que j’étais corrompu ou complice de [Benyamin] Nétanyahou, à mettre un signe égal entre moi et la droite. » Le maire sortant appelle donc le candidat LFI à se retirer pour faire barrage au RN s’il se retrouve en troisième ou quatrième position.
« Quand on est antiraciste, on prend ses responsabilités et on ne joue pas à la roulette russe avec l’avenir des Marseillais. »
Benoît Payan, maire sortant de Marseilleà franceinfo
Réunis dans un bar du centre- ville, une demi-douzaine de membres de l’association de gauche Front commun se désole de la situation. « Le RN, c’est un risque mortel, l’arrivée du RN serait une catastrophe locale et nationale », alerte Renaud. Ces militants plaident pour l’union des listes de gauche afin d’éviter à tout prix l’arrivée de Franck Allisio à la tête de la ville. Ils ont rencontré des représentants des principales listes de gauche, réalisé des comparatifs des programmes pour montrer les « points de convergence », et même organisé des rassemblements. « L’adhésion au vote d’extrême droite est tellement élevée que le risque est réel », insiste Alex. Bien que l’union semble désormais impossible, Renaud et sa bande prévoient d’écrire des lettres ouvertes aux candidats. Et promettent de nouveaux rassemblements dans l’entre-deux-tours.

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