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11 mars 2026L’Allemagne de l’Est, l’antifascisme, et la guerre froide : épisode du podcast Antifascisme, une histoire
Les années de l’immédiate après-guerre voient le partage du territoire allemand en différentes zones d’occupation. En 1949, le pays est scindé en deux républiques, la République fédérale d’Allemagne (RFA), à l’ouest, et la République démocratique allemande (RDA), à l’est. La RDA est placée dans l’orbite de la Russie soviétique et rejoint le bloc de l’Est. À ce titre, elle se considère comme structurellement antifasciste, puisque l’URSS fait partie des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale qui ont écrasé la « bête immonde », et en particulier le nazisme.
Une épuration est menée en RDA, comme en RFA, avec des mesures de dénazification et un travail de mémoire, qui sont souvent présentés comme plus radicaux à l’Est qu’à l’Ouest. La RDA accuse rapidement la RFA d’être un repaire de nazis, qui contribue à protéger des criminels de guerre et des génocidaires. S’il est vrai que la dénazification ouest-allemande n’est pas irréprochable, celle de l’Allemagne de l’Est ne l’est pas davantage. D’anciens membres du parti nazi font partie du Parti socialiste unifié d’Allemagne, le SED est-allemand issu de la fusion du Parti communiste allemand, le KPD, et du Parti socialiste allemand, le SPD.
Pourtant, la propagande est-allemande insiste sur la pureté idéologique du pays, qui serait débarrassé de toute influence et de tout héritage fasciste. La mémoire des communistes assassinés par les nazis, comme Ernst Thälmann (1886-1944), mort en déportation, est revisitée pour servir de fondation idéologique et martyrologique à la RDA. Les communistes seraient ainsi les résistants par excellence, et les premières victimes du fascisme. Il s’agit là d’une vision partielle de la Seconde Guerre mondiale, qui ne met pas en avant la pluralité des victimes du nazisme, au premier rang desquelles se trouvent les Juifs et les Juives d’Europe. Ce récit permet néanmoins de fédérer la population est-allemande autour d’une idéologie puissante. D’autres socialistes et communistes allemands sont érigés en martyrs, comme Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg, assassinés le 15 janvier 1919.
Dans le contexte de la guerre froide, le récit qui voudrait que la RDA se soit débarrassée de toute forme de fascisme se double bientôt de l’idée selon laquelle les fascistes sont concentrés à l’Ouest, en RFA, et plus généralement dans le bloc occidental. Dans les années 1960, la rhétorique antifasciste de la RDA prend un nouveau tour avec l’érection du mur de Berlin, en 1961. Qualifié de « rempart antifasciste » par le régime est-allemand, le mur met en scène la nécessité d’une séparation protectrice avec l’Allemagne de l’Ouest supposément fasciste. En 1965, la RDA diffuse le « Livre gris » (Graubuch), qui fait la liste de 1 800 nazis ou criminels de guerre qui occupent des fonctions importantes en RFA ou qui touchent des pensions. Le mythe d’une RDA antifasciste par essence se poursuit tout au long de la guerre froide.
Pour en savoir plus
Nicolas Offenstadt est professeur en histoire contemporaine à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre de l’Institut d’histoire moderne et contemporaine (IHMC).
Ses publications :
- Histoire globale de la RDA, Tallandier, 2026.
- Urbex RDA : l’Allemagne de l’Est racontée par ses lieux abandonnés, Albin Michel, 2019.
- Le Pays disparu. Sur les traces de la RDA, Stock, 2018.

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