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Charles Platiau / Reuters
Le management via l’intelligence artificielle fait peser des risques sur la santé des livreurs de repas à domicile dénonce l’Anses. (Photo d’illustration prise à Paris en avril 2017).
TRAVAIL – « Stress, fatigue, épuisement ». Les livreurs de repas à domicile, notamment pour les plateformes Uber Eats ou Deliveroo, souffrent de nombreux problèmes de santé en raison de leur métier, alerte l’Anses dans un rapport publié ce mercredi 26 mars. L’agence sanitaire a non seulement établi une liste de ces maux, mais en dénonce également le coupable : l’intelligence artificielle.
En effet, ces livreurs à deux roues n’ont pas de manager humain. Tout passe par les applications et leurs algorithmes. Les livraisons sont ainsi attribuées par une intelligence artificielle « sans interaction humaine directe », décrit l’Anses. C’est aussi valable pour les évaluations, et les modalités de rémunération. Derrière ce fonctionnement automatisé se cache une course aux profits.
Saisie par la CGT il y a quatre ans, l’Anses livre ainsi ce mardi un panorama inédit de la santé des plus de 71 000 livreurs indépendants en France, en grande majorité des livreurs de repas. L’agence a constaté que le management par l’IA a généré des problèmes de santé physique et mentale en cascade, à court, moyen et long termes.
« Les livreurs n’ont pas de marge de manœuvre, de négociation possible, ni de soutien d’une personne physique qui pourrait répondre aux difficultés rencontrées sur le terrain », décrit à l’AFP Henri Bastos, directeur scientifique santé et travail à l’Anses.
En découlent des accidents de la route, des chutes, des troubles musculo-squelettiques et des atteintes à la santé mentale : « stress, fatigue, épuisement lié à la pression constante des notifications, à l’isolement et à l’absence de relations professionnelles stables ».
Les livreurs des plateformes souffrent aussi de troubles du sommeil, de maladies métaboliques, respiratoires ou cardiovasculaires liées à l’activité exercée en horaires atypiques, dans un environnement de travail difficile : pollution urbaine, bruit…
Travailler jusqu’à 7 jours sur 7
« Il y a aussi des conséquences socio-familiales : pour s’assurer un niveau de vie décent, les livreurs vont accepter un grand nombre de courses et donc avoir des amplitudes d’horaires importantes, travailler parfois 7 jours sur 7 », relève Henri Bastos, directeur scientifique santé et travail à l’Anses.
Ces « stratégies, appelées “auto-accélération”, consistent à essayer d’anticiper les décisions prises par l’algorithme pour répondre à ses exigences, donc à intensifier le rythme de travail : elles conduisent à un épuisement physique et mental, et peuvent augmenter les accidents sur la route », détaille-t-il.
Or, en majorité indépendants, ces travailleurs ne bénéficient « ni d’une politique de prévention des risques adéquate, ni d’une protection sociale suffisante », souligne l’agence. Il n’y a pas d’obligation de déclarer leurs accidents du travail.
En outre, le contexte réglementaire de cette activité est en construction. À l’échelle française, un accord entre plateformes et syndicats fixant un revenu minimal horaire a été récemment signé.
Une réglementation en cours de construction
Du côté de l’UE aussi la réglementation se construit : les États membres ont deux ans pour intégrer dans leur législation la directive de novembre 2024 renforçant les droits de ces travailleurs.
Ce texte prévoit de requalifier comme salariés quelque cinq des 30 millions de livreurs travaillant sous statut d’indépendant en Europe. Les modalités de requalification dépendent des États, ce qui permet à l’Anses de formuler des préconisations.
L’agence recommande ainsi aux pouvoirs publics de rendre obligatoire, pour ces travailleurs, l’application des dispositions en matière de santé et sécurité prévues pour les salariés dans le Code du travail et d’imposer « une limitation et un contrôle de leur temps de travail ».
L’Anses « appelle à responsabiliser les plateformes, pour qu’elles assurent une protection de la santé et de la sécurité de ces travailleurs », résume Henri Bastos. Enfin, l’agence sanitaire veut rendre obligatoire la collecte de données pour continuer à documenter les effets de cette organisation du travail.
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