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11 mars 2026« C’est d’autant plus inadmissible qu’on a des réserves de pétrole » : infirmières, routiers… Ces professionnels asphyxiés par le prix du carburant
Conséquence directe du blocage du détroit d’Ormuz orchestré par l’Iran, le gazole a franchi en moyenne, en début de semaine, les 2 euros par litre. Quelques stations, dans chaque département, sont même à court de certains carburants. Une situation qui exaspère les automobilistes. Illustration dans l’Oise.
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Sur la rocade de Beauvais, le diesel est à 2,11 euros le litre. Un quinquagénaire qui attend pour se servir, enrage dans sa camionnette blanche. « C’est d’autant plus inadmissible, dit-il, qu’on a des réserves de pétrole. Que le prix augmente tout de suite, dès le premier jour d’une invasion, je trouve ça inadmissible ».
Cet automobiliste parcourt une petite centaine de kilomètres par jour avec son véhicule de fonction : « Ça me dégoûte. Dans le cas présent, c’est ma société qui paie, mais cette situation a un coût sur tout le reste. » Le patron de la station-service, lui, est visiblement à cran et ne veut pas témoigner. Ce n’est pas le premier.
À Ferrières, une commune à 40 km de Beauvais, une station-service indépendante est installée au milieu des éoliennes et des champs. Le diesel est affiché à 2 euros le litre. « Les cuves sont enterrées. Nous avons trois cuves », explique la propriétaire Catherine Mazand, qui déclare que le niveau de gazole est à zéro.
« On a tout vidé ! »
Catherine Mazand, propriétaire de station-serviceà franceinfo
Elle raconte que le ton monte avec ses clients ces derniers jours. « Nos clients partent en vrille. Ils nous appellent pour avoir un prix qu’on n’a pas forcément avec l’évolution rapide de la situation, explique-t-elle. On les a mis sur liste d’attente avant de les rappeler lorsque nous avions un prix à leur proposer en leur posant la question : « À ce prix-là, vous prenez ou pas ? Depuis le début de semaine, la réponse : c’est ‘on prend pas. »
« Il est encore trop tôt pour attendre une baisse des prix du carburant », déclare néanmoins, mardi 10 mars, la secrétaire générale de l’Union française des industries pétrolières (Ufip). Blandine Ruty joue la prudence, parlant d’un pilotage au jour le jour en fonction de l’évolution de la guerre au Moyen-Orient. Pour beaucoup d’automobilistes, la situation reste incompréhensible alors que la France, comme d’autres pays, possède d’importantes réserves de carburant qui doivent lui permettre d’éviter une pénurie pendant trois mois. Le recours à ces stocks stratégiques est « une option envisagée » par le gouvernement, qui pour l’instant se contente de lancer une série de « contrôles » des distributeurs pour traquer les abus sur les prix.
Ici, dans l’Oise, 17 stations sont à court d’au moins un carburant, dont trois à Beauvais. Alexandrine, infirmière, témoigne dans une boulangerie près d’un garage automobile, où elle a dû porter sa voiture accidentée après avoir subi un refus de priorité. « Il faut que je dépose ma voiture au garage sur mes jours de repos », déplore-t-elle. Cette infirmière à domicile réfléchit à tout, pour consommer le moins possible : « Parfois je monte jusqu’à 150 km dans ma journée, avec 70 visites par jour, parce qu’il y a des patients que je vais voir trois fois dans une seule journée.
Je dépose ma voiture et je vais voir, les autres patients à pied. Je ne peux plus me permettre, comme avant, d’aider un patient à faire ses courses.
Alexandrine, infirmière à domicileà franceinfo
Alexandrine fait les comptes tous les mois avec son mari. Le carburant arrive en premier dans leurs postes de dépenses. « Je dépense entre 200 et 250 euros d’essence par mois, souligne cette infirmière. Mon conjoint, qui est artisan à son compte avec un camion diesel, en est à facilement 500 euros par mois, avec l’augmentation du carburant. »
Le problème est d’autant plus grave à l’échelle d’une société, comme celle de Jawed, patron d’une entreprise de taxi. « Quand je roule, c’est un plein presque tous les jours, dit-il. Ses trois véhicules transportent des malades de l’hôpital d’Amiens jusqu’à Beauvais. « Il faut qu’on travaille plus, il faut optimiser les trajets. On essaie de faire le moins possible de retours à vide, les gens attendent plus longtemps. On n’a pas le choix », regrette Jawed.
Même le PDG d’un grand groupe de transports de marchandises, qui préfère rester anonyme, explique qu’il va arrêter de livrer à l’international, le temps que la situation se calme.
Concernant les transports en commun, l’agglomération du Beauvaisis pourrait subir cette situation, mais parmi ses 32 véhicules, plus aucun bus n’est à 100% thermique. Elle propose au contraire une solution à ses habitants : un service de covoiturage, très sollicité quand les prix flambent. « Au moment de la crise en Ukraine, le nombre d’adhérents et de covoitureurs a été multiplié par trois », raconte Pierre Tachon, le directeur des mobilités.
Aujourd’hui, on a un habitant du territoire sur trois qui est inscrit sur l’application.
Pierre Tachon, directeur des mobilités du Beauvaisisà franceinfo
Les passagers ne paient rien et les conducteurs sont dédommagés à la course par l’agglomération, entre 60 et 70 euros par mois. « On a en moyenne à peu près 3 000 habitants qui, tous les mois, covoiturent activement, poursuit Pierre Tachon. On suppose que le contexte actuel fera que les inscriptions vont encore augmenter. »
Pour la plupart des travailleurs qui font ces trajets, cela compense, à quelques euros près, la hausse récente du carburant.

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