
Guerre au Moyen-Orient: le Brésil tente de contenir la hausse des prix des carburants
12 mars 2026
Municipales 2026 à Claira : Marc Petit présente ses colistiers
12 mars 2026
Dubaï, devenue un pôle économique majeur grâce à sa diversification dans le tourisme, la finance et les transports, subit aujourd’hui les répercussions du conflit entre l’Iran et les forces américaines et israéliennes. Plusieurs explosions ont frappé des sites emblématiques comme l’hôtel du Burj Al Arab et l’aéroport international. L’âge d’or de Dubaï est-il en train de s’achever?
Ces dernières années, la ville de Dubaï est devenue l’un des grands pôles économiques mondiaux. L’émirat a misé sur une stratégie de diversification dans les transports, la finance ou le tourisme afin de réduire sa dépendance aux hydrocarbures. Mais depuis le début de la guerre entre l’Iran et les forces américaines et israéliennes, plusieurs villes du Moyen-Orient, dont Dubaï, ont été visées par une série d’explosions.
Les images du Burj Al Arab, cet hôtel emblématique de 320 mètres en forme de voile, touché par des tirs, ont fait le tour du monde. Un incendie s’est également déclaré sur l’île artificielle The Palm, où un hôtel de luxe a été touché, faisant quatre blessés le 28 février 2026. L’aéroport international de Dubaï, l’un des plus fréquentés au monde, ainsi que le port de Jebel Ali ont aussi été frappés. Ces deux infrastructures concentrent à elles seules près de 60% des revenus de l’émirat.
Alors, ces attaques marquent-elles la fin de l’âge d’or de Dubaï comme ville mondiale du luxe et du tourisme? Roman Stadnicki, géographe, spécialiste de la péninsule arabique et auteur de l’ouvrage Au-delà de Dubaï, projeter et produire la ville moderne dans le monde arabe, paru en 2026, est l’invité du Titre à la Une.
Quel est l’impact de ces images de guerre sur Dubaï et sur les Émirats en général?
L’impact a été très fort, car vous touchez ici à des symboles de la ville, voire du pays tout entier, qui figurent sur la plupart des produits dérivés de la communication officielle de la ville-État. Le symbole est très fort, même si ces attaques ont fait peu de dégâts. Cependant, il ne faut pas en rester là: à ces attaques ont succédé d’autres frappes sur des aspects moins symboliques, mais tout aussi fondamentaux pour l’existence de Dubaï en tant que port et hub mondial. Ces attaques ont touché les infrastructures énergétiques, portuaires, aéroportuaires et économiques. Ce qui a commencé par des symboles se poursuit par des frappes qui touchent aux fondements mêmes de la cité.
Est-ce un rappel que Dubaï se situe dans le Golfe, accueille des bases militaires et est entourée de pays hostiles? Est-ce une réalité que les Émirats avaient tenté de masquer?
Pas exactement de la masquer, mais ce n’est pas sur cet aspect que portait l’essentiel de sa communication. Ces attaques ramènent la ville à un environnement géographique qu’elle essayait de voiler. On sait que la relation avec l’Iran est étroite, que le poids de la diaspora iranienne est important et que l’argent iranien transite par Dubaï. Pourtant, la réputation de Dubaï s’est construite sur l’image d’une « ville-monde » capable de s’extraire de son environnement régional. Désormais, sa condition géographique et ses relations étroites avec les pays du golfe arabo-persique s’affichent de nouveau fortement.
Vous mentionnez des dégâts sur les infrastructures énergétiques et les aéroports. Pensez-vous que le pays mettra du temps à s’en remettre ou cela reste-t-il superficiel?
C’est une ville et un pays qui disposent de très fortes capacités financières et d’une grande résilience face aux crises. Ce n’est pas la première épreuve, même si celle-ci est inédite par son ampleur militaire. Lors de la crise financière de 2008, Dubaï s’était retrouvée dans une situation très compliquée avant qu’Abou Dhabi ne vienne en renfort; la ville s’en était alors remise très vite. L’État dispose de la puissance financière pour se relever. Toutefois, pour le tourisme, devenu un pilier de l’économie, et pour l’activité logistique liée aux ports et aéroports touchés, cela prendra forcément du temps. Il va aussi falloir redorer l’image du pays.
Concernant l’aspect matériel, le gouvernement a voulu maîtriser la diffusion des images des dégâts en interdisant de filmer ou de partager des clichés sur les réseaux sociaux, sous peine d’amende et de prison. Cette maîtrise de l’image de « petit paradis » est-elle capitale pour le gouvernement?
Elle l’est, mais cet aspect se retourne aujourd’hui contre la ville. Dubaï a attiré de nombreux « travailleurs nomades » et influenceurs pour qu’ils projettent une image favorable, le « Dubaï Dream ». Aujourd’hui, ce sont ces mêmes téléphones qui captent et diffusent un sentiment de panique et d’inquiétude. Le régime, que l’on peut qualifier d’autoritaire, prend le contrôle pour sanctionner, mais aussi pour déployer une communication officielle massive affirmant que tout est sous contrôle.
Il faut aussi évoquer la majorité démographique de la ville: les salariés issus du sous-continent indien qui occupent les postes de l’économie urbaine ordinaire. Ces personnes dépendent de leurs salaires pour la survie de familles entières en Inde ou au Népal. Ils seront les premiers à subir la crise si les secteurs comme le tourisme tournent au ralenti, et pourraient être contraints de retourner dans leur pays d’origine. Il est important de différencier les populations dans cette ville très cosmopolite.
N’y a-t-il pas un paradoxe à vouloir conserver cette image d’Eldorado attractif pour les Occidentaux en utilisant les méthodes d’un régime autoritaire?
C’est effectivement contradictoire. La ville offre beaucoup de libertés pour l’implantation d’entreprises ou les loisirs à l’occidentale, mais les résidents savent que la limite est de ternir l’image de l’émirat ou de créer de l’inquiétude. Le gouvernement cherche à rappeler que l’image de la ville-État lui appartient et qu’il contrôle les flux ainsi que les discours.
Cette reprise en main suffit-elle à protéger la réputation de Dubaï, ou l’image de la cité-État est-elle durablement écornée après les attaques?
Même si elle est écornée pour les Occidentaux, elle conservera sa place dans le système-monde. Ce système fonctionne aussi largement sur les relations entre le Moyen-Orient et l’Asie. Les travailleurs migrants d’Asie et d’Afrique constituent plus de la moitié des expatriés, ce qui témoigne des liens économiques puissants que les Émirats ont construits avec le reste du monde, au-delà de l’Occident.
Cette immigration régionale a-t-elle toujours un sens si les capitaux occidentaux cessent d’affluer?
Dubaï s’est construite en accueillant tous les capitaux, y compris iraniens ou russes, qui ne trouvent plus place ailleurs. De plus, les Émirats disposent de fonds souverains parmi les plus puissants au monde et ont énormément investi à l’étranger, de Londres à New York en passant par l’Afrique. Le pays peut compter sur ses ressources propres pour tenir.
On note aussi que le voisin saoudien jalouse cette attractivité et tente de prendre cette place dans la région?
C’est une bonne lecture. Avec le projet Neom de Mohammed Ben Salman, l’Arabie saoudite a cherché à concurrencer Dubaï, notamment sur le terrain touristique. Cependant, avec la fluctuation des cours du baril, l’Arabie saoudite a réduit certains investissements prévus dans ses villes nouvelles pour les rediriger vers l’intelligence artificielle. Ce qu’elle subit également, comme les attaques sur ses raffineries, ne l’encouragera peut-être pas à maintenir les investissements lourds nécessaires à sa « touristification ». C’est actuellement une inconnue.
Le Titre à la Une, votre podcast quotidien sur l’actualité
Vous voulez aller au-delà des gros titres? Chaque jour, Zacharie Legros explique l’actualité avec un(e) invité(e) d’exception pour vous donner les clés de compréhension des grands événements qui font la Une. Un podcast clair et accessible pour prendre du recul sur l’info. Un nouvel épisode chaque soir est disponible sur le site et l’application BFM et sur toutes les plateformes d’écoute: Apple Podcasts, Amazon Music, Deezer ou Spotify.

9999999
