
le ministre de l’Economie peu favorable à une capitalisation obligatoire
8 mars 2026
«L'Europe ne veut pas se mêler de la guerre, alors que l'Iran est un problème pour elle depuis 47 ans», s'insurge Pierre Lellouche
8 mars 2026« Ça donne une dynamique »: le Rassemblement national espère faire des municipales une rampe de lancement avant la présidentielle
Au-delà de victoires spectaculaires espérées à Marseille ou Toulon, le parti de Jordan Bardella et de Marine Le Pen compte poursuivre son implantation territoriale pour se mettre en ordre de bataille en vue de 2027.
Des allures de répétition générale. A un an de la présidentielle, le scrutin municipal doit installer un élan pour le futur candidat du Rassemblement national, que ce soit Marine Le Pen ou Jordan Bardella. Des marches des mairies conquises, il s’agit d’apercevoir à l’horizon le perron de l’Elysée. « Plus nous gagnerons de villes, plus nos appuis seront forts pour mettre en œuvre la décision en 2027 et pour mettre en œuvre la grande alternance », a martelé Marine Le Pen à Marseille le 17 janvier. « Ces élections des 15 et 22 mars seront l’occasion pour les Français d’entamer l’alternance dans leurs communes en vue de préparer l’alternance qui aura lieu dans moins de 15 mois », a soutenu Jordan Bardella lors de ses vœux à la presse.
Rien de nouveau sous le soleil. Le RN a toujours nationalisé les élections municipales. « Ensemble, faisons exploser le plafond de verre », claironnait déjà Marine Le Pen en 2020. Jordan Bardella fixait lui aussi la présidentielle comme horizon, considérant le scrutin local « comme un arrêt au stand avant la course de 2022 ».
Pourtant, les résultats de 2020 ont été décevants pour le Rassemblement national, renforçant l’idée que ces élections ne sont pas les plus favorables au parti d’extrême droite, contrairement aux européennes et à la présidentielle. « En 2020, il y a eu le Covid-19 avec beaucoup de nos électeurs qui ont eu peur d’aller voter, argumente Edwige Diaz, députée RN de Gironde. Là, il y a de l’enthousiasme dans cette campagne. »
« On est à un an de l’élection présidentielle avec une perspective de victoire, ça donne une dynamique. »
Edwige Diaz, vice-présidente du RN chargée de l’implantation localeà franceinfo
Le parti de Marine Le Pen revendique à l’AFP la présentation de 601 listes avec l’étiquette RN pour ces élections municipales. Un chiffre comparable à celui du scrutin de 2014 mais supérieur à celui de 2020. « Ça reste peu si vous comparez avec le PS ou LR et leurs alliés. Le RN, c’est une belle machine électorale pour les scrutins nationaux, mais localement le parti n’est pas encore assez structuré pour vraiment peser à des municipales », estime un ancien compagnon de route. Cela ne l’empêche pas d’afficher des ambitions plus affirmées cette année. Jordan Bardella, le président du RN, a fixé un objectif de plusieurs dizaines de communes à conquérir.
C’est à Marseille, le 17 janvier, que Marine Le Pen a lancé la campagne des municipales. Le RN rêve d’ajouter la deuxième ville de France à son armoire aux trophées. Son candidat Franck Allisio, député des Bouches-du-Rhône, est donné au coude-à-coude avec le socialiste Benoit Payan au premier tour. « Je préfère être à ma place qu’à celle de mes concurrents », glisse-t-il auprès du service politique de France Télévisions. Le second tour lui s’annonce plus compliqué et incertain avec de possibles scénarios de triangulaires ou de quadrangulaires.
« En théorie, Marseille n’est pas une de nos meilleures villes, mais c’est tellement mouvant. Sait-on jamais ? »
Bruno Bilde, député RN du Pas-de-Calaisà franceinfo
Le parti de Jordan Bardella lorgne un autre port de la Méditerranée : Toulon. Depuis plusieurs mois, la médiatique porte-parole du RN, Laure Lavalette, a délaissé les plateaux télé pour se consacrer à sa campagne locale. « Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, elle imprime », estime Bruno Bilde. « On peut gagner Toulon », veut croire un cadre du RN. Il y a trente ans, la ville était déjà tombée aux mains du Front national. Une aventure au goût d’inachevé puisque la ville repassait à droite en 2001.
Si jamais le RN ratait Marseille, et que Laure Lavalette l’emportait à Toulon, la ville de 180 000 habitants deviendrait la plus importante gérée par le RN, devant Perpignan et ses 120 000 habitants, dirigés depuis 2020 par Louis Aliot. Menacé d’inéligibilité dans l’affaire des assistants parlementaires européens du FN, le maire perpignanais est candidat à sa réélection. « Il n’y aura pas de problèmes pour conserver nos villes », juge un cadre du parti. Le RN place aussi des espoirs à Nîmes et revendiquera la victoire de son allié Eric Ciotti à Nice, si celui-ci l’emporte face à Christian Estrosi.
Pour le reste des villes de plus de 100 000 habitants, le RN devrait être toujours à la peine. « Dans les métropoles, on a toujours des difficultés à franchir le seuil des 10% nécessaire pour se qualifier au second tour », reconnaît Bruno Bilde. A Paris, par exemple, Thierry Mariani a du mal à exister face à la concurrence de la candidate zemmouriste Sarah Knafo.
Jordan Bardella, lui, a lancé la campagne des municipales depuis Carcassonne, le 7 février, avec le candidat de son camp, Christophe Barthès, déjà député de la circonscription. « On est typiquement dans une ville que peut gagner le Rassemblement national », a estimé le président du parti d’extrême droite. Dans l’Aude, le RN a conquis les trois circonscriptions lors des législatives. Et il s’agit de poursuivre ces implantations, comme en Normandie.
Pas moins de 35 députés du groupe RN seront ainsi candidats à ces élections municipales, cela correspond à 29% des élus RN au Palais Bourbon. « Le député, c’est le meilleur candidat local. Les gens le connaissent. Il joue déjà un rôle institutionnel. Ça me semble logique », explique Julien Limongi, député de Seine-et-Marne et candidat à Provins. « Les villes entre 5 000 et 50 000 sont vraiment nos cœurs de cible », précise Bruno Bilde.
Le député du Pas-de-Calais, proche de Marine Le Pen, cible dans sa région la ville de Lens et les communes voisines « emblématiques du bassin minier ». Mais le RN évoque aussi Douai, Cambrai ou dans une moindre mesure Calais. Dans le Sud-Est, son autre bastion traditionnel, le Var et les Alpes-Maritimes pourraient offrir de nombreuses victoires notamment la ville de Cagnes-sur-Mer ou encore Menton. La députée Alexandra Masson y affronte Louis Sarkozy. Fréjus constitue un cas particulier. Le maire sortant David Rachline se représente, mais il n’est plus soutenu par le Rassemblement national, qui a pris ses distances après les déboires judiciaires de son ancien vice-président.
Sur les objectifs, Edwige Diaz se veut prudente. « Il est difficile d’émettre des pronostics. La situation est mouvante face à nous. Mais il est raisonnable de penser que l’on puisse dépasser les 10% là où on présente des listes », soit le seuil au-delà duquel un candidat peut se maintenir au second tour et ainsi obtenir des conseillers municipaux. C’est l’autre objectif du parti de Jordan Bardella. « Si nous ne parvenons pas à gagner, l’enjeu est de s’implanter dans un maximum de conseils municipaux et de conseils communautaires. Ce dernier point est important. C’est un bon lieu pour continuer à réseauter et à faire progresser nos idées auprès des élus locaux », estime Julien Limongi.
La majeure partie des scrutins concernent des petites communes où les listes qui se présentent n’ont pas d’étiquettes politiques. Cela n’empêche pas le RN de vouloir aussi exister dans ces zones rurales. Il a établi ainsi une charte d’engagement pour les élus qui le souhaitent. « Elle est proposée aux candidats qui ne sollicitent pas directement l’investiture du Rassemblement national mais qui, partageant ses valeurs, souhaitent obtenir son soutien et/ou celui du député de la circonscription s’il est membre du RN », est-il écrit sur le site internet du parti.
En échange, l’élu soutenu doit s’engager à ne pas augmenter la fiscalité locale, à faire de la lutte contre l’insécurité sa priorité ou encore à protester contre l’arrivée de personnes immigrées dans sa commune dans le cadre du pacte asile et immigration voté par l’Union européenne. « C’est une manière de s’adapter à des communes plus petites pour avoir de la souplesse, là où les étiquettes, même s’il ne s’agit pas de les cacher, peuvent être clivantes », explique Julien Limongi.
Les derniers points de cette charte sont plus politiques. Le candidat doit s’engager à apporter son parrainage pour la présidentielle au candidat du RN. Et pour les élections sénatoriales, il doit s’engager « à soutenir et appeler à voter pour la liste soutenue par le Rassemblement national ». Ce sont en effet les conseillers municipaux qui votent à l’occasion de ce scrutin au suffrage universel indirect.
C’est le dernier enjeu pour le RN lors de ce scrutin municipal : pouvoir créer un groupe au Sénat, où le parti d’extrême droite ne compte que trois sénateurs. Or, il faut être au moins 10 pour constituer un groupe, ce qui donne notamment plus de moyens financiers et de temps de parole. Des élections sénatoriales auront lieu en septembre prochain dans la moitié des départements. Il est donc crucial pour le RN de réussir ces municipales et de construire un maillage territorial qui appuie sa stratégie de notabilisation.

9999999/2026/02/23/rn-v1-699c7b97c9417058555414.jpg?w=1200&resize=1200,480&ssl=1)
