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8 mars 2026comment la France a décroché face à ses voisins en devenant l’un des pays qui emprunte le plus cher en Europe
Les rendements obligataires tricolores sont parmi les plus élevés de la zone euro alors qu’ils étaient parmi les plus faibles au début des années 2000. Signe d’une érosion progressive de la confiance des investisseurs face à un pays incapable d’assainir ses finances publiques, surtout depuis la dissolution.
Un fardeau toujours plus lourd. À 3.482,2 milliards d’euros, la dette publique française a progressé de près de 66 milliards d’euros entre les deuxième et troisième trimestre 2025, selon l’Insee. Sans surprise il s’agit d’un nouveau record en valeur absolue.
Plus que le montant, c’est la trajectoire incontrôlable de l’endettement maintes fois renseigné par la Cour des comptes qui inquiète. D’autant que rien ne semble pouvoir l’enrayer à court terme. « La France est vraiment devenue le mauvais élève », observe auprès de BFM Business l’économiste Sylvain Bersinger, fondateur du cabinet Bersingéco et auteur d’une note sur le sujet dans laquelle il pointe le « déclassement » de l’Hexagone « par rapport à ses voisins en matière de finances publiques ».
Il suffit de jeter un oeil au ratio qui rapporte la dette sur le PIB, plus pertinent pour mesurer sa soutenabilité, pour s’en rendre compte. Selon le FMI, il était de 116,5% en 2025 (117,4% au 3ème trimestre selon l’Insee), soit près de deux fois plus qu’en 2000 (59,7%). Ce qui classe la France à la troisième place des pays les plus endettés d’Europe. À titre de comparaison, la dette de la zone euro représente en moyenne 87,8% de son PIB, contre 69,2% il y a 25 ans.
Des taux parmi les plus élevés de la zone euro
Pour Sylvain Bersinger, un autre indicateur est encore plus adéquat pour évaluer la solidité des finances publiques d’un pays: les taux souverains qui correspondent au prix payé par un État à ses prêteurs pour s’endetter. « Tant qu’un État trouve des créanciers disposés à financer sa dette à faible taux, le niveau de celle-ci n’est pas un problème. En effet un État, à la différence d’un ménage, ne meurt pas et peut se contenter de faire ‘rouler sa dette’, c’est-à-dire de réemprunter instanténément les sommes qu’il rembourse », rappelle l’économiste.
Reste que « tout ceci est possible tant que les taux sur la dette restent faibles, sans quoi les charges d’intérêt accroissent le déficit dans un mécanisme auto-entretenu ». C’est pour cette raison que l’expert juge que le niveau ces rendements obligataires est « le meilleur (mais pas le seul) thermomètre de la santé des finances publiques d’un pays » et de la confiance que leur accordent les investisseurs.
Or là-encore, la France ne brille pas par ses performances. Si l’Hexagone affichait le troisième taux à 10 ans le plus faible de la zone euro en 2001, soit en quelque sorte la troisième dette la moins risquée, sa position s’est progressivement dégradée au fil des années jusqu’à devenir à plusieurs reprises, à la place de l’Italie, le troisième pays qui s’endette au coût le plus élevé.
Un décrochage accéléré par la crise politique
Mais le vrai décrochage de la France est en réalité assez récent. À partir de la crise financière de 2008, ses taux souverains ont plutôt eu tendance à baisser comme dans de nombreux pays en raison d’une faible inflation et des politiques accomodantes des banques centrales. La tendance s’est poursuivie en 2012 avec la crise des dettes souveraines: jugées de meilleure qualité, les obligations françaises et allemandes ont vu leurs rendements reculer, au contraire de l’Espagne, de l’Italie ou de la Grèce qui concentraient les inquiétudes des investisseurs.
Puis le mouvement à la baisse s’est accéléré dès 2013 pour l’ensemble de la zone euro cette fois dans un contexte d’épargne abondante, d’investissement en berne et d’inflation toujours aussi faible. Au point de voir les rendements obligataires basculer dans le négatif.
Il faudra attendre 2022 et le retour de l’inflation pour voir les taux souverains remonter au moment où la BCE durcissait sa politique monétaire. À ce moment-là, les taux français à 10 flirtaint déjà avec la moyenne de la zone euro. Mais c’est finalement la dissolution de 2024 et la crise politique qui ont acté le décrochage de l’Hexagone.
Hausse des dépenses ou baisse des recettes: à qui la faute?
Si les comptes publics de la France n’ont cessé de dériver, c’est parce que le pays n’a jamais réussi à voter un budget à l’équilibre depuis 1974. Et 2026 respectera la tradition avec une loi de finances qui, en cas d’adoption comme attendu au 49-3, prévoit un déficit public à 5% du PIB en fin d’année. Un trou qu’il faudra combler par de l’endettement, sachant que l’agence France Trésor prévoit de lever un montant record de 310 milliards d’euros sur les marchés en 2026.
Mais n’est-ce pas finalement le prix à payer pour rassurer nos créanciers qui pourraient paradoxalement se satisfaire de l’adoption d’un budget, même en déficit? « Si le budget passe avec le 49-3 et qu’il n’y a pas de nouvelle dissolution, il n’y aura pas d’aggravation » du niveau des taux souverains, prédit Sylvain Bersinger. « Mais il n’y aura pas d’amélioration non plus. Car aucun effort est fait pour assainir les finances publiques », souligne-t-il.
Pour redresser la barre, deux camps s’affrontent: ceux qui plaident pour une hausse des recettes, affirmant que celles-ci ont baissé ces dernières années, et ceux qui appellent à dégager des économies face à l’envolée des dépenses. Qu’en est-il réellement? Tout dépend de l’année de référence choisie. Le poids des recettes dans le PIB a effectivement plus baissé que celui des dépenses depuis 10 ans. Mais sur le long terme, c’est surtout la dépense publique qui est en cause puisqu’elle est passée de 52,6% du PIB en 2000 à 57,3% en 2024, quand les recettes sont restées stable (51,4%), d’après l’Insee.
Directeur général de la Banque publique d’investissement, Nicolas Dufourcq a lui décidé d’endosser le rôle de lanceur d’alerte sur le dérapage de la dépense, et plus précisément de la dépense sociale: « Le budget qui va passer n’est que l’énième épisode d’une série qui a commencé il y a maintenant 50 ans. Une série dans laquelle l’État-providence galope devant l’économie, à toute berzingue. L’économie a beau se battre les flancs pour produire, faire de belles entreprises… les dépenses sociales courent toujours devant », a déclaré jeudi sur RMC et BFMTV celui qui dénonce la « fuite en avant de l’État-providence ».
Selon lui, « 10% des nos dépenses sociales vont continuer à être financées par de la dette ». Il faut dire que la protection sociale représente plus de la moitié de la dépense publique en France. Plus précisément 571 euros sur 1.000 euros dépensés en 2024 (dont 259 euros de dépense de retraites et 206 euros de dépenses de santé), d’après une étude récente de François Ecalle, fondateur de Fipeco.
« Les créanciers ne nous considèrent plus comme des gens sérieux »
Contrairement à la moyenne de la zone euro, la France n’a pas réussi à réduire son endettement rapporté au PIB depuis la fin de la crise sanitaire: « On préfère faire de la dette publique, c’est plus confortable. On est habitué à avoir un niveau de dépenses publiques très élevé. On dépense trop au vu de nos ressources alors que les autres pays européens on su se serrer la ceinture », constate Sylvain Bersinger.
« Ce que je remarque, c’est que les pays européens qui ont réussi à discipliner la croissance de leurs dépenses sociales ont juste décidé de s’imposer une règle d’or » en limitant le déficit budgétaire autorisé, abonde Nicolas Dufourcq.
Malgré tout, la France continue de se financer sur les marchés sans aucune difficulté: « Mais on doit quand même payer une prime de risque plus élevée. C’est un signal qui veut dire que les créanciers ne nous considèrent plus comme des gens sérieux. Ça ne va pas durer éternellement », met encore en garde Sylvain Bersinger.
Selon le Conseil d’analyse économique, l’effort à consentir ne serait-ce que pour stabiliser la dette à 124% du PIB à horizon 2032 est considérable. L’organisme préconise en effet un ajustement budgétaire de 112 milliards d’euros sur six ans pour y parvenir.

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