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On a toujours une image épique de ce métier-là. Elle l’était, à une certaine époque. Gardien de phare, seul dans la tempête face aux éléments déchaînés, avec les murs de vagues qui claquent sur ces tours dressées, unique lueur d’espoir dans les ténèbres. Laurent Simons, gardien de phare à Leucate, nous explique sa réalité.
Laurent Simons, 69 ans, démarre à ce jour sa dernière année de gardien de phare. Fin 2026, il aura passé 31 ans de sa vie à Cap Leucate au pied de ce phare construit en 1951, de 19,40 m de haut et à l’élévation de 66 m. D’une portée de 20 miles nautiques (37 km), il fait partie des 30 phares qui parsèment notre Mare Nostrum antique. Moins impressionnants que leurs frères du versant atlantique, il reste un fait établi que tout bon marin a en tête : la Méditerranée est beaucoup plus dangereuse et vicieuse pour la navigation que les flots de l’Atlantique et ce, malgré les allégations de nos amis bretons nous confirme Laurent.
De l’Alsace à Ar-Men
Mais ce n’est pas en tant que gardien de phare que Laurent a commencé sa vie professionnelle en Alsace d’où il est natif, mais dans un des grands centres de sidérurgie lorrains à Longwy dans les années 1970. Cinq ans à ferrailler, en mécanicien ajusteur et soudeur avant d’assister en 1979 à la fermeture du pôle lorrain et au désastre social qui s’ensuivit. À 20 ans, il n’avait jamais vu la mer, et après son licenciement, il descendit retrouver un ami à Torreilles. Il bossa trois ans en intérim comme électromécanicien, profitant de l’amour de la mer de son pote Marcel, pour en tirer une expérience initiatique. Dans cet élan, il s’inscrivit au concours de gardien de phare et d’électromécanicien qu’il réussit. La suite, se passa à l’école à Brest, où il put découvrir en apprenti marin, le fameux Ar-Men – véritable culte breton – et ceux de l’île Vierge et de l’île de Sein.
De Cerbère à St-Pierre-la-Mer
Avant le basculement vers l’automatisation à l’aune des années 2000, Laurent fut nommé en Corse-du-Sud sur les phares de Lavezzi et de Senetosa pendant neuf ans. De quoi apprécier la grande bleue et sa mythologie. En 1995, le poste du phare de Leucate se libéra. C’est ainsi, que 31 ans après, on retrouve Laurent Simons, habitant avec sa femme dans la maison au pied du phare sur la falaise de Leucate. Mais les choses changent. Avec les restrictions de personnel, Laurent s’est vu confier un secteur qui englobe depuis 2016 la côte méditerranéenne qui va de Cerbère jusqu’à St-Pierre-la-Mer (le COB Centre Opérationnel de Balissage dont il dépend, est basé à Sète).
105 points lumineux
Sous sa responsabilité : 105 points lumineux différents pour douze ports de plaisance. Les semaines d’astreintes il peut intervenir sur tout le secteur 7 jours sur 7 et 24 h 00 sur 24 pour tous types de dépannage. Les pannes les plus fréquentes, sont paradoxalement le manque de soleil qui décharge les batteries qui font fonctionner les leds. Les vols de panneaux solaires, le vandalisme, la corrosion par le sel et les visites préventives sur tous les points lumineux, font que Laurent ne connaît pas l’ennui. À ses heures perdues, il récupère de vieux métaux, objets, outils en fer, et façonne des sculptures, alors que sa femme, toujours dans la récup, conçoit des sphères avec divers matériaux aux allures fantasmagoriques.
Antre artistique de la récup
Ils ont fait de cette maison-phare au-dessus de la falaise, une antre artistique de la récup marine, qu’ils quitteront à regret à la retraite. En suivant Laurent tout en haut des 20 mètres du phare, avec sa soixantaine de marches en colimaçon qui vous mènent au sommet panoramique qui héberge la lentille de Fresnel, on se dit qu’il y a pire comme cadre de travail. Parlant histoire, Laurent nous glisse que c’est François Arago d’Estagel, homme d’État et astronome, qui fut le premier directeur des phares et balises sous Napoléon en 1809. Un travail mémoriel qui lui tient à cœur, comme pour son regretté ami, l’artiste dessinateur Thierry Delory, dont certains dessins magnifiques du phare de Leucate ornent les murs. Comme autant d’instants fugaces qui resteront ancrés dans l’âme de ce lieu intemporel.

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