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12 mars 2026Le 28 février 2026, les frappes américano-israéliennes tuaient l’ayatollah Khamenei, Guide suprême de la République islamique depuis 37 ans. Dans les rues de Téhéran, des milliers d’Iraniens célébraient. Mais que signifie réellement cet effondrement — et pour qui ? La République islamique est née en 1979 d’une révolution qui n’avait rien d’inévitable. Elle a été construite, patiemment, sur une idéologie mêlant le chiisme politique à des emprunts assumés à l’islamisme sunnite des Frères musulmans et à la contre-révolution européenne. Elle a éliminé ses alliés de circonstance — communistes, libéraux, féministes — et étendu son influence à travers un réseau de proxys régionaux. Aujourd’hui, cet édifice s’effondre. Mais la question n’est pas seulement militaire : c’est celle de l’avenir de l’islam politique, en Iran et dans tout le monde musulman.
Islamisme et anti-modernité
Stéphanie Roza décrit le régime ambivalent qui s’installe en Iran au début du XXᵉ siècle :« Il n’y a ni égalité politique, ni droits politiques, […] mais en même temps, le code civil reste en vigueur pour tout ce qui est des droits civils. De plus, Reza Shah, le premier de la dynastie Pahlavi, mène une modernisation, notamment sur le terrain économique et technologique, […] à marche forcée et cherche à limiter le pouvoir du clergé. […] C’est donc une modernité contradictoire, une modernité autoritaire. C’est cet autoritarisme qui va cristalliser des oppositions et qui va donner du grain à moudre au clergé qui, lui, ne rêve que de renverser toute la dimension progressiste apportée par la monarchie des Pahlavi. »
Elle insiste sur l’idée que c’est leur caractère antimoderne avant tout qui rapproche l’islamisme et le fascisme :« L’islamisme n’est pas forcément l’enfant du fascisme au sens où il est d’abord l’enfant de la modernité. C’est-à-dire que c’est l’arrivée de la modernité dans le monde musulman qui provoque cette réaction antimoderne qu’est l’islamisme. Ce qu’on a voulu dire, c’est qu’au fond l’islamisme est de la même famille politique que le fascisme au sens où le fascisme est également une réaction à la démocratie, à l’égalité hommes-femmes, aux droits des minorités. C’est une […] une réponse à ce qui se passe depuis 1789. »
Fascisme européen et islamisme
Stéphanie Roza poursuit son analyse des deux idéologies :« Hassan al-Banna, le fondateur des Frères musulmans, s’inspire fortement du fascisme européen pour ce qui est de la structure organisationnelle des Frères musulmans : le culte du chef, les organisations de jeunesse, et toute une manière moderne de militer, qui ne se limite pas au prêche mais intervient dans les syndicats, les milieux professionnels et l’organisation de la société. […] Un élément central du discours des Frères musulmans, c’est l’antisémitisme, et cet antisémitisme est à la fois le dérivé de l’antijudaïsme traditionnel qu’on a dans l’islam comme dans le christianisme, et un héritage de l’antisémitisme européen. L’antisémitisme est antimoderne au sens où les Juifs sont rendus responsables de tous les malheurs de la modernité. »
Amirpasha Tavakkoli et Stéphanie Roza abordent l’épisode de Mossadegh et le coup d’État de 1953 : « Ce qui se passe à la suite de l’échec de Mossadegh, c’est que toute une partie des intellectuels iraniens désespèrent de la modernité occidentale, c’est-à-dire que désormais, il n’est plus possible à leurs yeux de moderniser l’Iran par la voie d’une démocratie parlementaire à l’occidentale, etc. Ils vont donc opérer un mouvement qu’ils appellent de « retour à soi », qui est en fait un retour à l’identité religieuse de l’Iran, l’idée que l’authenticité et l’autonomie sont de ce côté-là. »
Un pouvoir iranien désorganisé
Pour Laurence Louër, les frappes menées par l’Iran sur ses voisins du Golfe, et notamment sur Oman, un allié historique, constituent un basculement majeur et témoignent d’une « désorganisation », d’une « décentralisation » du pouvoir iranien. Selon elle, le message vidéo de Masoud Pezeshkian, le président iranien, dans lequel il s’excuse auprès des monarchies du Golfe, est la preuve « d’une part, que le leadership institutionnel iranien de ces dernières années a constamment essayé de maintenir le dialogue avec les monarchies du Golfe et d’avoir leur soutien », et d’autre part que le président ne décide de rien sur le terrain.
Laurence Louër conclut : « Le drame de la République islamique, c’est de ne pas avoir réussi à imposer son idéologie en dehors des communautés chiites et des mouvements islamistes chiites. […] Cela a toujours été un discours très panislamique, c’est-à-dire s’adressant à l’ensemble des musulmans, mais dont le succès a été cantonné aux chiites, qui sont minoritaires. À cet égard, l’alliance qui a été maintenue pendant longtemps avec les mouvements palestiniens, notamment le Hamas, est une exception à cet enfermement dans le ‘ghetto chiite’ [O. Roy], donc ce qui va arriver à la République islamique ne marque pas la fin de l’islam politique, loin de là. »

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