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7 mars 2026Violette Spillebout, la macroniste « transpartisane » qui veut créer la surprise face à la gauche
Mise en lumière par son rôle de co-rapporteur dans la commission d’enquête sur l’affaire Bétharram, la députée Renaissance joue peu sur l’étiquette présidentielle dans sa campagne à Lille. Dans ce bastion historique du PS, Violette Spillebout mise sur un émiettement des voix à gauche pour tirer son épingle du jeu.
Forte présence sur le terrain comme sur les réseaux sociaux, parution de deux livres et même un meeting ce samedi 7 mars: Violette Spillebout, candidate aux élections municipales à Lille, ne ménage pas ses efforts pour parvenir à ses fins. La députée Renaissance rêve de se frayer un chemin vers le beffroi lillois pour mettre fin à une hégémonie socialiste jamais interrompue sous la Ve République.
Six ans après avoir terminé en troisième position au deuxième tour, loin de Martine Aubry et des écologistes, qui s’étaient disputés la victoire à 227 voix près, la quinquagénaire est convaincue de pouvoir faire mieux.
« Je pense que je ne suis plus du tout la même Violette Spillebout. J’ai six ans d’expérience comme conseillère municipale d’opposition, j’ai été élue députée en 2022 et réélue en 2024 », met-elle en avant auprès de BFM, ajoutant: « J’aborde l’élection comme la seule candidate qui a une expérience nationale, qui connaît le Parlement, qui est capable de porter Lille au niveau national et européen. »
« Esprit transpartisan »
Récemment, Violette Spillebout s’est notamment distinguée lors de la commission d’enquête sur l’affaire Bétharram, qui mettait en cause une figure du camp présidentiel: François Bayrou, accusé d’avoir menti sur sa connaissance des violences commises dans ce collège-lycée privé.
Co-rapporteur avec l’insoumis Paul Vannier, la députée voit en ce binôme la preuve de son « esprit transpartisan », un élément qui revient souvent dans son discours. « Je fais très attention à une chose: ne pas ou ne plus être caricaturale envers mes concurrents politiques à Lille. Les citoyens en ont marre de la haine mutuelle et du sectarisme », nous disait-elle fin juillet.
La candidate joint la parole aux actes, n’hésitant pas à dialoguer avec ses adversaires. Ainsi, s’est-elle rendue à l’université d’été des insoumis en août 2025 ou au raout organisé par le Journal du Dimanche en novembre, en présence de personnalités d’extrême droite, comme l’a relevé Libération.
Ce positionnement « transpartisan » a au moins un avantage pour celle qui fut la directrice de cabinet de Martine Aubry entre 2008 et 2012: il lui permet de s’écarter de l’étiquette du camp présidentiel, peu porteuse à Lille.
En ce sens, Violette Spillebout peut se targuer d’avoir démontré sa liberté: elle est la seule à ne pas avoir voté la confiance pour François Bayrou à l’Assemblée nationale le 8 septembre dernier, déplorant que celui-ci n’ait « pas eu un mot pour les victimes de violences » dans l’affaire Bétharram, deux jours plus tôt sur France 5. Cette décision lui a valu une convocation devant les instances de son groupe pour s’expliquer.
« Je ne suis pas quelqu’un qui se laisse impressionner ou influencer. Je crois que pour être maire de Lille, il faut quelqu’un qui soit fort et qui n’agisse pas en politique par peur, mais par conviction. C’est cela que les Lillois reconnaissent en moi », souligne l’intéressée.
« Les gens peuvent se dire: ‘mais elle roule pour qui en fait?' »
A-t-elle trouvé la bonne recette? Pas si sûr, d’après Pierre Mathiot. « Violette Spillebout a surfé sur sa notoriété liée à l’affaire Bétharram mais cette notoriété peut aussi la desservir localement du fait de l’histoire avec François Bayrou », souligne le politologue, ancien directeur de Sciences Po Lille.
« C’est-à-dire que les gens peuvent se dire: ‘mais elle roule pour qui en fait?’ Surtout qu’elle a quand même épousé très fortement les positions de son co-rapporteur Paul Vannier, qui est quelqu’un d’assez radical ».
Aussi, la stratégie d’ouverture de l’impétrante lilloise vis-à-vis des autres partis semble lui être revenue comme un boomerang récemment. Fin janvier, Le Point indique que cette dernière serait prête à confier des postes d’adjoints à La France insoumise et au Rassemblement national si elle devenait maire- une information également mise en avant par Mediacité.
En réaction, Ali Douffi, chef de file d’Horizons à Lille, annonce quitter le groupe municipal d’opposition « Faire Respirer Lille », dont Violette Spillebout est la présidente. Ses adversaires n’hésitent pas à surfer sur cette séquence:
« Dans aucune ville, on n’a eu de gouvernance qui irait de l’extrême droite à l’extrême gauche. Cela ne peut exister pour une raison simple: contrairement à une commission d’enquête, on se base sur un programme, des propositions et, dès le départ, ces propositions sont tout à fait différentes », tacle le député socialiste Roger Vicot.
De son côté, la députée dénonce une affaire « montée en épingle » et se défend d’avoir envisagé ces scénarios de cette façon.
« Aucune alliance, aucune tolérance avec La France insoumise et le Rassemblement national. Nous les combattons, nous souhaitons qu’ils soient le plus bas possible », martèle-t-elle, assurant simplement s’engager à ce que « les responsables d’opposition puissent avoir une utilité en Conseil municipal et une responsabilité de contrôle de la majorité en place ».
« Il faudrait un alignement des planètes relativement improbable «
Au-delà de la seule stratégie de Violette Spillebout, et de la question de savoir si celle-ci peut s’avérer payante ou non, un autre sujet est essentiel: quel est l’espace politique de cette candidate? Autrement dit, peut-elle l’emporter dans un bastion historique de la gauche et plus particulièrement du Parti socialiste?
Un sondage Ifop-Fiducial, publié ce mercredi 4 mars, donne une idée du rapport de force. Le socialiste Arnaud Deslandes – maire depuis que Martine Aubry lui a laissé la main il y a un an – est en tête des intentions de votes (28%), suivi de l’écologiste Stéphane Baly (20%) et de l’insoumise Lahouaria Addouche (16%).
Violette Spillebout (15%) est seulement quatrième, devant Matthieu Valet (9%), eurodéputé Rassemblement national, et Louis Delemer (7%), candidat représentant notamment le parti Les Républicains.
Pas de quoi doucher ses espoirs. Elle espère tirer profit des différentes candidatures de gauche, en pariant sur un émiettement des voix au second tour. Une configuration précise pourrait lui être favorable. Celle-ci, comprenant un ralliement de LR à sa liste lors de l’entre-deux-tours, est une quadrangulaire avec les écologistes, les socialistes et les insoumis.
Violette Spillebout a partagé ce scénario mardi sur le réseau social X, en s’appuyant sur un sondage commandé par Renaissance auprès d’Ipsos. Elle arrive légèrement en tête, avec 28% des intentions de vote, deux points devant Arnaud Deslandes.
Cependant, cette hypothèse est-elle vraiment réalisable? Roger Vicot n’y croit pas: « Il y a une tradition, mais aussi une logique politique qui veut qu’au second tour, bien entendu, la gauche se réunisse pour trouver une majorité », dit l’élu PS.
« Il faudrait un alignement des planètes relativement improbable », abonde Pierre Mathiot. Non seulement une telle quadrangulaire impliquerait que trois listes de gauche s’affrontent au second tour. Mais en plus, « il faudrait que la droite et l’extrême droite ne puissent se maintenir faisant moins de 10% des votes exprimés au premier tour et qu’ensuite il y ait, pas nécessairement des consignes de vote en la faveur de Violette Spillebout, mais au moins un appel à faire barrage à la gauche », relève le politologue.

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