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Préparation des cercueils d’enfants tués lors d’une frappe sur une école primaire à Minab en vue de leurs funérailles, en Iran, le 3 mars 2026, quatre jours après le bombardement. AMIRHOSSEIN KHORGOOEI/ISNA/AFP
La bavure de trop ? Tandis que Donald Trump ne cesse de répéter que les Etats-Unis « ont gagné » la guerre en Iran – un message martelé cinq fois en 13 secondes, mercredi 11 mars, lors d’un meeting dans le Kentucky –, une vive polémique émerge dans les cercles conservateurs outre-Atlantique, en particulier après les informations sur le bombardement américain d’une école élémentaire.
Petit retour en arrière. Au premier jour des frappes israélo-américaines, le 28 février, une école de filles de Minab, dans la province d’Hormozgan (sud du pays), proche du détroit d’Ormuz, a été détruite par un missile. Les autorités iraniennes ont affirmé que plus de 150 personnes, dont de nombreux enfants, ont été tuées. Plus tard, d’autres sources ont évoqué près de 200 morts.
Immédiatement pointés du doigt, les Etats-Unis ont assuré ouvrir une enquête, Donald Trump affirmant : « Sur la base de ce que j’ai vu, cela a été fait par l’Iran. » Sauf que le « New York Times » a d’abord authentifié une vidéo montrant un missile de croisière Tomahawk américain frappant une base navale à proximité de l’école. L’Agence France-Presse a établi que le bâtiment scolaire était en effet situé près de deux sites contrôlés par les gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique : une clinique (à 238 mètres) et un complexe culturel (à 286 mètres).
Le « New York Times » a enfoncé le clou mercredi 11 mars : le journal, citant des sources proches de l’enquête du Pentagone, a rapporté que l’école a bien été détruite par un missile tiré par l’armée américaine. Selon les conclusions préliminaires révélées par le quotidien, la frappe résulterait « d’une erreur de ciblage de l’armée, qui menait des frappes contre une base iranienne adjacente dont le bâtiment scolaire faisait autrefois partie. Les officiers du commandement central américain ont créé les coordonnées de la cible pour la frappe en utilisant des données obsolètes fournies par l’agence du renseignement [du département] de la Défense ».
Sic. Interrogé à la Maison-Blanche, le président américain a botté en touche, affirmant ne « pas être au courant ». De quoi laisser sceptiques chez ses plus fervents soutiens, mais surtout faire apparaître une facture au sein du camp « MAGA » (pour « Make America Great Again », le slogan de Trump).
« Cela va profondément bouleverser la donne »
« Cela va provoquer la colère du monde entier contre Israël et les Etats-Unis, a déploré Alex Jones, podcasteur d’extrême droite pro-Trump et adepte des théories du complot. C’était censé être l’Amérique avant tout [référence au slogan de campagne de Trump “America First”, NDLR]. Nous ne devrions plus nous permettre de tels agissements. » Et l’ancien fervent supporter du président américain de déclarer :
« Trump a fait campagne en promettant de ne pas changer de régime. On ne peut pas nous dire “plus de changement de régime”, alors qu’on a vu la CIA le faire à maintes reprises, en plaçant délibérément des personnes encore pires au pouvoir, puis faire volte-face et prétendre que c’est une excellente chose. »
Dans un autre registre, Tucker Carlson, fidèle partisan de Donald Trump et ancien animateur star de Fox News, s’est tôt ému du bombardement de cette école : « Nous devons croire que c’était accidentel […] même si elle a été frappée deux fois, à 40 minutes d’intervalle. […] En tant qu’Américain, nous devons croire qu’il s’agit d’une tragique erreur. Mais il faut vérifier cela parce que si vous vivez dans le genre de pays qui pense qu’il est juste de tuer pas simplement des officiers militaires mais aussi leurs filles, alors ce pays ne mérite pas que l’on se batte pour lui… » Précédemment, auprès d’ABC News, il a qualifié les attaques contre l’Iran d’« absolument répugnantes et maléfiques », y voyant un coup dur au mouvement MAGA : « Cela va profondément bouleverser la donne. »
Même Laura Ingraham, journaliste star intervenant notamment sur Fox News et fidèle supportrice de Donald Trump, a appelé « l’administration à conclure son enquête », jugeant la destruction de l’école de « terrible tragédie involontaire ». Plus virulente, Megyn Kelly, ancienne présentatrice de Fox News et partisane de Trump, a vilipendé le sénateur républicain Lindsey Graham et la star de FoxNews Sean Hannity, deux très proches du président qui militent pour la guerre en Iran : « Franchement, Sean Hannity, c’est Lindsey Graham sous un autre nom. Je trouve ça sidérant de les voir applaudir ça. On a sept soldats américains morts, on a une école de filles, 175 jeunes filles sont mortes en Iran, et il y a une grave controverse. »
Ann Coulter, polémiste conservatrice et ancienne trumpiste, a déploré cette attaque contre l’école durant une guerre qui « ne rend pas un seul Américain plus en sécurité ».
« Nous avons voté pour l’Amérique d’abord et pour zéro guerre ! »
« Je pense que les gens commencent à comprendre que MAGA n’était qu’un mensonge », avait tranché dès le 29 janvier, un mois avant le début des frappes sur l’Iran, Marjorie Taylor Greene, ancienne élue républicaine au Congrès, tendance extrême droite et complotiste, qui a pris ses distances avec Trump. « Les gens pensent toujours : “Oh, c’est son équipe”… Ils veulent blâmer tout le monde autour de lui. Il arrivera peut-être un moment où les gens devront se rendre à l’évidence : c’est Donald Trump. »
Sur X, le 28 février, jour du déclenchement du conflit, elle a fustigé : « L’administration Trump a vraiment demandé dans un sondage combien de victimes les électeurs étaient prêts à accepter dans une guerre contre l’Iran ? Et pourquoi pas zéro, bande de putains de sales menteurs ? Nous avons voté pour l’Amérique d’abord et pour zéro guerre ! »
Reste que Donald Trump a aussi bénéficié de soutiens dans le Parti républicain. « L’Iran subit les graves conséquences de ses actes maléfiques, a estimé Mike Johnson, président de la Chambre des Représentants, dans un communiqué soutenant la guerre. Le président Trump et son administration ont tout mis en œuvre pour trouver des solutions pacifiques et diplomatiques face aux ambitions nucléaires persistantes du régime iranien, au terrorisme et aux meurtres d’Américains – et même de ses propres citoyens. » Le sénateur Chuck Grassley a aussi vanté sur X : « Le président Trump a donné à l’Iran de nombreuses opportunités de négociation. » Et Randy Fine, élu à la Chambre des Représentants, de clamer sur le même réseau : « Nous sommes avec vous, monsieur le président. »
Néanmoins, dans une interview à « Vanity Fair », Curt Mills, directeur de « The American Conservative », magazine pro-Trump, a laissé apparaître sa frustration : « L’administration sert les intérêts des riches et mène des guerres pour des pays étrangers. Elle alimente sans scrupule le discours anti-oligarchie des démocrates. » Et d’analyser : « C’est extrêmement démotivant. Regardez les sondages depuis le début de la guerre. C’est à ce moment-là que le vent a tourné. Le discours médiatique en 2024 qui a fait l’élection était bâti par les podcasteurs influents. [Sauf que] ces mêmes influenceurs détestent [cette guerre]. Si vous pensez que Trump a bâti une immense coalition qui gouvernera pendant des siècles, alors regardez combien les indépendants le détestent encore plus que les démocrates. Le véritable impact, c’est que personne n’ira voter en 2026 [pour les élections de mi-mandat]. Les républicains peuvent légitimement perdre le Sénat, ce qui constitue une faute politique grave. [Donald Trump] pourrait être destitué. »

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