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8 mars 2026Depuis le début de la guerre contre la République islamique en Iran, le 28 février 2026, plus de 912 civils ont été tués dans les bombardements américano-israéliens, selon l’ONG Human Rights Activists News Agency (Hrana) basée aux États-Unis. Parmi les victimes, l’ONG compte 181 enfants de moins de dix ans. La population, elle, oscille entre peur, espoir et incertitude.
« Cette fois-ci, tout est foutu », écrivait sur WhatsApp Mohammad Reza* depuis Tabriz (nord-ouest), alors que commençaient tout juste les premières attaques américano-israéliennes contre la République islamique. Puis, plus rien : la connexion était perdue. Cela fait plus d’une semaine que la population iranienne est à nouveau coupée d’internet. Seule sous les bombes, elle doit également essuyer les tirs des forces de sécurité du régime.
« Avec l’arrêt d’internet, les informations ne circulent pas. À Abdanan [est de l’Iran, NDLR], plusieurs personnes qui se sont réjouies de la nouvelle de la mort de Khamenei ont été abattues », raconte Vali*, qui réussit à se connecter de temps en temps. Infirmier à Téhéran, il décrit : « Les membres des Gardiens de la Révolution et les Bassidji [miliciens affiliés] sèment la panique en sillonnant les rues à moto et en scandant des slogans avec leurs haut-parleurs pour empêcher les gens de descendre dans les rues. Ils tirent aussi sur ceux qui, depuis l’intérieur de leur maison, crient »longue vie au chah ». »
Selon lui, les bases des Bassidji et les commissariats ont été ciblés les uns après les autres et entièrement détruits. Dariush*, également à Téhéran, confirme : « Les membres des forces de l’ordre ont pour la plupart perdu leur QG, ils sont donc dans les rues, en civil et armés de Kalachnikov. Ils tirent sur les gens même au niveau des checkpoints. Ils n’ont aucun problème à leur tirer dessus avec des armes de guerre. »
« La situation est déplorable à Téhéran »
En plus des institutions du régime iranien – le complexe présidentiel et résidence d’Ali Khamenei, le ministère du Renseignement, le tribunal révolutionnaire islamique –, d’autres bâtiments ont été touchés par les frappes américano-israéliennes.
Dimanche 1er mars, le palais du Golestan, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, a été endommagé. Jeudi 5 mars, le stade Azadi de Téhéran a été détruit. Plus récemment encore, samedi 7 mars, l’aéroport de Mehrabad, dans la capitale, était en flammes. « Partout où ils frappent, l’onde de choc brise les vitres dans un rayon de 100 mètres », décrit Vali.
Prise en étau entre un régime qui continue sa violente répression et les bombardements américano-israéliens, la population iranienne essaie donc simplement de survivre. Dans son « journal de guerre » sur sa chaîne Telegram, Aria* raconte : « La situation est déplorable à Téhéran après une attaque de missiles près de chez moi. Nous avons dû déménager temporairement et la situation n’est guère meilleure ici non plus. Les attaques ont continué […] avec une grande intensité et, évidemment, presque aucun endroit à Téhéran, voire en Iran, n’est sûr. »
Bahram*, lui, a réussi à fuir la capitale. Depuis le nord du pays où il s’est réfugié, il raconte à RFI : « Téhéran est extrêmement dangereux. La plupart du temps, nous restons tous chez nous et les gens aussi. Les checkpoints sont devenus très nombreux. Ici, en revanche, c’est calme pour le moment. »
Boucliers humains et prisonniers politiques
En Iran, aucune sirène ne prévient la population d’une attaque et il n’existe pas d’abris souterrains. Pire, le régime tend à utiliser les installations civiles comme bouclier.
L’ONG Hengaw signale ainsi le déploiement des forces de sécurité à l’hôpital de Kawsar à Sanandaj, au Kurdistan iranien. « Cette action met en danger la vie de centaines de patients et du personnel soignant », alerte l’ONG.
Jeudi 5 mars, la conférence de presse du porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmaeil Baghaei, a également été organisée dans une salle de classe à Téhéran, alors même que, samedi 28 février, une frappe aérienne avait fait 168 morts, dont de nombreux enfants, à l’école de filles Shajareh Tayyebeh à Minab (sud-est), située près d’un complexe militaire.
De nombreuses ONG et activistes alertent également sur la situation des prisonniers politiques. Après une attaque américano-israélienne contre les sites militaires et de renseignements iraniens à Marivan dans le Kurdistan iranien, tous les détenus – prisonniers politiques mais également des détenus de droit commun – de la prison centrale de Marivan ont été libérés. Néanmoins, l’inquiétude demeure quant au sort des prisonniers politiques dans d’autres prisons du pays ainsi que des manifestants arrêtés par le régime lors de la terrible répression de janvier 2026.
Dans une lettre adressée au chef du pouvoir judiciaire, le prisonnier politique Reza Khandan a appelé à la libération des détenus et a affirmé que « tous les services destinés aux prisonniers ont été interrompus. Si la guerre se poursuit, des pénuries, voire la disparition des rations alimentaires et d’hygiène, sont à prévoir ». Les ONG alertent également sur le risque d’exécutions en masse à huis clos. De fait, avant le black-out numérique, le centre Abdorrahman Boroumand comptait au total 587 exécutions pour l’année 2026.
« Les Iraniens ont frappé à toutes les portes »
Selon Vali, même si la situation est vraiment difficile, les Iraniens sont contents. « On remercie Trump et Netanyahu et nous les couvrirons de fleurs à Téhéran en temps voulu », affirme-t-il. Des propos que Dariush préfère nuancer : « D’un point de vue intérieur, « content » n’est pas vraiment le terme adéquat, selon moi. Il y a un côté tragique à cette situation et il faut prendre en compte le contexte. Une partie de la population a clairement tout perdu : la vie de leur enfant ou d’un proche, leur travail… Les Iraniens savent très bien ce qu’il s’est passé au Vietnam ou en Afghanistan, mais ils ont frappé à toutes les portes, en vain. Aujourd’hui, ils sont arrivés au bout du bout, au point de se dire que peut-être que cette intervention étrangère va faire bouger les choses. »
Car la mort du guide suprême, Ali Khamenei, ne signifie pas la fin du régime. Dans la foulée, un triumvirat composé d’Alireza Arafi, juriste chiite proche du feu guide suprême, de Massoud Pezeshkian, président iranien, et de Gholamhossein Mohseni Ejeï, chef du pouvoir judiciaire, a assuré la direction transitoire. Avant que l’Assemblée des experts désigne un nouveau dirigeant, poste pour lequel Mojtaba Khamenei, fils de l’ancien ayatollah, tient la corde. « Suite à la frappe contre la résidence de Khamenei, Mojtaba a été emmené à l’hôpital Sina de Téhéran. Mes collègues l’ont vu, assure Vali. Cette ordure est encore vivante. »
Quant à la possibilité d’une négociation entre les États-Unis et le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani, Dariush, qui se décrit comme anarchiste, la rejette, estimant que le régime iranien est génocidaire. « Ceux qui en Occident scandent « non à la guerre » ne donneront du sens à ce slogan que s’ils condamnent et dénoncent autant la guerre que les tueries et la répression perpétuées par le régime iranien », souligne-t-il.
Selon lui, en attendant d’en savoir plus sur l’avenir, les Iraniens continuent de vivre au jour le jour « Près de chez moi, les gens vont au parc et y parlent de politique et de la nuit qu’ils viennent de passer. Certains s’embrassent et en même temps, on entend le bruit des avions. Même si l’incertitude quant à l’avenir, le travail, les enfants est grande pour tous, on s’est habitué à vivre à l’instant T et on réfléchit simplement à comment vivre et comment ne pas mourir sous les bombes », affirme-t-il.
Des propos que Neda confirmait dimanche 1er mars sur sa chaîne Telegram : « Ma vie ne tient qu’à un fil. Le deuxième jour est un jour de survie. Survivre. Rien de plus. »
* Les noms ont été changés pour garantir la sécurité des personnes citées.

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