
Les Etats-Unis lèvent une partie de sanctions contre le pétrole russe, une décision “très préoccupante” selon l’UE
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13 mars 2026« La guerre décisive, c’est la Russie contre l’Ukraine », selon Nicolas Tenzer, spécialiste des questions internationales
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est arrivé à Paris, vendredi 13 mars 2026, pour des entretiens avec son homologue Emmanuel Macron sur les moyens d’accentuer la pression sur la Russie, à un moment où l’Ukraine craint que la guerre au Moyen-Orient éclipse le conflit en cours depuis quatre ans sur son sol. Lors de la conférence de presse commune des deux chefs d’État, c’était bien l’Iran et les conséquences sur la France qui ont mobilisé l’attention.
Cette conférence de presse ne pouvait commencer autrement que par cet hommage du président Macron au soldat français tué la nuit dernière en Irak : « Au nom de la nation, je veux m’incliner aujourd’hui avec respect devant la mémoire de l’adjudant-chef Arnaud Frion du 7e bataillon des chasseurs alpins de Varces. Il est mort pour la France cette nuit, lors d’une attaque lancée à proximité d’Erbil. Je veux aussi adresser tout mon soutien à nos militaires blessés. »
Le président français a également demandé qu’une enquête approfondie sur cette attaque soit effectuée au plus vite. Les résultats devraient être connus dans les prochaines heures. Emmanuel Macron a, par ailleurs, précisé que la mort de ce soldat français ne changeait en rien la doctrine militaire française en place actuellement au Moyen-Orient. « Notre position doit rester défensive, a insisté le chef de l’État. Nous ne sommes pas engagés en guerre contre qui que ce soit ». Il a souligné aussi que notre pays doit garder son sang-froid dans ce conflit en Iran.
Autre message important : Paris doit rester fiable vis-à-vis de ses alliés dans la région. Il faut comprendre que la France continuera à soutenir militairement les milices kurdes dans leur lutte contre le terrorisme.
Emmanuel Macron adresse un message de soutien à son homologue ukrainien
Mais la guerre en Iran ne doit pas faire oublier l’Ukraine. C’était le fil rouge de la deuxième partie du discours d’Emmanuel Macron. « Les promesses seront tenues« , a-t-il dit en s’adressant au président Zelensky. Tout d’abord, Emmanuel Macron fait référence à la promesse sur le prêt de 90 milliards d’euros votée par l’Union européenne, malgré le veto de la Hongrie. En matière d’infrastructures énergétiques, la France est également aux côtés de l’Ukraine avec du prêt de matériel, comme des générateurs, mais aussi des financements pour réparer ces infrastructures endommagées par les frappes russes.
La levée partielle, pour le moment, des sanctions américaines contre le pétrole russe est une inquiétude majeure à Kiev. L’argent des hydrocarbures finance directement l’effort de guerre de Moscou, et Volodymyr Zelensky a insisté vendredi sur ce sujet. « La levée de sanctions américaines n’aide pas la paix », a-t-il dit. Mais le président français a voulu rassurer Volodymyr Zelensky sur ce dossier, la position de la France, d’Emmanuel Macron et des Européens reste inflexible.
« Pour ce qui est des Européens et de la France, a déclaré Emmanuel Macron, c’est le maintien des sanctions. La situation ne justifie en rien de lever ces dernières. Donc je considère que ce que je vous ai dit tout à l’heure reste valable et que la décision qui a été prise de manière exceptionnelle et limitée par les États-Unis d’Amérique, c’est à eux de la justifier, mais elle ne revient pas de manière durable et large sur les sanctions qu’eux-mêmes ont décidées. » Le président français a conclu son intervention en affirmant que la Russie se trompait si elle espérait que la guerre en Iran allait lui offrir un répit.
Washington autorise temporairement la vente de pétrole russe
Pour tenter de stabiliser les marchés, alors que les cours du pétrole flambent à cause de la guerre en Iran, Washington a annoncé jeudi 12 mars 2026 l’autorisation temporaire de la vente de pétrole russe stocké sur des navires. C’est un nouvel assouplissement sur les sanctions visant Moscou, alors que les revenus pétroliers et gaziers de la Russie ont atteint leur plus bas niveau depuis le début de la guerre en Ukraine.
Le ministre des Finances américain, Scott Bessent, assure que cette nouvelle autorisation visait à « accroître la portée mondiale de l’offre existante » et insiste sur le fait que c’est une « mesure à court terme ». Moscou affiche sa satisfaction, à commencer par Kirill Dmitriev, l’envoyé spécial de Vladimir Poutine, de retour de ce voyage à Miami. Ce dernier jubile sur les réseaux sociaux, expliquant que « les États-Unis admettent, qu’en réalité, sans pétrole russe, le marché mondial ne peut pas être stable ».
Effectivement, l’annonce de cette levée de sanctions américaines sur le pétrole russe est une bonne nouvelle pour Moscou, qui va pouvoir profiter de la hausse des cours. La Russie est actuellement obligée d’accorder de très gros rabais pour vendre son brut, ce qui limite ses profits. Au moment où les finances de l’État fédéral sont historiquement bas, l’agence Reuters a déjà calculé que les recettes d’exportation de brut russe pourraient doubler au mois de mars. « La Russie a besoin de cet argent parce qu’elle est à la peine sur le plan économique, avec un taux très élevé d’inflation, un fonds souverain russe qui aujourd’hui est quasiment vidé, un rouble qui dégringole et puis une très grande difficulté à financer son effort de guerre. Donc c’est une sorte de bénédiction mutuelle, limitée », explique sur franceinfo Nicolas Tenzer, enseignant à Sciences Po, spécialiste des questions internationales et de sécurité. « Évidemment, ce que les Russes attendent, c’est que les États-Unis fassent du temporaire, du définitif. »
L’annonce de Washington semble même susciter des vocations puisque la Thaïlande s’est dite prête à acheter du pétrole russe elle aussi. Cette levée de sanctions vient s’ajouter à celle qui avait déjà été annoncée plus tôt par les États-Unis sur l’Inde, qui peut de nouveau acheter du brut russe sans crainte de mesures de rétorsion. La Russie va donc vendre plus de pétrole et va le vendre plus cher.
Cette levée des sanctions n’est que partielle et limitée dans le temps à 30 jours. Elle ne concerne que les cargaisons qui sont actuellement en mer, soit à peu près 5 % de ces exportations annuelles. C’est donc une bonne nouvelle, mais cela ne change pas fondamentalement la donne.
« La guerre décisive, c’est la Russie contre l’Ukraine »
« La guerre décisive, c’est-à-dire celle qui va forger le destin des générations à venir, c’est la guerre de la Russie contre l’Ukraine », souligne vendredi 13 mars sur franceinfo, Nicolas Tenzer, enseignant à Sciences Po, spécialiste des questions internationales et de sécurité. « Si l’Ukraine, d’une manière ou d’une autre, est conduite à céder une partie de ces territoires, c’est l’Europe qui est la prochaine victime de l’agression russe, ajoute-t-il. Ça a été le constat d’ailleurs de l’ensemble des chefs d’État-major de la plupart des pays de l’Union européenne, y compris bien sûr français ».
« Deuxième chose qui me paraît très importante, poursuit Nicolas Tenzer, c’est d’accélérer la cadence dans la production et la fourniture d’armes à l’Ukraine ». Selon Nicolas Tenzer, « l’administration américaine a des positions extrêmement favorables à la Russie ». « On a l’impression, dit-il, que Trump veut accélérer les négociations, avoir un document qui s’appelle ‘Accord de paix’, avec sa signature en bas, mais qui en fait serait un accord qui préparerait la prochaine guerre et qui aboutirait à une sorte de reddition de l’Ukraine. Donc les Européens, pour l’Ukraine, mais aussi pour leur propre sécurité, ne peuvent absolument pas laisser les Américains imposer en quelque sorte leur vision des choses et ils doivent aider l’Ukraine à dire non ».
Source : www.radiofrance.fr

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