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On fait souvent, en particulier dans le débat public français, le parallèle entre la guerre lancée par George W. Bush contre l’Irak en 2003 et celle déclenchée aujourd’hui par Donald Trump et Benyamin Netanyahou contre l’Iran. Les circonstances sont cependant assez différentes et l’intervention contre l’Iran peut sembler a priori moins illégitime à plusieurs égards. Mais compte tenu de la façon dont cette guerre a été lancée puis menée, les conséquences risquent d’en être tout aussi catastrophiques.
Comme les mollahs iraniens, Saddam Hussein était un terrible dictateur qui n’hésitait pas à massacrer son propre peuple, notamment au Kurdistan. Cela avait été à l’époque une motivation importante pour partir en guerre pour des néoconservateurs qui se sentaient investis alors de la mission de répandre la démocratie dans le monde à la pointe des baïonnettes américaines.
Sur ce plan, les mollahs iraniens sont probablement encore plus sanguinaires que Saddam Hussein comme ils l’ont montré en massacrant plus de 30 000 personnes en janvier. Mais cette fois, c’est manifestement le cadet des soucis et des motivations de Donald Trump pour déclencher une guerre contre ce pays puisqu’il dit lui-même chercher en priorité une solution « à la vénézuélienne », qui laisserait la dictature en place pour peu que les mollahs cèdent sur le nucléaire et les missiles, et lui donnent le pétrole iranien.
Saddam Hussein n’avait pas de lien réel avec le terrorisme international et notamment avec les auteurs de l’attentat du 11 septembre 2001, contrairement à ce que prétendaient les dirigeants américains à l’époque. Les mollahs iraniens n’ont jamais eu non plus de lien avec Al-Qaeda ou l’Etat islamique, contrairement aux autres pays du Golfe. Ces organisations qui se réclament de l’islam sunnite sont en effet au contraire leurs ennemis jurés. Ils n’organisent pas non plus d’opérations d’influences islamistes massives en Europe comme le font à coups de milliards l’Arabie saoudite, le Qatar ou les Emirats arabes unis.
Des mollahs déjà très affaiblis
Ils ont bien eu en revanche une politique active de soutien à des factions chiites ou assimilées pour déstabiliser la région tout en n’hésitant pas non plus à organiser quelques coups de main en Europe, notamment contre des opposants. Leur capacité de nuisance hors de leurs frontières était cependant déjà très largement réduite avant le lancement de cette guerre avec la chute de Bachar al-Assad, la destruction quasi complète du Hamas et les coups très durs déjà portés au Hezbollah libanais. On pouvait douter de leur aptitude à la reconstituer dans un avenir prévisible, compte tenu de la profonde dégradation de la situation économique et politique en Iran.
De même, Saddam Hussein ne disposait visiblement pas réellement d’armes de destruction massive ni de programme nucléaire militaire, contrairement à ce que l’administration Bush prétendait. Tandis que l’existence d’un programme nucléaire militaire iranien très avancé ne fait aucun doute. L’accord de 2015 avait cependant permis de le surveiller et de l’encadrer strictement jusqu’à ce que Donald Trump l’abandonne en 2018. Et le régime, très affaibli, était manifestement prêt à accepter des conditions plus strictes encore maintenant, comme l’indiquait le ministre omanais suite aux négociations engagées sous son égide.
Sur certains plans, l’attaque contre l’Iran pourrait donc apparaître comme moins injustifiée que ne l’avait été celle contre l’Irak. Mais elle a été lancée en pleine négociation sur le programme nucléaire iranien et sans aucune tentative de légitimation par les Nations unies ni même par une coalition large de pays comme cela avait été le cas en 2003. Cela la rend en réalité encore plus illégitime et plus dangereuse que la guerre contre l’Irak pour l’Etat de droit international et le multilatéralisme.
L’Iran, bientôt un Etat failli de plus ?
Par ailleurs, en l’absence de tout scénario crédible de transition pacifique interne, la volonté manifestée par les Etats-Unis et Israël semble bien être de détruire non seulement les installations militaires ou sécuritaires du régime mais aussi les infrastructures pétrolières du pays, ses usines de désalinisation d’eau de mer et de nombreuses autres infrastructures essentielles. Ces bombardements massifs et prolongés sont de nature à créer un désastre humanitaire majeur en Iran. Les Américains et les Israéliens comptent aussi manifestement encourager les séditions régionales chez les Kurdes et les Baloutches.
Compte tenu du déséquilibre gigantesque du rapport de force, le résultat le plus probable de toutes leurs actions semble surtout devoir être de transformer l’Iran en un Etat failli de plus. Sans parler du sud du Liban qu’un ministre israélien menace de transformer en un nouveau Gaza… Ce qui ne pourra que prolonger et aggraver l’instabilité dans toute cette région du Moyen-Orient essentielle, notamment pour l’Europe.
Bref, même si les circonstances diffèrent et si à certains égards l’intervention contre les mollahs iraniens aujourd’hui peut sembler moins illégitime que celle contre Saddam Hussein il y a un quart de siècle, le résultat final risque fort d’être tout aussi catastrophique pour l’Iran, pour la région, pour l’Europe et pour le monde…
BIO EXPRESS
Guillaume Duval, coprésident du club Maison commune et ex-rédacteur en chef d’« Alternatives économiques », a été speechwriter de Josep Borrell, ancien haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de Sécurité et ex-vice-président de la Commission.
Cet article est une carte blanche, rédigée par un auteur extérieur
au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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