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8 mars 2026ces franco-iraniens font campagne pour les élections municipales, l’esprit parfois happé par la guerre au Moyen-Orient
Alors que leur pays d’origine, où se trouve toujours une partie au moins de leur famille, est bombardé par Israël et les États-Unis, ces candidats aux élections municipales mènent leur campagne tout en suivant de près la situation en Iran.
À une semaine du premier tour des élections municipales, Marianne Desset est bien occupée par la campagne: tractage, porte-à-porte… Mais cette Franco-Iranienne se garde du temps pour essayer de téléphoner à sa mère, qui vit toujours en Iran, pays sous les bombes depuis le début des frappes lancées par Israël et les États-Unis le 28 février.
Marianne Desset, 16e sur la liste de Christophe Béchu (Horizons) à Angers, s’est installée en France à 35 ans, en 2020. Elle est partie d’Iran pour plusieurs raisons: vivant avec un Français, son couple était surveillé par les autorités, son activité dans le tourisme s’essoufflait à cause de la pandémie ainsi que des tensions sociales et politiques dans son pays. Et elle trouvait de plus en plus difficile le fait de vivre sous un régime réprimant chaque mouvement de contestation.
Cette enseignante à l’Université catholique de l’Ouest a accepté de rejoindre la liste de l’actuel maire d’Angers pour les municipales par intérêt pour les enjeux de citoyenneté. « Venant d’un pays où on n’a pas encore la démocratie, où le peuple iranien est un non-sujet dans tous les débats politiques, voir qu’à Angers, on a de la démocratie participative, que les gens peuvent décider dans quels projets l’argent public est dépensé, c’est fascinant », explique Marianne Desset.
« La première fois que je suis allée devant un bureau de vote en France, j’ai eu les larmes aux yeux, en me disant que les gens pouvaient aller voter et que ça allait compter ».
Elle a d’ailleurs pris le prénom de Marianne en France lorsqu’elle a acquis la nationalité fin 2022: « on ne peut pas faire plus français que Marianne, c’est la figure de la liberté, c’était très symbolique comme choix de prénom ». C’est aussi par amour de la liberté que Marianne Desset est candidate aux municipales: « la liberté de conscience, c’est une grande liberté que la France m’a offerte et travailler pour ma ville c’est une manière de rendre cela à la France ».
« Ma ville de cœur »
Mehrnoosh Sahranavard, deuxième sur la liste de Nicolas Isnard, le maire LR sortant de Salon-de-Provence, met aussi en avant sa reconnaissance envers sa commune pour expliquer sa candidature aux élections municipales. « Salon, c’est ma ville de cœur, ma deuxième ville de naissance. Quand j’étais déracinée, que j’avais tout perdu, elle m’a prise dans ses bras et m’a aidée à reconstruire ma vie de zéro », dit-elle.
Mehrnoosh Sahranavard n’a pas pu retourner en Iran après un voyage en France en 2011 pour un documentaire qu’elle réalisait sur l’apothicaire français Nostradamus. « Un article publié dans le journal quotidien de Salon me montrait sans foulard et cet article a été publié sur des sites Internet en Iran », relate-t-elle.
« Ma vie était en danger, je ne pouvais pas rentrer car le gouvernement m’a donné une étiquette d’espionne d’Israël à cause de ce documentaire », ajoute-t-elle.
« Je n’en fais pas un sujet dans la campagne »
Sa famille est toujours en Iran et elle tente de prendre de leurs nouvelles malgré les coupures Internet imposées par les autorités iraniennes. « Nous sommes dans une situation particulière, je suis à la fois inquiète et contente » car « il y a un espoir que ce soit la libération du peuple iranien et la fin de ce régime », affirme-t-elle.
En attendant, Mehrnoosh Sahranavard « ne veut pas mélanger l’histoire de l’Iran avec la campagne » pour les municipales. « J’ai le soutien du maire, mais je n’en fais pas un sujet dans la campagne électorale », assure-t-elle.
Même son de cloche du côté de Marianne Desset, qui « essaie de garder (s)a vie iranienne séparée de (s)a vie française dans la campagne ». « J’essaie de continuer mon travail et que mes engagements ne soient pas impactés par cela: je fais toujours du porte-à-porte, du collage, du tractage. Mais c’est quand même difficile, je suis présente un maximum mais une partie de mes pensées et de mon âme est ailleurs », dit-elle.
Le Croissant-Rouge iranien a annoncé mardi que plus de 780 personnes avaient été tuées à travers le pays depuis le début des frappes américaines et israéliennes. Jeudi, l’agence de presse officielle iranienne Irna a quant à elle fait état de 1.230 morts depuis samedi.
« Cela fait 45 ans qu’on stresse »
Arash Saeidi, tête de liste soutenue par LFI à Angers, doit aussi faire campagne malgré la guerre qui touche son pays d’origine. Né en Iran, où il a vécu les premières années de sa vie avant de s’installer en France avec ses parents, le député européen suit avec angoisse les frappes qui touchent le pays. « J’ai vu des vidéos où il y a des nuages de fumée à cause d’explosions à 300 mètres de chez ma grand-mère. J’imagine ma grand-mère sous des nuages de fumée à 90 ans », déclare-t-il.
Mais il souligne surtout que cette peur n’est pas nouvelle pour les Iraniens. « Nous, on est habitués, cela fait 45 ans qu’on stresse. Quand l’embargo faisait que l’inflation montait, quand il y a eu des vagues de répression des soulèvements populaires depuis les années 2000… », cite le député européen. « Malheureusement vous vous habituez. Il y a toujours des moments plus intenses que d’autres dans le stress, mais j’ai l’impression que les gens découvrent que les Iraniens souffrent depuis 45 ans », déplore-t-il.
Les frappes israélo-américaines ont ajouté de l’inquiétude à cet Angevin sur le futur de l’Iran. « Je ne comprends pas mes compatriotes qui se réjouissent et qui réclamaient les bombardements. Je n’ai jamais vu de démocratie installée par les bombes », affirme Arash Saeidi.
Pour autant, le conflit au Moyen-Orient n’est pas un sujet dans sa campagne pour les municipales puisque celle-ci touche avant tout des enjeux locaux. « C’est loin pour les gens. Les Iraniens, ce ne sont pas des Ukrainiens à leurs yeux », dénonce Arash Saeidi. « Cela n’a pas d’impact sur la campagne. Le seul impact que cela a, c’est sur mes nuits de sommeil, mais ça, il y a des cachets pour y remédier », ironise-t-il.

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