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ALEXANDER KAZAKOV / AFP
Vladimir Poutine et Xi Jinping, ici avant un défilé militaire marquant le 80e anniversaire de la victoire sur le Japon et la fin de la Seconde Guerre mondiale, place Tiananmen à Pékin en Chine, le 3 septembre 2025.
Alors que la guerre au Moyen-Orient est entrée dans son 12e jour ce mercredi 11 mars, il est intéressant de se tourner vers deux grandes puissances mondiales qui restent en dehors du conflit, chacune pour des raisons bien différentes : la Russie et la Chine.
Isolée sur la scène internationale en raison de son programme nucléaire et de son soutien à des groupes comme le Hezbollah, le Hamas et les Houthis, la Russie fait partie des rares pays encore alliés avec l’Iran. Malgré de premiers signes d’une participation indirecte à cette guerre selon des médias américains, via des informations de géolocalisation sur des infrastructures stratégiques fournies à l’Iran, Moscou n’est pas impliqué militairement.
À l’écart, la Russie semble avoir tout intérêt à ce que la guerre perdure, puisqu’elle tirerait bénéficier d’une hausse prolongée des prix des hydrocarbures. Ceux-ci ont en effet explosé depuis que les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran le 28 février. Lundi 9 mars, le prix du baril de pétrole a ainsi dépassé les 100 dollars pour la première fois depuis que Moscou a lancé son offensive contre l’Ukraine en 2022.
Le prix du pétrole de l’Oural, indice de référence pour le brut russe, a lui augmenté d’environ 60 % pour atteindre 90 dollars le baril, soit la promesse de revenus budgétaires bien plus importants que prévu pour la Russie, exportateur majeur de pétrole et de gaz. Chaque hausse de 11 dollars par baril au-dessus du niveau retenu par la Russie dans son budget, soit 59 dollars, pourrait générer 28 milliards de dollars supplémentaires d’ici la fin de l’année, selon le journal pro-Kremlin Izvestia.
La quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole, bénéficie forcément aux approvisionnements russes. Les importations indiennes de pétrole russe s’élèvent ainsi à environ 1,2 million de barils par jour, selon Sumit Ritolia, de la société d’analyse Kpler, bien au-dessus des 800 000 à 850 000 barils évalués avant le début de la guerre.
La guerre en Ukraine mise de côté
Par ailleurs, la guerre au Moyen-Orient a détourné l’attention de la communauté internationale de la guerre russe en Ukraine et contraint les alliés de Kiev à réorienter leurs ressources militaires. Les sessions de pourparlers en vue de la résolution du conflit ne sont elles plus à l’ordre du jour, au grand dam de Volodymyr Zelensky.
Une guerre longue en Iran pourrait aussi porter un coup aux défenses antiaériennes ukrainiennes, dépendantes des livraisons de missiles occidentaux, et qui pourraient venir à manquer.
Résultat, « jusqu’à présent, il n’y a qu’un seul gagnant dans cette guerre : la Russie », a déploré mardi Antonio Costa, président du Conseil européen devant les ambassadeurs de l’UE réunis à Bruxelles. Avec la hausse des prix des hydrocarbures, elle « obtient de nouvelles ressources pour financer sa guerre contre l’Ukraine », a-t-il averti. Moscou profite également de la forte demande de matériel militaire au Moyen-Orient, qui aurait « autrement pu être envoyé en Ukraine ».
Pour la Chine, à l’opposé, la situation est moins favorable. Premier importateur mondial de pétrole brut, elle demeure fortement dépendante du Moyen-Orient, qui reste un pilier de son approvisionnement énergétique. Ces dernières années, Pékin achetait environ 50 à 55 % de son pétrole aux pays du Moyen-Orient, dont 15 % en Iran. Pour Téhéran, cela représente 90 % de ses exportations totales de pétrole selon Reuters, à des prix souvent réduits permettant à Pékin d’atténuer les risques liés aux sanctions et fluctuations des marchés mondiaux.
Le modèle économique chinois reste donc fortement dépendant de la production industrielle et des exportations, ce qui signifie que la hausse des coûts énergétiques comporte des risques politiques concrets, comme le note le média The New Arab dans un papier d’analyse.
Un sommet Chine-États-Unis fin mars
Malgré tout, selon les experts, l’heure n’est pas encore à tirer la sonnette d’alarme puisque la Chine possède des réserves stratégiques de pétrole estimées à trois mois.
Pour éviter tout enlisement, Pékin multiplie les appels à la raison et à la fin du conflit. « La Chine appelle toutes les parties à cesser immédiatement les opérations militaires, à empêcher toute nouvelle escalade des tensions et à éviter de causer davantage de dommages aux populations des pays de la région », a demandé en début de semaine l’émissaire chinois pour le Moyen-Orient Zhai Jun.
Dimanche, c’était le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi qui déclarait que la guerre au Moyen-Orient « n’aurait jamais dû avoir lieu », refusant un retour à la « loi de la jungle ». « Recourir systématiquement à la force ne prouve rien de sa propre puissance », avait-il ajouté dans une référence claire aux États-Unis.
Pékin n’a toutefois aucun intérêt à faire ouvertement front contre le rival économique américain ou prendre position dans le conflit. « La Chine est, de manière générale, très peu impliquée dans les conflits internationaux. Pour l’Iran, Gaza, la guerre en Ukraine… Elle est très vocale, manifeste fermement ses positions à travers des communiqués de presse et des conférences de presse du ministère des Affaires étrangères, mais agit peu », rappelle Marc Julienne, directeur Centre Asie de l’Ifri, auprès de TF1 Info.
Surtout, le timing diplomatique est crucial pour Pékin : le 31 mars, un sommet important de trois jours avec les États-Unis doit s’ouvrir en Chine, réunissant Donald Trump et Xi Jinping. Pas vraiment le moment de froisser la relation, même si l’échéance à trois semaines paraît ici plutôt longue au vu des nombreuses évolutions quotidiennes de cette guerre au Moyen-Orient.

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