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9 mars 2026A Argelès, Marc Banègues, maître cordonnier résiste à la révolution des chaussures bas de gamme et jetables
Appelé autrefois savetier ou grollier, le cordonnier est aujourd’hui un réparateur multiservice. À l’heure des bonus de seconde vie, du retour des chaussures et articles en cuir qualitatifs, cet artisan a évolué avec les modes de consommation. À 57 ans, le Catalan Marc Banègues est un maître dans son art, il aime transmettre avec… optimisme.
Dès que l’on évoque son métier de cordonnier, Marc Banègues a les yeux qui brillent ! Il faut dire que son parcours est d’exception et son savoir-faire unique. D’ailleurs, si l’Argelésien est aujourd’hui vice-président de la Fédération française de la cordonnerie et du multiservice en charge de la formation, ce n’est pas pour rien. Un artisan expérimenté devenu une référence, qui a anticipé les tendances, pour rester en vie commerciale.
Bien que né à Strasbourg de parents Catalans fonctionnaires, Marc est resté fidèle à cette terre identitaire. Élève en marge, très manuel, c’est sans conviction qu’à l’âge de 14 ans il quitte l’école et se retrouve à Nîmes dans un CAP peu prisé de « fabrication mécanique de la chaussure ». Il se souvient avec nostalgie : « Ce fut une révélation ! Dès les premières heures de pratique, le dessin technique et l’assemblage du cuir notamment, m’ont passionné. À tel point que je suis même devenu un élève appliqué toujours en quête de solutions et perfection ». Une qualité qui ne le quittera plus…
Il décroche alors son premier diplôme, puis de retour à Perpignan se lance dans un BEP de maintenance industrielle : « On peut croire que ça n’a rien à voir avec la cordonnerie et pourtant, cela m’a beaucoup apporté dans la réparation et la maintenance de mes machines. » Après un service militaire dans l’administratif, il rejoint son oncle Alain Bertrand, alors installé dans une ruelle d’Argelès-sur-Mer en qualité de cordonnier, dont la notoriété dépassait le secteur des Albères et de la Côte Vermeille.
Dans les secrets de la chaussure
Très vite l’idée de la reprise de la cordonnerie a germé : « Or, je savais fabriquer les chaussures, mais je ne savais pas les réparer et les opérations sont extrêmement complexes. Mon oncle m’a transmis son savoir, je lui en suis reconnaissant. » Marc décroche ensuite en alternance son CAP de cordonnier-réparateur, puis un Brevet de maîtrise (lui permettant de prendre directement des apprentis) à la chambre des métiers. Une belle revanche, pour le petit gars qui était en bord de route d’un cursus scolaire classique.
En 2005, il reprend la cordonnerie de tonton Alain, et pour pérenniser l’activité, il décide de déménager l’atelier et la boutique à la zone artisanale d’Argelès : « Pour davantage de visibilité et de diversité de services, en ayant toujours à l’esprit la transmission. En ayant des apprentis directement en charge, je m’investis pour transmettre valeurs et exigences ».
Justement quelles sont les qualités d’un cordonnier du XXIe siècle ? « La minutie et la précision. Il y a des étapes à respecter dans la progression d’une action, on ne peut pas bâcler ces techniques. À vrai dire, le cordonnier d’aujourd’hui est aussi un peu chimiste dans l’entretien et le nettoyage notamment. Ces processus demandent des compétences nouvelles, dans la conservation ou pour donner une seconde vie à de chaussures ou des pièces souvent de marque. »
« Notre mission est de faire durer plutôt que de jeter »
Marc et son équipe, composée aujourd’hui de quatre salariés, n’abandonnent jamais : « Il faut être bricoleur, malin, délicat que ce soit pour réparer une paire de chaussures de luxe, des godillots de randonnée ou des chaussures d’enfant. Il est vrai qu’avec la fast fashion, la cordonnerie a été très impactée. Il a fallu s’adapter, trouver des nouvelles colles, pour réparer les semelles condensées par exemple. Dans un même temps, est arrivée le principe du Master minute, une concurrence avec une forte frappe de vente. La profession au risque de mourir a réagi pour survivre en proposant du multiservices : clés, maroquinerie, gravures, plaque d’immatriculation, télécommandes… »
Aujourd’hui en responsabilité nationale, le maître cordonnier catalan avec conviction souhaite : « Dépoussiérer le CAP, et retrouver la noblesse de ce métier, qui est d’avenir. Nous essayons de mieux communiquer auprès du grand public qui connaît mal nos capacités. Par exemple, le bonus réparations, qui permet à chacun de nous de faire des économies, on dit aussi que la chaussure de qualité est généralement réparable. Notre mission est de faire durer plutôt que de jeter. Nous avons un espace-atelier dédié à l’entretien d’éléments en cuir ou simili, car nous pouvons nettoyer, recolorer, protéger, adapter, recoudre bien sûr… »
Et l’artisan passionné de conclure : « la diversité de ce métier est incroyable, on peut donner une seconde vie à un objet que vous aimez, c’est un plaisir que nous aimons partager, un service qui vaut vraiment le coup ! ».

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