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CARINE SCHMITT / Hans Lucas via AFP
Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire sont accusés de ne pas avoir suffisamment agi contre les violences sexuelles dans le périscolaire.
Un scandale qui n’en finit pas. À Paris, le périscolaire est une fois de plus secoué par des accusations de violences physiques et sexuelles. France Inter a révélé ce mardi 10 mars qu’un animateur d’une école maternelle du XVe arrondissement est visé par trois plaintes pour viol sur mineur. Ce qui révolte les parents, c’est que cet homme avait déjà été mis en cause dans le passé pour des faits violences et avait été changé d’établissement pour des « cris sur des enfants » fin 2025. Il n’a jamais été sanctionné. La mairie de Paris, qui a décidé de le changer d’établissement en le maintenant au contact d’enfants, explique aujourd’hui qu’elle l’avait « recadré » et qu’aucune accusation de viol n’avait été faite.
La Ville lui a notamment demandé de modifier « sa posture professionnelle » et de se conformer aux « attendus du poste ». Et assure que son encadrement a été « renforcé ». Non seulement cela n’a pas été suffisant pour éviter la récidive, mais ces paroles apparaissent en plus bien légères face au drame que constitue le viol d’enfants de trois, quatre ou cinq ans. Ces faits viennent s’ajouter à ceux égrainés depuis des mois dans les médias. En 2025, trente animateurs ont été suspendus pour des faits de violences physiques et sexuelles sur mineurs.
À quelques jours du premier tour, ces nouvelles révélations viennent forcément percuter la campagne des municipales. Et compliquent la tâche du candidat PS Emmanuel Grégoire, renvoyé au bilan d’Anne Hidalgo dont il a été le premier adjoint de 2018 à 2024. « Omerta », « déni » et « abandon » des familles sont les mots qui reviennent le plus. S’il a assuré, ce mercredi 11 mars, qu’il allait rencontrer les parents concernés par l’affaire (après avoir déjà reçu « ceux qui le souhaitaient »), Emmanuel Grégoire cherche à tout prix à installer l’idée d’une responsabilité collective. « La responsabilité politique est de s’assurer de mettre nos enfants en protection en toutes circonstances. C’est la responsabilité des politiques dans leur ensemble », a-t-il exprimé au micro d’Ici Paris Île-de-France.
Lors de la campagne, il s’est évertué à vouloir faire de Paris « le lieu de l’épanouissement et de la protection de tous les enfants ». « La protection des enfants est au sommet de la hiérarchie de nos priorités municipales », a-t-il martelé. Le socialiste reconnaît toutefois des « failles à combler » et jure qu’il n’a jamais été « informé » des signalements lorsqu’il était en responsabilité.
Chikirou dénonce « une omerta inacceptable »
Mardi soir, la première à réagir a été la candidate de La France insoumise Sophia Chikirou. Celle qui réclame la création à l’Assemblée nationale d’une commission d’enquête sur les violences en milieu périscolaire s’est engagée à créer « un véritable service public d’éducation communale » si elle est élue maire de Paris. « L’omerta sur les agressions sexuelles dans le périscolaire parisien est inacceptable. Les parents n’ont pas été accompagnés et on leur a demandé d’arrêter de répandre des rumeurs. Tout le système était organisé pour mener à la catastrophe », a-t-elle dénoncé lors d’une réunion publique dans le XVIIe arrondissement de la capitale.
La députée, qui veut porter à 10 000 le nombre d’animateurs dans le périscolaire d’ici la fin de la mandature, avait fait polémique fin janvier avec un visuel sur lequel apparaissaient les visages d’Emmanuel Grégoire et d’Anne Hidalgo, sur fond noir, barrés d’un message percutant : « Leur bilan 2025 ? 1 enfant mort noyé, 52 signalements pour violences sexuelles ».
Aussitôt, Marine Tondelier avait estimé que « les violences envers les enfants sont un sujet bien trop grave » pour être « instrumentalisées » avec « une com’ qui emprunte les codes de l’extrême droite ». Sophia Chikirou avait profité de la séquence pour pointer du doigt le PS, responsable selon elle d’un « recrutement médiocre » et d’une « quasi-absence de formation » des animateurs.
Anne Hidalgo reconnaît « des erreurs »
À droite, Rachida Dati dénonce une « omerta totale » de la mairie de Paris sur le sujet et cible personnellement Emmanuel Grégoire, rappelant qu’il était chargé des ressources humaines à l’époque des faits. Selon l’ex-ministre de la Culture, à la peine dans les sondages, « la mairie de Paris n’a pas bougé d’un millimètre » et « les parents ne sont pas reçus, pas suivis, pas accompagnés ». « Je ne suis nullement concerné, contrairement à elle », rétorque ce mercredi le candidat PS, qui pointe en retour la responsabilité de Rachida Dati, maire du VIIe arrondissement. « C’est grave de sa part », insiste-t-il, l’accusant de sombrer dans la confusion pour faire oublier « ses propres affaires à elle ».
Surtout, c’est le bilan d’Anne Hidalgo qui est sérieusement entaché par ce dossier. Ces dernières semaines, la maire sortante a pour la première fois reconnu « des erreurs ». « Je reconnais qu’il y a des efforts à faire, c’est ce que nous faisons », exprimait-elle au micro de France Inter mi-février, refusant néanmoins de « battre sa coulpe ». « S’excuser n’est pas ce qu’elle préfère faire dans la vie. Si elle le fait, c’est qu’elle est sincère et qu’elle a compris que l’heure est grave », confiait alors un élu de Paris proche d’elle au HuffPost. « Ce qui m’importe, c’est de faire en sorte que ça ne se reproduise pas », promettait Hidalgo, promettant que « toutes les responsabilités de la ville » seraient « examinées et si elles sont avérées, sanctionnées ».
Celle qui a dirigé la capitale pendant douze ans, et qui s’apprête à tirer sa révérence, avait aussi salué « la libération de la parole des enfants ». Peut-être Emmanuel Grégoire y a-t-il vu un clin d’œil, lui qui a révélé au cours de la campagne avoir été victime de violences sexuelles lorsqu’il était en CM1 : « Je lève le silence parce que me sont remontées ces dernières semaines des faits insoutenables dans des écoles à Paris et ailleurs qui m’ont renvoyé à ma propre histoire. »

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