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Guerre en Iran : quel arsenal militaire l'armée iranienne détient-elle ?
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Depuis le 28 février 2026, Donald Trump a engagé les États-Unis dans leur conflit le plus important depuis des décennies. Celui qui promettait d’éviter toute nouvelle guerre affirme avoir agi parce qu’il « sentait » que l’Iran allait frapper. À quelques mois des élections de mi-mandat, Trump peut-il se mettre une partie de son électorat à dos?
Depuis le 28 février 2026, Donald Trump a engagé les États-Unis dans leur conflit le plus important depuis des décennies sur une simple « impression ». Ce ne sont pas ses opposants politiques qui l’affirment, mais la Maison-Blanche elle-même.
Celui qui avait promis pendant sa campagne de ne pas entraîner l’Amérique dans de nouvelles guerres affirme avoir agi parce qu’il avait « l’impression » (the feeling), selon ses mots que l’Iran s’apprêtait à frapper des positions américaines.
À quelques mois des élections de mi-mandat en novembre 2026, l’intervention militaire semble pourtant loin de faire l’unanimité. Selon un sondage publié le 4 mars par la chaîne NBC, 52% des électeurs américains se disent opposés à la guerre en Iran. Donald Trump est-il en train de se mettre une partie de son électorat à dos?
Pour en parler, Le Titre à la Une reçoit Lauric Henneton, maître de conférences à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, spécialiste de la politique et de l’histoire des États-Unis.
Qu’est-ce qui gêne l’opinion publique: est-ce la mort de soldats américains ou les conséquences économiques sur le prix de l’essence et l’inflation?
Ils étaient déjà assez largement contre avant l’intervention, et cela s’est confirmé. Ce n’est pas tant la mort des Américains, même si c’était une perspective prévisible. Il y a toutes ces perspectives négatives sur les prix à la pompe et le fait que cela coûte cher. Il ne faut pas oublier que cela coûte des milliards de dollars.
Une des plaintes formulées à l’encontre de l’interventionnisme américain depuis la période George W. Bush est que cet argent est « brûlé » en dehors des États-Unis alors qu’il pourrait être investi dans le pays. C’est un argument des démocrates pour plus de dépenses sociales. Dans l’histoire de l’Europe, avant la Première Guerre mondiale, on avait exactement le même type de débat entre les dépenses pour les empires et les dépenses sociales. Aux États-Unis, cet argument fait mouche, particulièrement dans un pays où Donald Trump s’était posé comme celui qui voulait mettre fin à cet interventionnisme et aux dépenses inconsidérées.
Donald Trump est le premier président de l’ère des sondages à engager le pays dans un conflit sans l’appui de l’opinion. L’opinion publique ne compte-t-elle plus pour lui?
Pour la deuxième guerre du Golfe, il y avait le 11-septembre et l’effet de consensus derrière le drapeau et le président, ce qu’il n’y a plus actuellement. D’une part, il n’y a pas eu de nouveau 11-septembre, et d’autre part, Trump est particulièrement clivant, ce qui empêche ce type d’unité.
Il part avec une opinion qui est déjà contre lui. De plus, il n’écoute personne et il n’y a plus personne pour lui dire des choses qui pourraient le contrarier. Lors du premier mandat, il y avait des généraux et des diplomates capables de lui dire que ce n’était pas forcément une bonne idée, ou qui ne faisaient pas exactement ce qu’il disait. Cette forme de résistance interne n’existe plus lors du deuxième mandat; il obtient tout ce qu’il veut, pour le meilleur et pour le pire.
Son secrétaire d’État, Marco Rubio, est interventionniste, tandis que le vice-président J.D. Vance y est hostile. Les personnes pouvant faire contrepoids se taisent-elles finalement?
J.D. Vance a un dossier important contre l’interventionnisme, tout comme Trump dont les tweets passés contre l’interventionnisme en Iran resurgissent. Vance disait encore récemment: « nous sommes le ticket de la paix ». Cependant, il lorgne sur le poste de président pour novembre 2028. Il est donc incongru pour lui de se mettre en porte-à-faux pour une question d’idéologie face au poste de président des États-Unis. Il modifie son récit en disant que la guerre c’est la paix.
C’est contraire à son idéologie, mais il a montré qu’il était capable d’en changer, lui qui comparait Trump à Hitler en 2016. La Maison-Blanche vaut bien quelques revirements. Il y a un match entre Vance et Rubio, et Trump les monte l’un contre l’autre en demandant à des conseillers qui il voit pour lui succéder. L’ambiance ne doit pas être très sereine à la Maison-Blanche.
Comment la base MAGA (Make America Great Again), initialement élue sur un programme anti-interventionniste « America First », reçoit-elle cette guerre en Iran?
C’est un phénomène très intéressant. La base MAGA est d’abord fidèle à Trump, l’homme, plus qu’aux idées. Les sondages montrent que s’ils sont MAGA, ils sont pour la guerre parce qu’ils sont d’abord trumpistes. On voit un divorce entre la droite MAGA (le gros des troupes) et les influenceurs comme Tucker Carlson ou Marjorie Taylor Greene, qui sont des anti-interventionnistes de longue date restés fidèles à leurs valeurs.
Cette influence est déterminante pour les élections de demi-mandat en novembre. Cette guerre va-t-elle influer sur les résultats?
La guerre non, car Trump a toujours raison pour l’électorat MAGA. En revanche, les conséquences de la guerre, notamment à la pompe, pourraient avoir un impact. Les sondages montrent que la droite MAGA reste fidèle, mais si le président du pouvoir d’achat ne l’est plus, une partie de l’électorat (hispaniques,etc.) pourrait se sentir trompée. Ils pourraient voter démocrate ou ne pas voter du tout, ce qui manquerait aux candidats républicains. Le Sénat pourrait alors basculer côté démocrate, ce qui était impensable il y a quelques semaines.
Le bilan économique de Donald Trump n’est pas si bon, malgré une inflation qui pourrait remonter?
Quand l’opinion a un mauvais ressenti, les chiffres ne comptent plus. Si Trump, qui se vantait d’être le président de la paix et du pouvoir d’achat, devient celui de la guerre et de l’essence chère, cette perception de « loser » peut se payer cher dans les urnes.
Peut-il inverser la situation, par exemple si le régime iranien tombe et que les prix de l’essence baissent?
C’est le scénario de l’alignement des planètes, mais c’est très peu probable. On est plutôt sur une ligne dure en Iran et non sur un scénario de soulèvement populaire. Trump réécrit toujours le récit à sa main. Il y a une résilience de l’économie américaine et de Trump en particulier. Il ne faut surtout pas sous-estimer l’animal politique qu’est Trump.
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