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Tous les jours, l’Ukraine est pilonnée par des attaques de drones russes. Et c’est ce modèle d’engins que l’Iran lance sur des pays du Golfe et Israël pour riposter aux bombardements israéliens et américains le visant depuis le 28 février. Drones-intercepteurs, systèmes de brouillage… Volodymyr Zelensky propose un échange.
L’Ukraine à la rescousse? Face au risque de tomber dans l’oubli de l’attention internationale, Kiev a une carte à jouer dans la guerre qui fait rage au Moyen-Orient: son expertise militaire, notamment en matière de lutte contre les attaques de drones. Des experts ukrainiens sont attendus cette semaine au Qatar, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite, et se sont déjà rendus en Jordanie quelques jours plus tôt.
Depuis le début du conflit, le samedi 28 février, l’Iran déploie ses drones pour riposter aux bombardements israéliens et américains, ciblant l’État hébreu mais également plusieurs États du Golfe. Ces pays sont contraints d’utiliser des missiles très coûteux pour neutraliser les engins iraniens, qui sont, eux, à l’inverse, bien moins chers à produire.
Si ces attaques de drones sont en grande majorité interceptées, quelques-uns parviennent toutefois à toucher terre. Des bases militaires américaines ont ainsi subi des dégâts, tout comme un navire de l’armée américaine ou des quartiers résidentiels de Tel-Aviv, Dubaï ou Manama. Ces drones ont même frappé une installation britannique à Chypre. Le mardi 3 mars, le secrétaire à la défense des États-Unis Pete Hegseth et le chef d’état-major des armées Dan Caine admettaient que les drones iraniens constituaient un problème « plus important que prévu ».
C’est dans ce contexte qu’intervient l’Ukraine. Le président Volodymyr Zelensky a indiqué ce lundi que onze pays, dont les États-Unis et des États européens, avaient demandé de l’aide pour lutter contre les attaques de drones iraniens au Moyen-Orient. Un sujet que les Ukrainiens connaissent bien.
Des drones iraniens utilisés par la Russie
Depuis le début de l’invasion russe sur son territoire, l’Ukraine est quotidiennement visée par des drones kamikazes russes. Ces engins destructeurs portent originellement le nom de Shahed-136 et sont une création iranienne. Reconnaissables par leur forme triangulaire, ces drones peuvent parcourir plus de 2.000km avant de toucher leur cible. La version améliorée, le Shahed-136B, est même capable de dépasser les 4.000km.
L’avantage de ce drone est surtout son coût de fabrication, qui permet de l’utiliser en vagues massives. En Ukraine, les forces armées russes lancent parfois plusieurs centaines de Gueran-2 (le nom utilisé par les Russes pour leurs drones de type Shahed) en une seule nuit pour saturer la défense aérienne du pays.
Conséquence, ils mettent en grande difficulté les systèmes de défense de type Patriot, THAAD, Arrow-3 ou Iron Dome. Justement ceux qu’utilisent majoritairement les pays du Golfe.
« Tous les experts américains (…) savent que, lorsqu’il s’agit de contrer de vastes attaques de Shahed, seule l’expérience ukrainienne peut vraiment aider à le faire aujourd’hui », a déclaré Volodymyr Zelensky ce mardi.
Développement de « drones-intercepteurs »
Pour le président ukrainien, « l’intérêt clair » concernant l’expérience de l’Ukraine atrait notamment aux drones-intercepteurs. Développés par des entreprises ukrainiennes de défense ces dernières années, ces appareils sont conçus pour percuter et neutraliser les appareils longue portée, type drones iraniens.
Comme ces drones kamikazes, ils sont à usage unique mais ont l’avantage d’être peu onéreux: de 700 à 12.000 dollars. Mais même les modèles les plus chers représentent une fraction du prix d’un missile tiré par les batteries antiaériennes Patriot, dont le coût est estimé à plus d’un million de dollars.
L’année dernière, le président ukrainien Volodymyr Zelensky en avait fait la promotion en publiant des images filmées depuis des intercepteurs au moment où ils s’écrasaient sur des drones russes. Il en a ordonné la production jusqu’à un millier par jour.
Mardi dernier, le commandant en chef des armées ukrainiennes, Oleksandre Syrsky, a affirmé que ces drones-intercepteurs avaient permis d’abattre plus de 70% des drones russes ayant approché Kiev et ses banlieues durant le mois de février.
Un « ensemble de connaissances et de compétences »
Outre les intercepteurs, l’Ukraine a acquis un « ensemble de connaissances et de compétences » qu’elle pourrait partager avec ses alliés, a déclaré à l’AFP Igor Fedirko, président du Conseil ukrainien de l’industrie de la défense.
« Personne au monde ne possède l’expertise et l’expérience que nous avons. Nous utilisons des systèmes combinés, des détecteurs acoustiques et des capteurs. Nous utilisons des systèmes d’alerte précoce, différents types de radars », a-t-il énuméré.
En effet, l’Ukraine déploie divers appareils électroniques destinés à brouiller les systèmes de navigation utilisés par les drones de type Shahed pour verrouiller leurs cibles et s’en approcher. Ces moyens de guerre électronique peuvent contraindre les drones russes à modifier leur trajectoire au-dessus de l’Ukraine et à retourner vers la Russie.
80% des drones russes interceptés
Si le pays est devenu un véritable laboratoire technologique, l’armée ukrainienne a également recours à des moyens antiaériens plus traditionnels pour se défendre des attaques de drones russes, à l’instar des mitrailleuses lourdes déployées sur des trépieds ou à l’arrière de camionnettes.
Les troupes ukrainiennes utilisent également des missiles sol-air tenus à l’épaule et tirés par des fantassins. Des armes initialement prévues pour abattre des appareils volant à basse altitude, comme les hélicoptères. Ces armes portables sont utilisées de manière combinée avec des radars et des systèmes permettant de repérer et tracer les cibles.
Avions de chasse moderne F-16, de fabrication américaine, ou hélicoptères comme les Mi-24 et Mi-8, ou encore de vieux avions d’entraînement et de voltige Yak-52 d’origine soviétique font partie de l’arsenal aérien utilisé par l’Ukraine pour abattre les drones.
Selon l’armée de l’air ukrainienne, ses troupes interceptent ou abattent plus de 80% des drones russes longue portée entrant sur son territoire.
Drones contre missiles
En échange de cette expérience, l’Ukraine propose une sorte d’accord avec les pays du Golfe. D’abord, Volodymyr Zelensky a rappelé que l’Ukraine déterminerait à quelles demandes supplémentaires elle pouvait répondre sans réduire ses propres capacités de défense.
Ensuite, il a appelé les pays alliés des États-Unis dans le Golfe à livrer à Kiev des missiles de défense antiaérienne, dont l’Ukraine a cruellement besoin pour faire face aux frappes de la Russie. « J’ai dit en toute franchise que nous manquions de ce dont ils disposent », a reconnu le président ukrainien lors d’un entretien accordé à la RAI italienne. En somme: les Américains et leurs alliés du Moyen-Orient possèdent des missiles de défense antiaérienne dont manque cruellement l’Ukraine.
« L’Ukraine est prête à répondre positivement aux demandes de ceux qui nous aident à protéger les vies d’Ukrainiens et l’indépendance de l’Ukraine », a souligné Volodymyr Zelensky.
Auprès du Monde, le président de la commission des affaires étrangères du Parlement ukrainien, Oleksandr Merejko, a également estimé que cette proposition de fournir une expertise ukrainienne sur les drones vise à prouver aux États-Unis que « l’Ukraine peut être un véritable partenaire ».
D’autant plus que les négociations de paix, sous médiation des États-Unis semblent au point mort. Le précédent cycle de discussions, mi-février, n’avait pas offert de percée diplomatique pour mettre fin au conflit. Selon Volodymyr Zelensky, les États-Unis ont proposé de nouvelles négociations entre l’Ukraine et la Russie la semaine prochaine.

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