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Comme lors de toutes les compétitions officielles, les athlètes de ski alpin et de ski nordique déficients visuels sont associés à des guides, qui sont leurs yeux sur la piste.
Une voix comme repère. « Elle a un sacré challenge à relever entre skier, analyser et me retranscrire ce qu’elle a sous les pieds, ce que je dois voir et ce que je dois faire au bon endroit et au bon moment. Tout en ayant une voix calme, qui ne me transmette pas de stress », résume le skieur Hyacinthe Deleplace, médaillé de bronze en descente aux Jeux paralympiques de Pékin, en 2022, dans la catégorie déficient visuel (NS2). « Elle », ce n’est autre que Perrine Clair, ancienne skieuse de haut niveau et guide du triple champion du monde de paraski alpin depuis mars 2025.
« Nous sommes reliés par un intercom, qui ressemble à une oreillette avec un micro. Je lui donne toutes les indications en direct concernant la piste, les virages, les changements de terrain et de neige, etc. Et éventuellement des petits points techniques que l’on aurait vus en reconnaissance. On vit les choses en instantané », détaille-t-elle. Sur la piste, Perrine Clair doit être entre trois et cinq mètres devant son athlète. « Il ne faut toutefois pas sortir de cette zone, sinon on a un petit décalage qui nous rend moins performant », nuance-t-elle.
Ce rôle, central afin que l’athlète puisse performer en toute sécurité, nécessite une vigilance de tous les instants pour les guides. « Je dois m’adapter à son rythme. Même si globalement, nous sommes synchronisés, il peut arriver qu’il aille un peu plus ou moins vite. Je dois donc être à l’écoute, jeter des coups d’œil afin de sentir ce qu’il se passe derrière. Parfois, c’est même lui qui me renseigne et me dit de foncer ou de l’attendre », approfondit Perrine Clair.
Si les intercoms sont utilisés par les guides des athlètes déficients visuels des catégories NS2 et NS3 [dont la vision est partielle], ceux classés en NS1 [non-voyants] utilisent des haut-parleurs, fixés dans leur dos. « Je parle en continu tout au long de la course afin qu’Anthony ait un point sonore de référence. Je lui indique les virages par ‘droite’, ‘gauche’, si ça tourne sec, moins sec, les montées, les descentes et je lui donne aussi des informations stratégiques comme notre placement ou les points chauds pour doubler », énumère Florian Michelon, guide du fondeur et biathlète déficient visuel [NS1] Anthony Chalençon depuis quatre ans. « Pour les autres catégories [NS2 et NS3], ils ont l’oreillette car ils voient en partie. En revanche, ceux qui ne voient rien ont vraiment besoin de ce point sonore pour se repérer dans l’espace », approfondit Anthony Chalençon, triple médaillé paralympique.
Pour garder le cap, Anthony Chalençon se repère donc avec ses sensations, mais aussi avec celles de son guide et au son délivré par le haut-parleur. « Si Florian tourne un peu à droite, je vais me diriger en direction de ce son-là. Avec une oreillette, je ne peux pas sentir s’il a tourné largement ou légèrement à droite », souligne-t-il. Un atout de plus pour le binôme, alors que l’erreur de guidage, bien que rare, peut arriver. « Si j’annonce par erreur ‘gauche’, alors que l’on doit prendre un virage à droite, avec une oreillette, Anthony tournerait à gauche et irait dans le décor. Avec le haut-parleur, malgré mon erreur d’annonce, il va instinctivement suivre le son qui sort du haut-parleur », assure le guide, Florian Michelon.
Quand le bruit s’intensifie, que ce soit à travers les acclamations du public ou quand les distances entre les concurrents se réduisent, le binôme doit impérativement se rapprocher afin que le guide reste audible. « On peut être vite attiré par le son des autres. Il faut donc rester dans sa bulle », admet le triple médaillé paralympique en ski de fond et biathlon. « Ce sont des moments un peu chauds, où on peut se mettre un peu en danger et risquer la collision. Dans ces moments-là, c’est vraiment à moi d’être vigilant à tout. Le maître-mot du guidage est l’anticipation, de chaque petit mouvement ou situation, afin de bien réagir et communiquer pour qu’Anthony reste dans le bon axe », pointe Florian Michelon.
Au-delà des indications brutes, le ton de la voix, ainsi que les émotions transmises, sont autant d’éléments essentiels au guidage. « Avec la tonalité de sa voix, Florian va me transmettre des informations, par exemple il va l’intensifier quand il faut relancer fort et remettre de l’énergie et au contraire, l’apaiser avant le tir, ce qui me met en condition », éclaire Anthony Chalençon, avant d’ajouter : « Si j’ai un guide stressé, je le ressens immédiatement dans sa voix et cela peut me déstabiliser à ski. » En tant qu’ancien biathlète de haut niveau, Florian Michelon connaît parfaitement les différentes temporalités de la discipline, ce qui lui permet de les retranscrire le plus fidèlement possible.
« Je guide comme si je me préparais à tirer. Quand on arrive sur le pas de tir, on a notre petite routine. On va avoir un code pour faire baisser le rythme cardiaque, avec une respiration plus calme. »
Florian Michelon, guide du biathlète Anthony Chalençonà franceinfo: sport
« Je l’installe alors sur le pas de tir et je récupère ses bâtons. Pendant tout ce temps-là, je vais vraiment me mettre dans un état d’esprit de tir. Je vais respirer comme si je me préparais au tir, plus calmement, plus longuement pour qu’Anthony répète par mimétisme pour se mettre en condition », décrypte le guide.
A écouter les deux binômes qui représentent les couleurs de la France aux Jeux paralympiques, une bonne communication réside encore dans le langage choisi par les deux athlètes. « Nous sommes un peu comme un pilote et un copilote dans les rallyes », s’amuse Anthony Chalençon. Pour une communication rapide et efficace, les paires instaurent généralement leurs propres langages et codes. « Dans celui-ci, on va nommer les différentes parties de la piste lors de la reconnaissance, comme la bosse 1, la bosse 2 », souligne encore Anthony Chalençon, qui apprend par cœur la piste avec ce codage.
« On a créé notre dialecte, avec nos petits mots, sourit Perrine Clair. Et puis sur certaines choses, Hyacinthe va parfois me regarder avec un petit sourire et me dire ‘on s’est compris’ sans vraiment se parler, juste à l’instinct. » Ces automatismes sont le résultat d’heures d’entraînement passées côte à côte sur les skis mais aussi en dehors, autant de moments qui renforcent la confiance de l’un en l’autre. « Se côtoyer en dehors des entraînements est essentiel, car cela renforce notre lien de confiance et participe au fait qu’on soit tous les deux autant investis dans le projet », assure Hyacinthe Deleplace. Associés depuis un an seulement mais déjà complices, Hyacinthe Deleplace et Perrine Clair visent le podium en super-G. La récompense ultime pour ce « sacré challenge ».

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