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11 mars 2026Avec la guerre en Iran l’inflation alimentaire est quasi inévitable, mais sera-t-elle aussi forte qu’en 2022?
En plus du pétrole, les engrais et plusieurs matières premières agricoles ont déjà augmenté à cause du conflit au Moyen-Orient. Cela va se répercuter sur les prix des produits alimentaires en rayons, plus ou moins fortement en fonction de la durée de la guerre.
2026 était partie pour être une année de prix stables. Le 18 février dernier, le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau affirmait que l’inflation sur l’année allait être « à un peu plus de 1% ».
Quelques jours plus tard la grande distribution alimentait ce scénario en promettant à la fin des négociations commerciales le 1er mars que la hausse des prix alimentaires serait limitée à 1%. Et même que les prix de certains produits de la vie quotidienne comme les pâtes, la farine ou le sucre baisseraient. Mais en quelques jours tous ces espoirs ont été au mieux mis à mal. Au pire anéantis.
Le 28 février dernier, Israël et les États-Unis organisent plusieurs frappes sur l’Iran et déclenchent un conflit dans tout le Moyen-Orient. La suite on la connaît: représailles de la République islamique, fermeture du détroit d’Ormuz, raffineries du Golfe Persique bombardées… Et explosion du prix du pétrole. Le prix du baril de Brent a atteint les 115 dollars ce lundi 9 mars, alors qu’il valait en moyenne 70 dollars avant tout ça.
En France, la répercussion a été immédiate: on ne parle plus que de ça depuis quelques jours, les prix de l’essence et surtout du diesel sont montés en flèche. Mais est-ce que ceux des produits alimentaires pourraient aussi subir une telle hausse?
12% d’inflation alimentaire comme en 2022?
La question peut se poser, tant la situation actuelle rappelle celle de 2022, quand la Russie avait attaqué l’Ukraine. À l’époque, cela avait provoqué une augmentation tout aussi forte du prix du pétrole, mais également du gaz (dont la Russie est un important producteur) et de l’électricité.
Mais ce dont les consommateurs se souviennent le mieux, c’est sûrement de l’inflation alimentaire que ce conflit avait provoqué. Elle était arrivée avec quelques mois de décalage, mais fut particulièrement importante. D’après l’Insee, en décembre 2022, les prix des produits alimentaires étaient 12% supérieurs à leur niveau de l’année précédente.
Les tensions au Moyen-Orient réveillent donc ce souvenir particulièrement douloureux pour les ménages français. Mais pourrait-il se reproduire dans les mêmes proportions avec les tensions au Moyen-Orient?
Impossible de répondre à la question de manière certaine à l’heure actuelle. Tout dépendra de si le conflit s’étend dans la durée ou non. Mais même si la situation de 2026 est différente à plusieurs égards de celle de 2022, le secteur agroalimentaire est bel et bien affecté.
L’augmentation du prix des engrais: un risque majeur
Sylvain Zaffaroni, expert de l’agroalimentaire, souligne que dès lors qu’il y a une crise énergétique, le secteur en est en plein centre. « Dès lors que le pétrole et les énergies augmentent, toutes ses chaînes de valeur sont touchées », remarque-t-il.
L’augmentation du prix du pétrole affecte les coûts de transport des marchandises. Mais aussi ceux des emballages puisque la plupart sont faits de plastique, fabriqué à partir de pétrole.
Les coûts de l’électricité et du gaz sont aussi déterminants puisqu’il est souvent nécessaire de chauffer ou refroidir pour tous types de productions. Les bâtiments d’élevages doivent être chauffés, les serres également. Lors de leur stockage les denrées doivent également être conservés à une certaine température…
Mais la hausse du prix du gaz a une autre conséquence à laquelle on pense moins spontanément alors qu’elle a un impact encore plus important. Elle tire vers le haut les prix des engrais, qui sont essentiels aux producteurs. Le gaz naturel représente par exemple 80% du coût de production des engrais azotés.
De fait, puisque le Golfe Persique est un important producteur de gaz (l’Iran, le Qatar et l’Arabie Saoudite notamment), la région produit également des engrais. Plus d’un quart de la production mondiale en provient. Le blocage du détroit d’Ormuz empêche donc tous ces engrais d’aller dans le monde entier. Cela tire encore plus les prix de ces intrants vers le haut et cela pourrait très bientôt se répercuter sur les prix agricoles.
Blé, colza… des hausses sur certaines matières premières
On aurait pu se rassurer sur un point. Contrairement à 2022 où la Russie et l’Ukraine, alors respectivement 1er et 5e exportateurs de blé, avaient complètement interrompu ces productions, là il n’y a pas de rupture d’approvisionnement d’une matière première agricole. Mais d’après Sylvain Zaffaroni, la hausse du prix des engrais pourrait avoir un impact similaire.
« Les causes sont différentes, mais les conséquences pourraient être aussi graves si le blocage du détroit d’Ormuz dure trop longtemps », affirme-t-il à RMC Conso.
De fait, des tensions s’observe déjà sur les marchés de matières premières. Thierry Pouch, chef économiste aux Chambres d’agriculture, dit observer plusieurs « soubresauts » sur le cours de certaines denrées.
La tonne de blé par exemple coûtait encore autour de 185 dollars le mois dernier. Elle a dépassé les 200 dollars ce lundi 9 mars. Même constat pour le colza, passé de 480 à 519 euros la tonne en quelques jours.
Une répercussion plus tardive
Des augmentations moins fortes que celle du pétrole et qui ne se répercutent pas aussi vite certes, mais qui sont tout de même à prendre en considération.
« C’est si le conflit continue que les courbes risquent de grimper sérieusement. Si cela arrive, on commencera à sentir les répercussions sur les prix des produits du quotidien », explique l’économiste des matières premières.
Les répercussions arriveront donc si le conflit perdure, et avec un certain décalage. C’est exactement ce qui s’était produit après le déclenchement de la guerre en Ukraine. Les hausses sur les produits alimentaires n’avaient commencé qu’au printemps-été 2022. Et ce n’est qu’à partir de l’automne qu’elle s’est vraiment accélérée, et que l’on a commencé à parler d’inflation à deux chiffres.
Thierry Pouch explique cela en rappelant que l’alimentation passe par une longue chaîne avant d’arriver en rayons. Et à la fois les agriculteurs et les industriels sont capables d’absorber temporairement les hausses.
Les agriculteurs par exemple, avaient déjà acheté des engrais pour leur campagne de cette année. Ils ne sont pas directement menacés par la hausse, ils ont du stock. Mais c’est pour leur campagne de l’année prochaine que des questions se posent.
Un simple effet yo-yo si le conflit ne dure pas
Pour eux, il est délicat de savoir s’il vaut mieux acheter leurs engrais pour l’année prochaine maintenant, ou attendre que la situation se calme. « Mais attendre, ce serait prendre le risque qu’au contraire cela ne se calme pas. Et donc payer cet engrais à un prix encore plus fort que celui actuel », remarque l’économiste des chambres d’agriculture.
Dans le premier scénario, celui d’un retour à la normale rapide, la hausse temporaire aura pu être absorbée. Un simple effet yo-yo qui ne se répercutera même pas forcément sur le consommateur.
En revanche si c’est ce deuxième scénario qui se produit, alors ces agriculteurs n’auront pas le choix: ils devront augmenter les prix de leur production actuelle, par anticipation de la suivante qui coûtera plus cher.
Et cela se répercutera sur toute la chaîne. Les industriels qui achètent cette production devront renégocier les contrats qu’ils ont passés avec les distributeurs, pour que leurs produits soient vendus plus chers.
Oui, il pourra donc bien y avoir des hausses de prix malgré le fait que les négociations commerciales se soient conclues le 1er mars dernier. « Celles-ci n’entérinent pas les prix pour les 12 prochains mois. Il peut y avoir des renégociations en cours d’année« , remarque Sylvain Zaffaroni, l’expert du secteur agroalimentaire.
Si inflation il y a, elle sera moins forte qu’en 2022
Il se montre tout de même rassurant sur un point. Si inflation alimentaire il y a, car le conflit aura perduré, elle ne devrait tout de même pas atteindre les pics de 2022-2023. Notamment car l’électricité ne subit pas une hausse aussi importante qu’à l’époque. Les centrales nucléaires fonctionnent bien en France, il ne devrait donc pas y avoir de telle tension sur cette énergie.
Mais selon lui, les producteurs et industriels sont aussi plus résilients qu’ils ne l’étaient il y a quatre ans.
« Après la crise de 2022, tous ont cherché à diversifier leurs approvisionnements et à faire plus d’économies d’énergie. Les agriculteurs essayent aussi de faire davantage d’agriculture raisonnée avec moins d’intrants, ce qui les rend moins vulnérables lors de ce type de crise », affirme Sylvain Zaffaroni.
En résumé pour qu’il y ait une inflation généralisée, il faudrait que le conflit continue pendant plusieurs semaines ou mois. Et non seulement elle ne commencerait à arriver en rayons qu’à partir de mai-juin, mais en plus elle serait plus mesurée que celle de 2022.

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