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11 mars 2026La gauche américaine peut-elle renouer avec le rêve américain ? Avec l’éditorialiste star du New York Times Ezra Klein
Salué par Barack Obama lors de sa publication aux États-Unis en 2025, Abondance est un essai politique co-écrit par Ezra Klein et Derek Thompson. Sa thèse est à la fois simple et dérangeante : si Donald Trump est au pouvoir, c’est en partie parce que la gauche américaine a oublié comment gouverner concrètement. Trop de normes, trop de procédures… et plus assez de logements, d’infrastructures, d’énergie propre. Comment réapprendre à bâtir, et proposer une politique dont l’horizon n’est pas la restriction, mais l’abondance ? Et surtout, une question qui hante la gauche des deux côtés de l’Atlantique : comment reconquérir ceux qu’on a perdus ?
A l’occasion de la parution de la traduction française de l’ouvrage, Guillaume Erner a posé ces questions à Ezra Klein, éditorialiste star du New York Times, animateur d’un podcast suivi par des millions d’Américains, et l’une des plumes les plus influentes des États-Unis.
La crise américaine du logement et la nécessité de renouer avec l’abondance
Pour Ezra Klein, les Américains subissent des pénuries choisies : « On manque de logements alors que ce n’est pas comme si on manquait de connaissances sur la façon de construire ! Mais on a voté des lois qui rendent très difficile la construction de logements. En Californie, les habitants d’une résidence peuvent facilement empêcher la construction d’une autre dans leur voisinage. Mais il s’agit d’un choix politique : on peut choisir de faire différemment et obtenir ce qu’on veut, c’est-à-dire plus de logements. »
L’éditorialiste compare la situation américaine à la situation chinoise : « Les dirigeants chinois aujourd’hui ont une formation d’ingénieur, alors qu’aux Etats-Unis, la plupart des Démocrates ont des formations juridiques, d’avocat. Les Chinois ont une façon facile de résoudre les problèmes, dans la mesure où l’Etat ne respecte pas les droits humains. Aux États-Unis en revanche, où on prend les droits individuels très au sérieux, où l’on donne aux gens la possibilité d’être entendus, il devient très difficile de résoudre les problèmes. Donc, il faudrait que les Etats-Unis aillent vers un gouvernement central un peu plus fort et la Chine vers les droits de l’homme. »
Une population moins polarisée qu’il n’y paraît
Selon Ezra Klein, les Américains ne sont pas aussi divisés et politisés qu’il n’y paraît : « Je ne vois pas l’Amérique comme étant en guerre civile, comme ça a été vrai à d’autres époques de notre histoire. Il y a des radicaux, mais la plupart des Américains veulent un bon boulot, un bon salaire, une bonne école pour leurs enfants, une bonne assurance santé, un logement qu’ils puissent se permettre. Pour la plupart des gens, la politique c’est nébuleux, contradictoire. Ce sont les élites politiques qui sont si éloignées qu’elles ne peuvent plus être réconciliées. »
Au sujet de l’espoir que Zohran Mamdani pourrait représenter pour la gauche américaine, Ezra Klein rappelle que, si le maire de New York est « un homme politique de beaucoup de talent », les élections furent « très serrées ». Pour lui, « si Zohran Mamdani avait fait campagne dans un autre endroit des États-Unis, celle-ci aurait été complètement différente ». Il reconnaît cependant « qu’il y a beaucoup de leçons à tirer de ce qu’il a fait, notamment d’être très concentré sur les questions clés », mais aussi « une communication moderne », un art d’être « vraiment connecté avec les gens qu’il gouverne ».
Une guerre irréfléchie et impopulaire
Interrogé sur sa position vis-à-vis de l’offensive américaine en Iran, Ezra Klein affirme : « Le gouvernement américain est entré dans cette guerre sans objectif clair, sans fournir aucun effort pour que le Congrès, sans parler des Nations unies, prenne part à une planification claire. Après le lancement de cette guerre, Donald Trump a dit que les Iraniens devraient se soulever, puis qu’il voulait nommer un autre leader pour gouverner l’Iran, mais que les bombardements avaient tué tous les gens auxquels il pensait, puis qu’il allait peut-être armer les Kurdes, puis qu’il voulait des négociations, puis qu’il voulait une reddition sans condition. Moi, je suis contre la guerre en Iran en toutes circonstances, mais particulièrement ici, alors qu’on a si peu réfléchi aux implications pour nous et pour le peuple iranien. »
Il conclut : « Les démocrates sont en bonne position pour prendre la Chambre des représentants, et même le Sénat, ce n’est pas impossible. Je pense que Donald Trump prend beaucoup de décisions qui montent les Américains contre lui. L’invasion de l’Iran est impopulaire, ce qui est quelque chose de très rare pour une guerre dans ce pays. Trump ne fait rien pour convaincre les Américains. Si les démocrates ne font pas de bêtises, ils pourront remporter les élections de mi-mandat. S’ils se montrent disciplinés, ils pourraient même remporter une grande victoire, ce qui leur donnerait le pouvoir de changer les choses qui ne vont pas dans ce pays. »

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