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13 mars 2026
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13 mars 2026Culture de résistance aux origines afro-indigènes, le carimbó palpite toujours en Amazonie brésilienne. Sans cesse enrichi d’influences diverses, il se renouvelle aujourd’hui dans les centres urbains au rythme de son histoire faite de danse, de consonance et de résistance. Reportage.
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« O lêlê o lálá / Misturei carimbó siriá / Carimbó sirimbó é gostoso / É gostoso em Belém do Pará. » (« O lêlê o lálá / J’ai mélangé le carimbó et le siriá / Le carimbó sirimbó est délicieux / Il est délicieux à Belém de l’état du Pará. ») Impossible de sillonner les rues de cette ville-porte d’entrée de l’Amazonie brésilienne sans entendre partout le refrain de « Sinhá Pureza », titre popularisé dans les années 1970 par l’artiste Pinduca – lui-même surnommé « Roi du Carimbó ».
Mais au juste, qu’est-ce que le carimbó ? À la fois danse et genre musical, cette tradition multiple et mouvante a émergé au XVIIe siècle dans la région du Pará, au nord du Brésil ; le fruit d’un métissage complexe entre cultures indigènes d’Amazonie, africaines héritées de l’esclavage et portugaises importées par les colons.
« C’est une musique, un rythme, une danse et la culture d’un peuple » comme le disait sur scène l’artiste Lia Sophia en 2014 alors que le carimbó était officiellement reconnu « Patrimoine culturel immatériel du Brésil » par l’IPHAN (Institut du patrimoine historique et artistique national du Brésil).
Un rythme à l’histoire plurielle
Le mot carimbó dérive du mot « kurimbó » : en langue tupi, « un bois qui produit du son ». Il désigne aussi l’instrument principal, générateur de la cadence ; ce grand tambour façonné à partir d’un tronc d’arbre dont on joue, soit avec les mains, soit à l’aide de baguettes. Le plus couramment, il est utilisé par paire : un tambour battant le timbre aigu (le « repique »), l’autre les basses (le « marcador »). Au rythme des percussions, hommes arborant de grands chapeaux de paille et femme vêtues de jupes colorées dansent sur des pas qui entremêlent traditions tupinambas et africaines.
Le carimbó serait apparu dans la microrégion de Salgado, au confluent de l’océan Atlantique et des fleuves amazoniens, puis se serait diffusé dans la capitale de Belém et sur l’île voisine de Marajó – où on le joue encore couramment aujourd’hui.
Pourtant, il revient de loin : considéré comme « un trouble à l’ordre public », le carimbó sera officiellement interdit à Belém au début du boom du caoutchouc, en 1880. Dès lors, il se diffusera de façon clandestine dans les milieux ruraux plus éloignés.
Il faut attendre le tournant des années 1960, avec notamment la personnalité de Pinduca (88 ans aujourd’hui), pour voir le rythme retrouver sa visibilité. En puisant dans les traditions musicales caribéennes associées aux guitares électriques, le genre retrouve alors son public. Il inspire à son tour d’autres rythmes, comme la lambada dont il serait l’un des ancêtres – ou encore le tecnobrega.
À côté de cette version « modernisée » se maintient une version dite « raíz » (« racines ») – dont Mestre Verequete (1916-2009) est la figure emblématique –, qui défend la rythmique traditionnelle sans apport électronique.
Ces deux tendances coexistent aujourd’hui dans un genre qui a su garder son identité à travers le temps, tout en absorbant les influences culturelles alentour. Des figures éminentes comme Fafá de Belém ou Dona Onete continuent de populariser la tradition du carimbó, mais aussi une nouvelle génération d’artistes.
Des reconfigurations contemporaines
Février dernier. On est à Icoaraci, l’un des huit districts de la ville de Belém, à une vingtaine de kilomètres au nord du centre historique. Le centre culturel Coisas de Negro (« Choses de Noirs »), également baptisé « Temple du carimbó » incarne depuis une trentaine d’années les identités afro-indigènes – masques africains en bois suspendus au mur, artisanat indigène exposé çà et là. Pour l’heure, le maître des lieux, Mestre Ray Mundo, est aux fourneaux. Le groupe Toró Açú, lui, se prépare à monter sur scène.
Tandis que le public, jeunes trentenaires, familles au complet, arrive au compte-gouttes, Belina, la vocaliste du groupe, installée à une table avec sa fille, explique : « C’est un point de rencontre entre carimbó de la campagne et carimbó urbain. Mestre Nego Ray est très actif pour développer ces jonctions. » Avant de dérouler l’histoire du groupe Toró Açú : créé en 2016 dans le quilombo (communauté isolée, formée par les descendants d’esclaves fugitifs en quête d’un espace de liberté) d’Abacatal, dans la municipalité d’Ananindeua, à quelques encablures de la ville de Belém, le groupe souhaitait faire vivre la résistance de sa communauté. D’où un premier album intitulé Mandinga do Meu Avô (« Malice de mon grand-père ») sorti en 2025.
Déjà le concert démarre dans une atmosphère conviviale et animée : à la composition classique du carimbó avec maracas et tambours, s’ajoutent flûte et guitares classique et électrique pour un répertoire, où la base traditionnelle fusionne avec le rock européen, le samba-reggae et l’axé originaires de l’état de Bahia plus à l’Est. Pieds nus, le public transgénérationnel réuni danse. Pendant que sur l’écran suspendu au plafond surgit cette phrase : « Le fleuve Tapajós n’est pas à vendre. » Un conflit politico-environnemental au cœur de l’actualité brésilienne et qui résonne avec l’identité culturelle du carimbó.
Tandis que la première partie s’achève, le producteur Yuri Moreno (également percussionniste du groupe suivant, Batucada Misteriosa) précise : « On s’est produit à de nombreuses reprises ici à Belém, au festival Psica, mais aussi à São Paulo, à Fortaleza… […] L’idée est de continuer à entretenir la tradition, honorer le passé tout en actualisant le répertoire et en le diffusant pour se projeter dans l’avenir. »
Un avenir proche occupé dans le calendrier culturel par les importantes fêtes de la Saint-Jean. Le carimbó est bel et bien délicieux, à Belém… mais surtout pas uniquement !
Source : www.rfi.fr

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