
« If Iran has put out any mines in the Hormuz Strait, and we have no reports of t
10 mars 2026
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10 mars 2026Iran: sous les bombes et dans les griffes du régime, l’espoir intact d’une démocratie laïque
« La guerre en Iran est quasiment finie », a déclaré Donald Trump hier. Le président américain qui s’est aussi dit mécontent, après la désignation du nouveau guide suprême dimanche Mojtaba Khamenei .Téhéran de son côté prévient : le détroit d’Ormuz restera dangereux tant que la guerre durera, alors que les prix du pétrole ont continué de flamber ce lundi pour frôler les 120 dollars.
Sur place, les Iraniens eux, vivent entre d’un côté les bombardements israéliens et américains et de l’autre la répression.
Camille Marigaux a pu joindre une jeune femme dans la capitale iranienne.
Jaleh a 27 ans, elle vit à Téhéran et décrit les pluies de pétrole, tombées sur la ville après les frappes sur plusieurs dépôts ce week-end.
« Quand nous nous sommes réveillés, tout le monde regardait sa montre et se demandait si c’était le matin ou la nuit. Ma voiture blanche est devenue noire comme du charbon, recouverte de poussière. Le sol, tout est devenu noir »
Quant aux attaques dit-elle, c’est comme ça, mais oui, ‘c’est effrayant, quand ça commence soudain tout votre corps tremble,’raconte Jaleh.
Son quotidien, ce sont aussi les points de contrôle à tous les coins de rue.
« Sur les trajets courts, il y en a trois, voire quatre. Vous les voyez avec des gros fusils. Ils ont le visage couvert et braquent une lampe dans la voiture. Ils nous ont demandé si nous avions un ordinateur portable, nous avons répondu non, et ils nous ont dit de continuer notre route« .
Quand à Mojtaba Khamenei, fils d’Ali Khamenei, élu nouveau guide suprême ce dimanche.
« Les gens sont un peu découragés … pas desespérés, mais ils sont tristes, ils attendent que lui aussi soit tué ».
Même si elle pense que cela n’apportera pas pour autant la paix, elle espère juste que les infrastructures de son pays seront épargnées, pour que l’Iran ne prenne pas encore plus de retard et que, dit-elle, « les iraniens puissent mettre en place une démocratie laïque ».
« Mettre en place une démocratie laïque ». Est-ce encore possible ? Pour en parler, invité du journal de la mi-journée : Tinouche Nazmjou, éditeur et gérant de la librairie Perse en poche à Paris.
» Cette population est imprégnée par cette culture de la poésie, qui fait que c’est aussi pour ça qu’il y a peut être également un élan national à l’intérieur du pays. »
Editeur de la traduction en persan de ‘King Kong Théorie ‘ de Virginie Despentes, éditeur des ‘Cahiers d’avant la chute’, élaboration et installation d’un cycle de rencontres diffusées sur une chaîne Telegram suivie par près de 100 000 personnes, en majorité en Iran.
Première question que lui a posée Thomas Cluzel: comment dans le contexte de guerre actuel, est-ce que vous envisagez ce rôle de participation à la vie politique iranienne, alors même que la population iranienne en est réduite aujourd’hui à choisir au fond à subir les bombardements ainsi qu’à une répression sanglante ?
« Disons que pendant ces ces temps de guerre qui étaient prévus par la population iranienne, c’est à dire on savait que de toute façon on finirait par se par cette situation là, vu qu’il faut savoir que la plupart des citoyens iraniens sont des gens qui n’ont pas d’appétence pour la guerre, pour des combats armés.
On a toujours essayé en fait de s’opposer à ce régime tyrannique par des moyens civils. D’ailleurs, en Inde, en Iran, une société civile qui est très importante, qui est très forte. Et le résultat, ça a été ce mouvement « Femme vie liberté » qui était extraordinaire.
Et donc on savait que de toute façon, vu qu’on était en face de gens qui sont des idéologues ou des jusqu’au-boutistes, il n’y aurait pas d’autre moyen qu’une intervention, qu’une aide étrangère pour pouvoir passer en fait ce cap . Mais ce qui est sûr, c’est que l’expérience me le montre, c’est que les Iraniens sont ce sont des gens justement qui essayent, qui s’entraînent sur la liberté d’expression, sur la démocratie.
Il y a beaucoup de forums qui se créent depuis quatre ans, cinq ans, sur les réseaux sociaux par exemple. Il y a un réseau social qui s’appelle ‘Clubhouse’, où justement les gens peuvent aller dans des dans des chambres comme ça, discuter comme à la radio, faire des débats entre eux. C’est ce qu’on fait également, nous, depuis 2022 effectivement, avec les débats d’avant la chute ou là en live, en direct, les gens viennent et se confrontent, confrontent leurs idées, apprennent à s’écouter, apprennent à trouver des solutions ensemble. Et ça se répand de plus en plus. Donc il faut savoir qu’il y a une société civile à l’intérieur de l’Iran et à l’extérieur de l’Iran. Et ceux qui sont vraiment à l’intérieur sont sont ceux qui ont été le plus opprimés et sont ceux également que vous n’écoutez pas et que vous n’entendez pas en ce moment, parce qu’il y a toujours eu la République islamique qui les a mis en prison, qui les a fait taire. Et dès qu’il y aura en fait un vent de liberté sur l’Iran, ces gens-là vont pouvoir émerger. »
A propos du peuple iranien, on retombe souvent sur un lieu commun qui affirme que la population est beaucoup plus imprégnée d’une culture poétique classique que dans tout autre pays, et que ces figures de la littérature servent peut être plus qu’ailleurs à penser la condition politique des citoyens. Par votre travail, vous qui êtes précisément à l’intersection de ces deux cercles littéraire et politique, est -ce que c’est quelque chose que vous constatez ?
« Oui, effectivement. Quand vous parlez avec un Iranien, peu importe son niveau de culture ou son rang social, il vous répondra toujours en citant les poèmes de Hafez, le Livre des Rois de Ferdowsi . On a effectivement de grands œuvres littéraires qui sont restées dans cette langue persane, qui parlent de la résistance, qui parle de quelle manière il faut combattre pour arriver à la liberté, que ce soit le ‘Cantique des oiseaux ‘de Farîd-ud-Dîn ‘Attâr. Donc effectivement, cette cette population est imprégnée par cette culture et qui fait que c’est aussi pour ça qu’il y a peut être également un élan national à l’intérieur du pays. »
Ces derniers mois, un nom celui de Reza Pahlavi, le fils du dernier Shah d’Iran semble fédérer de plus en plus de soutiens, que ce soit par adhésion sincère ou bien faute d’autre alternative d’ailleurs, parce qu’il représente la seule figure en mesure de donner un visage à l’après République islamique. Comment est ce que vous observez ce ralliement autour de sa personne?
« Ce qu’a demandé Reza Pahlavi, c’est que l’opposition puisse en fait s’allier et l’accompagner sur ce moment intermédiaire qu’il va y avoir, c’est à dire après la chute du régime de la République islamique jusqu’à l’institution d’élections, en fait. Et vu que l’Iran a déjà connu une fois la Révolution pendant la Révolution de 1979, Khomeini qui est venu également avec beaucoup de promesses, il y a beaucoup de gens qui s’interrogent, il y a beaucoup de critiques et moi je trouve ça sain. C’est à dire je trouve qu’il faut absolument tout en pensant qu’il faut effectivement avoir une alliance et qu’il faut se grouper. L’idée de pouvoir critiquer, de pouvoir interroger en fait ce qui va se passer, de demander des comptes, ça montre déjà en fait que le peuple est prêt à une démocratie. »
Tinouche Nazmjou éditeur et gérant de la librairie » Perse en Poche à Paris « ; son documentaire « Iran : témoigner malgré les risques » est toujours visible sur Arte.
« Si les Peshmergas rentrent maintenant en Iran, la République islamique ne fera pas de différence entre les combattant et les civils »
Certaines minortiés attendent beaucoup de l’affaiblissement du régime iranien
C’est le cas des Kurdes iraniens, qui représentent 10% de la population iranienne: ils sont majoritaires dans les régions de l’Ouest du pays, frontalière de la Turquie et de l’Irak.
En Irak, dans la région autonome du Kurdistan, ils disposent de camps d’entraînements, d’armes et de quelques milliers de combattants positionnés dans les montagnes.
Ces bombardements américains et israéliens pourraient être l’occasion qu’ils attendent depuis des années pour lancer une nouvelle offensive contre le régime islamique . Notre envoyé spécial au Kurdistan irakien Timour Öztürk a pu rencontrer le représentant à Erbil du Parti Démocratique du Kurdistan d’Iran.
» On a rendez-vous dans une rue discrète d’Erbil, Le drapeau du Kurdistan flotte au dessus de la maison, il y a des hommes en armes qui gardent l’entrée.
« L’Iran nous a déjà envoyé des missiles, cette menace fait partie de nos vies » lance Amandj Zibahim est membre de la direction du PDKI, l’un des principaux partis kurdes d’Iran . » Notre but est de faire tomber la République islamique. Nous avons un intérêt commun avec les Etats-Unis et Israël : c’est la chute du régime. «
Son organisation demande un Iran démocratique, séculaire et fédéral et et s’appuie sur la lutte armée. Et ses combattants, les peshmergas sont prêts à se battre assure Amandj Zibahim . Mais s’ils n’ont pas encore engagés le combat à la frontière. « Il n’y aucune offensive pour le moment. Nous attendons la bonne occasion. «
Les militants kurdes veulent croire que la fin de leur exil approche, dans leurs locaux d’Erbil, une télévision diffuse en boucle des images de combattants accompagnés de chants à la gloire des Peshmergas.
Timour Öztürk aussi rencontré une famille de Kurdes iraniens exilés en Irak:
Chaho, 52 ans, habite avec sa femme et leur fille à Erbil, C’est un ancien militant du PDKI, originaire de la ville kurde de Mahabad, de l’autre côté de la frontière, où il a été arrêté en 2017 après avoir manifesté pour la cause kurde. « J’ai fait 14 jours de prison « .
Depuis, il est exilé à Erbil, mais juge qu’il est prématuré pour les combattants kurdes de traverser la frontière
« Si les Peshmergas rentrent maintenant en Iran, la République islamique ne fera pas de différence entre les combattant et les civils et il y aura beaucoup de morts « .
Assise à ses côtés, sa fille Tawar, aujourd’hui étudiante rêve de retourner au Kurdistan iranien.
« Mes meilleurs souvenirs sont là-bas. On sent que c’est la fin du régime, qu’on va rentrer chez nous. «
Son père rêve aussi de voir un jour un Iran démocratique dans lequel les droits des Kurdes seraient respectés.
L’Iran a menacé mardi le président américain, en rejetant ses avertissements de la veille et en jurant que plus aucune goutte de pétrole ne sortirait du Moyen-Orient « jusqu’à nouvel ordre ».
« Des plus puissants que vous ont essayé d’éliminer la nation iranienne et n’ont pas réussi. Faites attention à ne pas être éliminé vous-même ! « , a écrit Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, sur X.
La République islamique balaye ainsi les propos la veille de Donald Trump, qui promettait de frapper « plus fort » si Téhéran continuait de paralyser la circulation du pétrole dans la région.

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